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Les 100 meilleurs albums des années 2000 : de 30 à 21

Les années 2000 sont un paradoxe étrange dans le rap français. Bien qu’elles aient vu exploser certains des meilleurs rappeurs de France et qu’elles nous aient fourni des oeuvres intemporelles, elles ont aussi marqué la naissance du fameux slogan « Le rap c’était mieux avant ». C’est après avoir été témoin d’une énième discussion sur la prétendue pauvreté de la période que nous avons décidé de défricher la décennie pour essayer d’émettre un avis objectif. L’idée de proposer un classement nous est vite venue mais dans un souci d’objectivité nous avons contacté presque tout ce que la France compte de journalistes rap pour définir le plus précisément possible ce qui avait fait l’essence des années 2000. Ce classement n’a pas pour objectif d’être exhaustif ou immuable, il marque juste une certaine cartographie de ce cycle de dix ans de rap français et, on l’espère, un outil pour que les jeunes générations s’intéressent de plus près au patrimoine du mouvement.

Retrouvez la première partie ici : de 100 à 91
Retrouvez la deuxième partie ici : de 90 à 81
Retrouvez la troisième partie ici : de 80 à 71
Retrouvez la quatrième partie ici : de 70 à 61
Retrouvez la cinquième partie ici : de 60 à 51
Retrouvez la sixième partie ici : de 50 à 41
Retrouvez la septième partie ici : de 40 à 31

30 – Booba – 0.9 (2008)

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Le fameux. 0.9 a été un relatif échec commercial, peut-être le seul de la carrière de Kopp, mais il a marqué l’histoire du rap français de manière indélébile : avec des titres comme IllégalIzi LifeKingSoldats et R.A.SBooba a popularisé l’autotune en France, ni plus ni moins. Un effort pionnier qui n’a pas donné le résultat escompté en 2008, mais qui aura rétrospectivement influencé toute la discipline. Ou comme il le dit lui-même dans le morceau Trône, presque dix ans plus tard : « d’puis 0.9 ils critiquaient mais ont tous saigné l’autotune ». Le souvenir s’est pourtant déformé, car on a que trop tendance à oublier que cet album fondateur contient une bonne part du rap implacable qui faisait alors le bonheur de son public : il s’ouvre sur Izi Monnaie et s’achève sur l’éponyme 0.9, deux tracks sans pitié ni refrain. Mais dans l’ensemble, 0.9 a bien constitué une transition essentielle, non seulement dans la carrière de Booba mais aussi dans l’histoire de la musique française. Rien que ça.

Le morceau qu’on recommande : Pourvu qu’elles m’aiment, morceau assez unique dans la discographie de Booba – une prod de premier choix aux BpM rapides, une courte section de guitare rock, un flow nonchalant et entraînant à souhait. Le tout sur un thème omniprésent dans son œuvre, mais rarement objet d’un morceau entier : son amour de la fesse et sa relation aux femmes – « Je fais mal mais je fais jouir si tu vois c’que j’veux dire ».

29 – Sniper – Du rire aux larmes (2001)

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2001, l’odyssée de Sniper est lancée sur la planète rap ! Sans complexe, AketoTunisianoBlacko et Dj Boudjfont irruption dans le paysage avec un album taillé pour rester dans les mémoires. Et la tentative est réussie. Du Rire aux larmes “présente” ses “maîtres-bâtisseur” à la manière d’un album photo s’accompagnant de légendes détaillées. Le groupe de Deuil-la-Barre parvient ainsi à décrire les préoccupations, délires et élans de révolte d’une jeunesse banlieusarde jamais loin de la mauvaise barrière. Le succès auprès du grand public avec Pris pour cibleet les polémiques entourant La France sont encore aujourd’hui deux des plus belles illustrations de ce constat.

Le morceau qu’on recommande : Il faut de tout pour faire un mondeloin de l’exposition médiatique des titres qui ont fait le succès du groupe auprès du grand public, ce titre se distingue par son format sans refrain et sa “lecture” originale et réaliste. Les habitués de la rubrique faits divers ne seront pas dépaysés.

28 – Haroun – Au front (2007)

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La Scred Connexion n’est pas un groupe, mais bien un collectif – chacun de ses membres est donc indépendant. Et quand on évolue aux côtés des FabeKoma et autres Mokless, il s’avère malaisé d’imposer sa force et sa personnalité. C’est pourtant chose faite en 2007 pour Haroun, avec un album guerrier trônant encore au panthéon de l’underground hexagonal : le bien nommé Au front. Avant l’avènement de Hugo TSR et de son crew, l’environnement si particulier du XVIIIe arrondissement de Paris inspirait déjà les rappeurs indépendants, dont Haroun fut l’un des plus durs et farouches représentants. La peinture qu’il livre de son quartier et de sa vie touche par son réalisme, choque par sa violence.

Pleines d’allitérations et d’assonances complexes, ses rimes sont extrêmement pointues ; son flow intense et percutant, combinée à une signature vocale unique, grave et éraillée, confère à tout son propos une force et une urgence quasi dramatiques. Les productions samplées efficaces et soignées, composées pour la plupart par le MC lui-même, rendront « le sourire aux puristes », quoiqu’elles semblaient justement déjà quelque peu désuètes en 2007 – cela dit, personne ne se détournera du régal offert par deux interludes scratchés de haute volée.

Le morceau qu’on recommande : Le zonard, une pièce très technique vibrante de mélancolie guerrière – « Paraît qu’pour nous c’est trop tard, qu’on s’ra encore là dans trente ans / Soixante balais au compteur, fumer nos spliffs au ton-car / Mais peut-être bien qu’au contraire, y nous faudra pas grand temps / Pour voir nos salles de concert pleines, et faire un ton-car ».

27 – Hifi – Rien à perdre, rien à prouver (2003)

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Saison 2003. Ex-membre des X-MenHifi donne le rythme et l’inspiration au coeur de la mêlée. Avec ce premier album solo sorti chez 45 scientific, l’impact est brutal, la résonance attendue. Rien à perdre, rien à prouverdonne un caractère officiel aux précédentes sorti du MC dévoilant (enfin !) le grand jeu avec ce grand format au son “ghetto” et à l’allure de classique du genre. Rien à perdre, rien à prouverDrame quotidienJe suis, viennent transformer l’essai plus d’une fois devant une foule enthousiaste. Une percée unique sur le trajet d’un artiste à part qui aura visiblement donné plus de force à la carrière de ses pairs qu’à la sienne au tournant de ses années 2000.

Le morceau qu’on recommande : Mon son est ghetto, en guise de CV et de mise au point définitive pour les auditeurs, difficile de trouver mieux.

26 – Chiens de Paille – Mille et un fantômes (2001)

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Et le rap français tenait l’œuvre la plus déprimante de son histoire ! Auditeurs au bord du suicide, fermez vos fenêtres avant l’écoute de cet album sorti sous le label d’Akhenaton, 361 records. 1001 fantômes laisse apparaître Sako sur le divan musical face à lui-même, ses démons et son mal-être à déverser. Le duo formant Chiens de Paille opère en symbiose le temps de seize titres où prédominent la fatalité et une certaine monotonie pouvant rendre l’écoute du disque difficile sur la durée. La voix de Sako, grave et mélancolique, renforce cette sensation tout en parvenant à envoûter ceux qui dépasseront la première piste de ce premier et meilleur ouvrage du groupe cannois. Une plongée dans le brouillard incontournable pour tout amateur d’épîtres cafardeux.

Le morceau qu’on recommande : Un bout de route, en featuring avec Akhenaton. Sur un sample de jazz vibrant, deux frères se retrouvent à l’occasion d’un mariage après des années de séparation. Un texte touchant à l’intime en évoquant l’universel de certaines décisions.

25 – Rocé – Top départ (2001)

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Un album classique pour un rappeur novateur. Arrivé sur la pointe des pieds, Rocé s’était signalé auparavant par quelques apparitions remarquées (notamment sur Première Classe) et par le maxi « Qui nous protège ? » en début de la même année 2001. Admiré pour son aisance à manipuler des mots simples pour développer des idées complexes, le fils d’Adolfo Kaminsky déroule son excellence sur des beats toujours pointus, tirant sur le jazz et la funk et délivre l’une des œuvres majeures de la première décennie du vingt-et-unième siècle.

Le morceau qu’on recommande : Plus d’feeling, une mélopée grandiose et réaliste sur l’état du milieu musical et sur l’appropriation culturelle du rap par les élites.

24 – Klub des Loosers – Vive la vie (2004)

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En 2004, le Klub des Loosers sort son premier album et laisse ainsi clairement entendre qu’il n’a pas de concurrents. Parce qu’il joue seul dans sa catégorie. Et si le duo de l’époque n’en serait pas un sans DJ Detect, la base, le pilier et l’âme de la formation, c’est bien Fuzati, anomalie rapologique toujours féconde, jamais reproduite. Sous le prétexte du récit des tribulations amoureuses d’un jeune étudiant mal dans sa peau, le rappeur de Versailles livre une misanthropie railleuse et une excentricité désabusée, viscéralement cyniques. Au lyrisme et à l’élégie sombre succèdent le plus naturellement du monde l’ironie, l’autodérision et un humour noir qu’une oreille non avertie aura vite fait de qualifier de malsain. Tout cela dans ce rap si singulier qui fait la signature de Fuzati : une poétique de la sobriété et de l’efficacité, doublée d’un flow nasillard, binaire, tellement impersonnel qu’il en devient figurativement « blanc ». Un style radicalement unique, qui passionne encore admirateurs comme détracteurs.

Le morceau qu’on recommande : Le Manège des vanités, premier morceau à proprement parler de l’album et introduction toute désignée à l’univers du Klub des Loosers – une production torturée, un rap-fleuve qui commence par des calembours noirs et un peu bêtes, pour s’achever sur l’expression froide et tragique de notre fatuité : « Telles des toupies maléfiques le destin des êtres humains est de tourner / Tout le monde a son ticket pour le manège des vanités ».

23 – Lino – Paradis Assassiné (2005)

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Après la sortie des deux albums d’Ärsenik, notamment l’extraordinaire Quelques gouttes suffisentLino se lance sur un nouveau projet en 2005. Très vite, l’idée de faire un troisième album Ärsenik est abandonnée : les deux frères ne sont pas d’accord sur la marche à suivre et Lino cherche à évoluer, à s’aventurer vers quelques choses d’un peu différent. Monsieur Bors décide alors de faire sa cuisine en solo et sort un album, Paradis Assassiné, qui l’inscrit dans le paysage français comme l’un des lyricistes les plus puissants du game. Si le rappeur du 95 à la virtuosité insolente et aux textes puissants développe des thèmes qui lui sont déjà familiers (la Bible, l’enfer et le paradis, le diable, ses tentations, les anges), il s’essaie également à des nouveautés qui prouve sa polyvalence. Bref, Lino a mûri et son écriture brillante s’exprime sur de nouvelles thématiques. Le rappeur est d’une lucidité éclatante, toujours aussi hardcore et impérial, avec des punchlines comme « Un bon président, c’est un mort », ou « La réalité, c’est un cauchemar pour ceux qui rêvent ».  Après les exploits d’Ärsenik, le MC de Villiers-Le-Bel/Garges-Les-Gonesse, prouve une fois de plus avec Paradis Assassiné toute la force et le génie de sa plume explosive.

Le morceau qu’on recommande : Où les anges brûlent, un storytelling poignant qui forme, pour nous, l’apogée de l’album. Touchant et amer, le morceau est construit autour de trois destins tragiques et nous permet de découvrir le talent de Monsieur Bors pour le storytelling, jusqu’ici peu exploité dans sa musique. Traité avec brio, le titre nous touche en plein cœur : ce mec perdu dans la violence, cette fille abandonnée par ceux qui l’entourent et cet intello qui souffre en silence, on a tous l’impression d’en avoir déjà rencontré.

22 – Nessbeal – Roi sans couronne (2008)

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Jamais un album n’a porté aussi bien son nom. Moment discographique où Nessbeal a effleuré le trône, Roi sans couronne restera bel et bien comme le témoignage ultime de son chemin de croix. Dans un univers loin du conte de fées, le MC se présente comme un animal blessé prêt à se battre pour conquérir le pouvoir à son tour. Une expérience dense, pesante, instinctive durant laquelle NE2S parvient à varier les thèmes en gardant cette atmosphère glaçante qui caractérise le projet.

Le titre qu’on recommande ? Clown Triste et sa production vertigineuse au service d’un auto-portrait mêlant désespoir, perte de l’innocence et immaturité assumée. Le regard dans le vide d’un “enfant enfermé dans un corps d’homme”.

21 – Oxmo Puccino – Cactus de Sibérie (2004)

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Après deux albums exceptionnels, Oxmo Puccino revenait en 2004 avec un album qui se voulait à la hauteur des deux premiers. D’une couleur musicale plus lumineuse, le Cactus de Sibérie faisait mouche directement et séduisait les amateurs comme les novices grâce aux textes toujours très soignés et aux rimes saisissantes. Et même si ce Cactus manque d’un morceau classique comme pouvaient en contenir les deux premiers opus (au hasard, L’enfant seul et La loi du point final), il fut quand même adoubé par la critique généraliste.

Le morceau qu’on recommande : On danse pas. Sur une production qui flirte avec l’électro, Oxmo propose enfin l’ode qui manquait à tous les gens qui refusent de sortir des pas en soirée.

About Stéphane Fortems

Dictateur en chef de toute cette folie. Amateur de bon et de mauvais rap. Élu meilleur rédacteur en chef de l'année 2014 selon un panel représentatif de deux personnes.

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