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Les 100 meilleurs albums des années 2000 : de 80 à 71

Les années 2000 sont un paradoxe étrange dans le rap français. Bien qu’elles aient vu exploser certains des meilleurs rappeurs de France et qu’elles nous aient fourni des oeuvres intemporelles, elles ont aussi marqué la naissance du fameux slogan « Le rap c’était mieux avant ». C’est après avoir été témoin d’une énième discussion sur la prétendue pauvreté de la période que nous avons décidé de défricher la décennie pour essayer d’émettre un avis objectif. L’idée de proposer un classement nous est vite venue mais dans un souci d’objectivité nous avons contacté presque tout ce que la France compte de journalistes rap pour définir le plus précisément possible ce qui avait fait l’essence des années 2000. Ce classement n’a pas pour objectif d’être exhaustif ou immuable, il marque juste une certaine cartographie de ce cycle de dix ans de rap français et, on l’espère, un outil pour que les jeunes générations s’intéressent de plus près au patrimoine du mouvement.

Retrouvez la première partie ici : de 100 à 91
Retrouvez la deuxième partie ici : de 90 à 81

80 – Busta Flex – Sexe, violence, rap et flooze (2000)

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Un peu plus de deux ans après la sortie de son premier album, Busta Flex revient avec une énorme pression sur les épaules. Son premier disque a fait disque d’or, il a été de toute la tournée NTM et il pose sur le dernier album du groupe. Mais c’est sur un registre différent qu’il fait son retour. Très sombre, les pistes transpirent la désillusion et la mélancolie, des sentiments auxquels Valery ne collait pas vraiment dans l’imaginaire collectif. Il n’en reste pas moins un album excellent, apogée de la carrière de Busta, dont on reparle toujours aujourd’hui avec passion.

Le morceau qu’on recommande : Lyrics d’Enfoirés, en featuring avec un Sully Sefil pas encore connu du grand public, un egotrip inspiré où les deux rappeurs enchaînent les phases sur une production de Spank et Joey Starr en personne.

79 – Les Sages Poètes de la Rue – Après l’orage (2002)

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Après deux albums majeurs et jalons du rap français, les Sages Po’ reviennent en 2002 avec leur troisième et dernier opus. Un ton en deça des deux premiers, Après L’Orage est néanmoins un disque excellent qui correspond parfaitement à l’univers des rappeurs de Boulogne. Un poil décrié à l’époque pour une poussée légèrement grand public, le produit a très bien vieilli et s’encadre sans rougir dans la discographie haut de gamme des Silisages.

Le morceau qu’on recommande Thugs, en featuring avec Nysay et Kool Shen, parce qu’on ne dit jamais non à un morceau où Salif apparaît. Et le couplet de Dany Dan est comme bien souvent stratosphérique.

78 – Ol Kainry & Dany Dan (2005)

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Ces deux-là étaient fait pour se rencontrer sur un disque ! De la bonne humeur, du feeling et des plumes tout terrain destinées à “vivre ensemble” donnèrent naissance à ce projet colossal chez Nouvelle donne. A plus d’un titre, la connexion entre “Freddy” et le “Pape de Boulogne” fonctionne comme sur des roulettes dès le morceau d’ouverture, Crie mon nom, dont le remix venant conclure le projet est encore aujourd’hui dans de nombreuses têtes. Beaucoup de complicité, une dose de spontanéité, en somme, les bases de tout projet visant la réussite !

Le morceau qu’on recommande ? Ma définitioncourte mais parfaite illustration de la symbiose opérant entre les deux MC sur ce projet commun.

77 – Scred Connexion – Du mal à s’confier (2002)

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Après un Scred Selexion d’excellente facture sorti en 2000, le crew de Barbès revient mais amputé de son membre le plus important. Fabe a déserté pour le Canada et une vie sans rap et c’est donc à quatre que HarounKomaMokless et Moradsortent leur premier album studio. Critiqué à sa sortie par les fans de la première heure, ce disque a tranquillement passé l’épreuve du temps pour s’imposer comme l’un des incontournables du rap français. Avec la verve propre au 18ème, ils racontent leur quotidien, les bavures policières, la vie de quartier ainsi que le déracinement et cette double identité parfois difficile à porter.

Le morceau qu’on recommande : Du mal à s’confier, un morceau où la Scred Connexion évoque les difficultés à s’exprimer et à faire confiance dans un monde interpole où tout le monde est un ennemi potentiel.

76 – Diam’s – Brut de femme (2003)

76

Ceux qui sont assez vieux se rappellent sûrement du matraquage du tube DJ sur les ondes françaises à l’été 2003 et de l’agacement qu’il avait fini par susciter. Mais ce serait une erreur que de ne pas aller plus loin dans le second album de la jeune Mélanie. Même si l’on sent sur le disque la bascule entre sa periode pré-maison de disques et sa signature en major, il faut souligner l’audace et le talent de la franco-chypriote.

Audace parce qu’il en fallait pour refuser tout featuring et arriver seule sur un second album avec une petite notoriété pour seul bagage. Et talent évidemment parce que tous les morceaux sérieux (la moitié du disque, le reste sentant la patte du directeur artistique) n’ont presque pas pris de rides. Il faut dire que derrière sa voix, les instrumentales sont fabriquées de main de maître par des pointures comme PoneSaid des MureauxTefa ou encore 20Syl. Du lourd pour une pièce extrêmement importante du rap français qu’il convient de ne jamais oublier.

Le morceau qu’on recommande : Suzie, un faux son clash où Diam’s manie l’ironie avec brio.

75 – Salif – Curriculum Vital (2009)

75

Le quatrième projet solo d’un des meilleurs rappeurs français de l’histoire se doit d’être dans toutes les étagères des aficionados. Il est important car il est le deuxième de seulement trois albums mais parce qu’on sent l’évolution d’un Saliftiraillé entre sa vie de rue et son envie de se ranger. Avec le recul, on perçoit aussi les premiers signes d’une fin de carrière qui interviendra bien trop tôt à notre goût et même si le disque est parfois inégal, il contient son lot de morceaux phares. Plus porté sur l’introspection, Salif a presque trente ans quand il dévoile son album et ce n’est pas anodin si certains morceaux donnent la sensation de venir du fond des tripes. On notera pour l’anecdote une grosse production de Kévin Ramos, pas encore Zekwé, sur Warriors.

Le morceau qu’on recommande : R.U.E, un son violent, étouffant qui ne laisse aucun doute sur l’état d’esprit de Salif au moment de son écriture.

74 – Kohndo – Tout est écrit (2003)

74

Au début des années 2000, Kohndo n’est encore qu’un transfuge de La Cliqua. Malgré les franches réussites des projets du groupe parisien, son nom à lui est encore en retrait par rapport à celui de son compère Rocca. Mais les suiveurs du rap français attendent Tout Est Écrit avec impatience à sa sortie et bien que le succès commercial ne fût pas spécialement au rendez-vous, l’album fait mouche auprès des fans et des spécialistes. Parfois injustement décrit comme du rap positif à cause des accents mélodieux, la musique de Kohndo va bien plus loin que ça notamment dans les textes où, loin d’être lisse, il démontre une écriture forte et politique entre espoir et frustration.

Le morceau qu’on recommande : Loin des Halls, un son volontariste plein de lumière mais aussi un constat social effarant.

73 – Tandem – C’est toujours pour ceux qui savent (2005)

73

En plein milieu de la décennie et à l’apogée du rap de rue, Tandem déboulait avec un concept pas forcément différent mais extrêmement percutant. Dès l’entame de l’album avec 93 HardcoreMac Tyer et Mac Gregor enchaînent les phases classiques avec l’installation d’une ambiance froide comme la mort. Bien aidés par Tefa et Masta à la réalisation, les deux dyonisiens signaient en 2005 un jalon essentiel du rap français dans un style inimitable et inégalé. Sombre et désabusé, ce disque décrit à merveille les années Sarkozy, sombres comme une nuit sans fin.

Le morceau qu’on recommande : Vécu de Poissard, avec un sample d’Ideal J pour illustrer le propos, Tandem dresse pendant presque sept minutes un tableau moral et réaliste de leurs vies avec notamment cette phrase terrible “Mémoire d’un poisseux qui risque sa vie pour un Classe E” et le refrain tristement lucide.

72 – Triptik – Microphonorama (2001)

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Injustement parfois oublié, Triptik était pourtant revenu en 2001 avec un album de très haut niveau, notamment grâce à la direction artistique impeccable de DrixxxéDabaaz et Blackboul proposaient une écriture soignée sans être ennuyante et prenaient visiblement énormément de plaisir à jouer avec les mots. 18 ans après, cet album n’a pas pris une ride et aucune des dix-huits pistes ne fait tâche.

Le morceau qu’on recommande : America, un morceau très anti-américain qui a la particularité d’être sorti avant le 11 Septembre et donc d’être par moment presque visionnaire.

71 – Disiz la Peste – Les histoires extra-ordinaires d’un jeune de banlieue (2005)

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Avec le recul, la sortie de cet album représente peut-être l’apogée de la carrière de Disiz. Produit en grande partie par Madizm, il comporte tous les passages obligés d’un album du rappeur d’Évry, notamment les morceaux un peu niais comme Jeune de Banlieue qui lui vaudront beaucoup de critiques. Sans rentrer dans les polémiques, ce disque est d’excellente facture et il a la particularité d’avoir bien vieilli et des sons comme Inspecteur Disiz ou MC Pikachou sont toujours efficaces presque quinze ans après.

Le morceau qu’on recommande : Inspecteur Disiz, un remix du Si J’étais Président de Gérard Lenorman version rap français.

La méthodologie : chaque votant devait choisir cinquante albums. Il attribuait cinquante points à l’album qu’il plaçait en première position, quarante-neuf points au second et ainsi de suite jusqu’au cinquantième qu’il créditait d’un point. La liste de base n’était pas fixe et chacun était libre d’ajouter les albums de son choix.

Les votants : nous avons eu la chance de pouvoir compter sur la participation des rédactions de L’Abcdr du Son, Reaphit, Le Bon Son, Revrse ainsi que feu SURL, en plus de Genono, Spleenter et Olivier Cachin. Leur présence a fait monter le total des votants à 43 et il est à noter que dans un souci de partialité, l’organisateur de ce classement a préféré s’abstenir afin de n’influer d’aucune manière sur le résultat final.

About Stéphane Fortems

Dictateur en chef de toute cette folie. Amateur de bon et de mauvais rap. Élu meilleur rédacteur en chef de l'année 2014 selon un panel représentatif de deux personnes.

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One comment

  1. Sacrée liste pour le moment, pas mal de densité… Le Busta., pfff. Sexe violence rap et flooze pourrait être l’hymne du mouvement rap/hip hop des années 2000 (peut-être avec le morceau art de rue de la ff tiens)

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