[Interview] Perso – “On fait ce qu’on aime, on aime ce qu’on fait.”

By  | 23 janvier 2012 | Filed under: Interviews

Pour le confort des yeux, la version magazine de cette interview est disponible ici.

Perso fait partie de ces travailleurs de l’ombre du rap en France. Ces gratteurs de rimes qui ne s’arrêtent jamais car c’est là leur passion. Tout l’esprit du hip-hop se retrouve dans cet homme. L’argent ? On verra bien. Le plaisir est sa principale motivation. La moitié du crew Le Turf a vingts ans d’expérience dans le dos. Deux albums avec le groupe ainsi que deux freetapes. En solo, il n’avait sorti que la Perso Mixtape. Le voilà qui revient avec le très bon Affaire Personnelle. Nous avons sauté sur l’occasion pour en savoir plus. Tendez l’oreille, Perso est partageur.

Tu peux te présenter pour nos lecteurs ? Perso, mc et beatmaker dans le groupe Le Turf avec mon pote Avicen. Je viens d’Avignon et j’ai découvert le rap vers 1991, j’avais alors 11 ans.

Justement, comment tu viens au rap ? J’ai connu le rap grâce à un pote de mon grand frère, le mec faisait du graff à l’époque, c’était mon voisin. J’ai découvert Run-Dmc, Public Enemy, Slick Rick tout ça. Et à peine plus tard le rap français avec IAM, NTM, les Sages Po, les Littles etc. Je n’ai pas vraiment d’explication à comment je m’y suis mis, ça m’a passionné direct. Pourtant chez nous, il n’y avait pas du tout de mouvement Hip-Hop, on était une poignée d’extraterrestres au collège et même si on a partagé ça entre quelques potes, finalement je crois que ça a toujours été perso pour moi. Je kiffe chaque discipline du Hip-Hop mais le côté communautaire dont beaucoup parlent, je ne l’ai pas connu.

Comment tu choisis ce pseudonyme ? Pour cette raison entre autres, mais aussi parce que je rappe mes idées perso, selon mes humeurs perso, sur des productions de mon choix perso, ma musique reflète ma personnalité.

Tu commences le rap très tôt. Oui, j’ai commencé à gratter mes premières mauvaises rimes en 92. On a monté un groupe en 94, les premiers concerts en 95 et la première maquette en 98. On l’avait enregistré chez un pote sur un 4 pistes K7, la préhistoire quoi.

Ce groupe, c’était Le Turf ? Il s’appelait déjà Le Turf en effet mais c’était plus un collectif. On était cinq ou six. Des MC’s, un dj et un beatmaker.

A quel moment vous retrouvez-vous en duo ? En 2001 je crois, il ne reste plus qu’Avicen et moi. On a sorti L’Epreuve du Temps en 2003 avec les moyens du bord surtout pour le plaisir de faire un disque.

C’était vraiment amateur en fait. Oui, c’étaient nos premières sessions studios et mes premiers beats à la MPC. On s’est fait plaisir mais le projet qu’on considère comme notre vrai premier album est le suivant : Le Jour D’Après.

Il est sorti en 2006, c’est ça ? Voilà, nous l’avons entièrement autoproduit mais cette fois-ci avec une distribution nationale de Musicast. Nos premières collaborations avec Akhenaton et Faf La Rage. Ce disque nous a permis de faire plus de concerts, d’avoir quelques articles dans Rap Mag, Groove etc. Ça a augmenté notre cercle d’auditeurs.

Comment vous en arrivez à avoir Akhenaton et Faf La Rage sur votre projet ? Avec Avicen, on a rencontré Akhenaton en 99 je crois. Peu après la première maquette en fait, on est allés au studio La Cosca au culot et on a pu sympathiser et faire écouter notre maquette à Akhenaton et Shurik’n. C’est un très bon souvenir, ils nous ont encouragés à continuer et à revenir les voir. Mais comme je te disais tout à l’heure on était des amateurs et on en était conscient donc même quand on a fait notre 1er disque on n’est pas allé demander si une collaboration était possible.

Tu penses que vous n‘étiez pas prêts ? On savait qu’on n’était pas prêt, on n’avait pas la prétention de le mériter. Et quand j’y pense, même pour Le Jour d’Après on n’a pas demandé. Un jour, on faisait écouter des instrus à Akhenaton. Je me suis mis à rapper, Avicen a suivi et quand on a fini c’est lui qui nous a proposé de participer à l’album. Ça aussi, c’est un bon souvenir. Par la suite on a rencontré Faf, qui lui aussi a son studio à La Cosca, on lui a fait écouter quelques titres et il était partant.

Avec le recul, quelle est ta vision sur ce projet ? Il y a des morceaux que je peux encore écouter avec plaisir, les retours étaient très bons et on nous en parle encore. Ça nous a permis de faire notre premier concert à l’étranger aussi. C’était une grosse galère pour la promotion. Mais on a fait des radios et des concerts dans pas mal de villes en France. Malgré nos ridicules moyens financiers, on s’en est bien sortis.

2006, c’est le début de l’explosion du rap français sur internet. Voilà, les règles du jeu ont commencé à changer avec le téléchargement et les réseaux sociaux donc on a profité de ce qu’on y a vu d’avantageux.

C’est-à-dire ? Tout simplement, la possibilité de se faire entendre par le plus grand nombre à moindre frais. C’est pour ça qu’on a sorti la Freetape Volume 1 en 2009 et le Volume 2 en 2010. Ce sont deux vrais albums.

Sauf qu’ils sont gratuits. Non seulement ils sont gratuits mais ils comportent des featurings avec Akhenaton, Sat L’Artificier, Hifi, Degom et Deen Burbigo entre autres, ainsi que nos premières collaborations avec Just Music Beats.

Comment ont-ils été reçus ? Nous avons eu d’excellents retours sur ces projets aussi bien au niveau des auditeurs que des médias spécialisés.

Vous avez pour projet d’en sortir d’autres ?
Oui il y aura forcément d’autres projets gratuits mais là on a sorti trois disques gratuits en trois ans, les 2 Freetape et ma Mixtape solo. Donc j’espère que ceux qui nous suivent feront la démarche d’acheter le projet payant.

Ta Mixtape solo est sortie en 2011? Voilà, j’ai sorti une mixtape solo, la Perso Mixtape mixé par Dj Stresh, c’était un regroupement de freestyles et de collaborations que j’avais fait à droite à gauche plus quelques inédits tout frais. C’était un préambule à l’album que je viens de sortir : Affaire Personnelle, en collaboration avec Just Music Beats qui ont réalisés toutes les productions.

Justement, tu peux nous raconter la genèse d’Affaire Personnelle ? En 2009 j’ai rencontré BuddahKriss et Oliver qui forment Just Music Beats, deux beatmakers de Marseille qui faisait exactement les styles de son que j’aime. Ce qui était assez rare. Et comme ils ont aimés ce qu’on faisait avec Le Turf, on s’est mis a taffé ensemble. Ils ont produits cinq titres sur la Freetape Volume 2 puis ils m’ont proposé de produire entièrement notre prochain projet. A cette période, Avicen ne pouvait pas vraiment consacrer autant de temps que moi à la musique donc on a convenu que je ferai un album solo.

Donc être en solo ce n’était pas une véritable volonté? Pas vraiment non. Le truc c’est qu’on est dans un milieu où on t’oublie aussi vite qu’on t’a connu. Donc pour continuer à faire parler de nous j’ai développé le coté solo en attendant que mon frère d’armes soit opérationnel. C’est la raison principale qui m’amène à sortir ce cd tout seul. Av’ est quand même sur trois morceaux et on travaille sur notre prochain projet en ce moment.

Tu peux nous en dire plus ? Non. On a commencé à enregistrer des morceaux mais pour l’instant pas de calculs sur le format. EP, album, gratuit, payant, pour l’instant je ne sais pas. L’actualité c’est Affaire Personnelle.

Pour parler de rap plus vaguement, quelles sont tes principales influences? Musicalement, mes influences c’est le rap US, non seulement c’est la base mais c’est aussi ce que j’ai découvert en premier. Ce qui ne m’empêche pas d’aimer le rap français  mais en général les rappeurs que j’aime sont eux aussi influencés par le rap américain. Mais je parle de forme, le son, le flow, la manière de tourner une phrase ou de la placer, par contre pour le fond je m’inspire de la vie, celle que je connais et pas celle des américains.

Et si je te demandais de ne garder qu’un seul album de rap français. C’est le genre de questions auxquelles je ne peux pas répondre. Comme qui est ton rappeur favori ? C’est trop compliqué de n’en citer qu’un parce que je pense qu’il ne peut pas y en avoir un seul au-dessus de tout le reste. Il n’y a pas juste la qualité qui compte, il y a aussi les gouts.

N’est-ce pas trop dur de percer depuis le sud ? C’est compliqué oui, et je ne pense pas que ce soit juste dans la musique, on est dans un pays très centralisé, tout passe par la capitale. Dans le rap en France, ça a déjà toujours été plus compliqué de se faire entendre quand tu n’es ni de Paris ni de Marseille.

La donne n’a pas changé aujourd’hui ? Avec internet c’est un peu plus jouable effectivement mais pour vraiment se faire remarquer par le public, les médias et les labels, il faut passer par Paris et c’est quand même dommage.

Le talent est partout. Voilà mais ce problème de centralisation fait que plein d’artistes talentueux ne sont pas entendu parce qu’ils ne sont pas de Paris. Et à l’inverse je te garantis qu’il y a pas mal de rappeurs connus dont on n’aurait jamais entendu parler s’ils n’étaient pas de Paris.

Ça doit être assez frustrant. On fait de la musique par plaisir avant tout sinon crois-moi que ça fait longtemps qu’on aurait arrêté. Si ça vend c’est mortel et on sera super content,

Et si ça ne se vend pas ? Ça ne nous empêchera pas de continuer ! On fait ce qu’on aime, on aime ce qu’on fait. On a la reconnaissance de piliers du rap en France, des gens qui ont réellement influencé des générations comme Chill et Joe avec IAM, Sat et Djel avec la FF, Hifi avec Time Bomb et d’autres encore, ça ne nourrit pas mais ça conforte dans l’idée qu’on fait du bon rap et à la base c’est quand même le but recherché.

Même dans la nouvelle génération du rap français, j’ai aperçu des messages de support. Effectivement, on reçoit pas mal de soutien. Certains d’entre eux connaissent même nos textes d’il y a 6 ans, ça fait toujours plaisir.

Pour conclure, tu attends quoi de ton année 2012 ? Que les gens achètent le disque avant la fin du monde, dépêchez-vous !

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