Home / Chroniques / [Chronique] 2011 – Le Poids des Mots – Mokless
mokless-le-poids-des-mots

[Chronique] 2011 – Le Poids des Mots – Mokless

Très attendue par les puristes, la galette du membre de la Scred Connexion vient de tomber dans les bacs en ce lundi 31 Janvier. Portée par un bouche à oreille favorable et une liste de featurings assez relevée, le premier vrai album de Mokless est plein de promesses. Reste à voir si elles sont tenues.

La couverture.

La pochette est divisée en trois parties. Sur la droite, la face du rappeur est coupée en deux comme un Double-Face moderne. Le visage est dur et déterminé, le sourire est très loin. Le coin d’une pièce est visible derrière lui. Celui-ci est recouvert d’écritures. Il n’est pas compliqué de découvrir ce qu’il y a d’inscrit puisque c’est le morceau On s’habitue à tout. Reste à savoir pourquoi le texte est truffé de fautes d’orthographes. Il est certain que c’est volontaire mais dans quel but ? Seul l’auteur doit le savoir. Ensuite le titre de l’album est divulgué au premier plan ainsi que le nom de l’artiste. La balance de la justice traîne dans le O. Elle penche vers la droite. Iconographiquement, elle doit être représentée avec les deux plateaux à la même hauteur pour signifier l’équité. Ici, elle signifie donc l’injustice. Mokless nous fait passer un message. Il est en prison, une cellule dont il ne peut sortir. C’est là que le titre de l’album prend tout son sens. Oui, Le poids des mots peut être un fardeau mental, une prison personnelle.

Le flow.

 Du flow posé à la croisée des chemins entre Kool Shen et Rim-K, il ressort une impression de puissance tout au long de cet album. Maitrisé, il lui permet même de tenter des variations. Tantôt tonique (Boogie boogie), tantôt maîtrisée (Reviens parmi nous), la palette de Mokless est vaste et variée. Il se permet même une petite flèche sur Incessamment sous peu avec : « Ok, on est décalé mais qu’est ce qu’on rappe dans les temps. » Agréable et fluide, la voix du rappeur ne laisse place à aucune lassitude.

Les textes.

Le poids des mots débute par une apparition inattendue. La première piste est un extrait d’interview de Georges Brassens qui parle en ces mots : Quand on écrit vous savez, on se laisse parfois aller au fil de la plume. On arrive à faire entendre des choses qu’on ne pense pas tellement. Vous savez, il y a le piège des mots. Les mots sont là, ils vous suggèrent une idée nouvelle alors cette idée vous la trouvez agréable même si elle ne correspond pas à votre vérité, vous l’exploitez quand même parce que quand on tient un bon mot, on le fait.

Quelle meilleure entrée en matière est envisageable pour asseoir la crédibilité d’un artiste qui se veut manieur de termes ? Nous sommes d’accord, Mokless a frappé fort.

Et que dire des mots ? Le membre de la Scred a su faire de chaque piste un ensemble cohérent. Il n’est pas question ici de suites de punchlines sans rapport aucun entre elles. Les textes sont très bien écrits et cette mention a été annotée après 11 des 17 textes. Entre tournures de phrases surprenantes et punchlines très bien senties, Mokless lâche des références diverses et variées. De Terminator (Stp Carla) au film Dragon Rouge (Sur nos Gardes) en passant par The Shining (Trou de Mémoire), le rappeur du 18ème fait montre d’une culture vaste et étendue ce qui nous permet encore une fois de faire un petit coucou à M. Zemmour.

Ancré dans son époque et dans la réalité, Mokless ne se disperse pas. En balançant une petite pique à l’attention de Booba (« y a même un feat avec Akon, pour que les ventes décollent / Nan, je déconne »), il se présente comme l’exact contrepoids.

Partisan d’un rap sensé, il possède quelques atouts non négligeables. En premier lieu, le sens du refrain. C’est cette notion qui sépare une chanson banale d’un standard. Même sur un morceau comme Boogie, Boogie dont le refrain s’éloigne un peu du rap, il réussit à rester convaincant.

Ensuite, il peut se vanter d’avoir une palette de thèmes assez large. En effet, même si cet album contient le dorénavant traditionnel morceau piano/voix qui doit faire pleurer dans les chaumières, Mokless marque un splendide contre-pied. Parce que si le thème redondant de Papa, Maman, je vous aime revient régulièrement dans le rap français, lui s’attaque à un sujet inexploré avec le sublime de renoncement Reviens Parmi Nous et son uppercut final.

Porté par un engagement à l’extrême-gauche très revendiqué dans les lyrics et avec la présence en semi featuring d’Olivier Besancenot, l’album se drape aussi dans une street crédibilité qu’il est dur de nier. Avec Mister You, l’évidente Scred Connexion, Demi-Portion et consorts, personne n’est en mesure de lui reprocher de se compromettre à n’importe quel degré.

Conclusion.

Même s’il a un peu déçu ses fans les plus férus en proposant plusieurs pistes déjà sorties, l’album de Mokless est déjà l’un des meilleurs de l’année 2011. Plein de sens et du bon, il confirme le talent que tout le monde connaissait à la Scred Connexion qui s’exporte très bien à l’individuel. Le parisien a dévoilé ses talents d’écriture à la face du rap français et force est de constater qu’il n’est pas loin de trôner tout en haut. Un vrai coup de maître.

About Stéphane Fortems

Dictateur en chef de toute cette folie. Amateur de bon et de mauvais rap. Élu meilleur rédacteur en chef de l'année 2014 selon un panel représentatif de deux personnes.

Check Also

Encre-de-chineurs

Encre de Chineurs #4

Mayday mayday, nous avons pris du retard pour la quatrième édition de cette belle série. Faute …

3 comments

  1. Ouais ouais très très bon album de Mokless qui ne bénéficie pas de la lumière qu’il devrai recevoir. Thèmes variés, bonnes productions et surtout l’album sent le vrai et ça c’est bon. Bonne chronique merci!

  2. ( * A la maison Blanche il y a un noir )

  3. Mention spéciale à  » ça tourne pas rond » il y a TROP de pure punch dans un seul morceau!!!!!

    « Les jeunes ils veulent pas taffer pour des centimes au Mc do en attendant le salaire, ils ont la coupe à Ronaldo »

     » La France c’est bien pour les allocs et l’hôpital vu qu’aux states Dr House il accepte pas la carte vitale »

    « Il y a plus de secrets le monde sait que la France est métissé, A la maison blanche à quand un beur à l’Elysée? »

    « Méfie-toi des apparences un arbre peut cacher un foret comme mefie toi de mes pas de danse je pourrais te sortir une choré »

    Ahahahah ce mec est trop FORT!!!!!! Et celui qui a écrit la chronique aussi d’ailleurs!

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.