[Chronique] 2006 – Airmax – Grems

By  | 17 avril 2012 | Filed under: Chroniques

Vous étiez vivant, parisien et chanceux en 2006 ? Alors vous portez peut-être l’une des quinze paires de Airmax éditées par Nike pour la sortie de l’album éponyme de Grems. La basket, porte-étendard de toute la génération Hip-Hop, est ici brillamment mise en avant. Sur la jaquette d’une part, spécialement dessinée par Grems. Mais surtout dans le texte qui lui est dédié avec la phrase : C’est notre drapeau, celui des à bout-de-souffle, toutes nos contradictions dans une semelle en caoutchouc.

A l’époque, Grems fait office d’ovni dans le paysage. Il a  toujours refusé de faire partie de la grande famille du rap français en considérant même tout ça comme de la Pisse de Flûte. Le Mc parisien revendique fièrement faire du rap en français pour insister sur le fait que sa musique est vouée à s’exporter. Il ne tardera d’ailleurs pas à se produire à Londres, quelques années plus tard.

Si techniquement le rappeur impressionne, il n’y a qu’à voir son débit dans Punky Booster, c’est au niveau des productions qu’il se démarque le plus. Entouré du double champion du monde Dj Trouble, ou encore du 4Romain (membre du collectif Rouge à Lèvres), les sons s’enchainent sans une seule incohérence. Mention spéciale à Carte à puce remix qui se paie même le luxe de réutiliser le sample de De La Soul nommé A Roller Skating Jam Named Saturdays. C’est frais, c’est brut et à l’époque ça fait beaucoup de bien au rap français qui ne parvient pas encore à sortir de ses propres clichés.

Au niveau des featurings c’est aussi du solide. On y retrouve son compère Le Jouage, membre d’Hustla, le jeune retraité du rap Sept et le trop rare Moudjad. Mais surtout Disiz : signe annonciateur de leur collaboration prochaine en vue du deuxième album de Rouge à Lèvres titré Démaquille-toi. Maintenant on le sait, ce collectif va disparaître suite à des tensions entre Grems et le 4Romain pour laisser place à un nouveau groupe : le Klub Sandwich, toujours avec Disiz. Ce dernier confiera même dans une interview que c’est sa rencontre avec Grems qui lui a permis un regain de créativité.

Dans cet opus, le rappeur met un point d’honneur à mettre un grand coup d’Airmax dans la fourmilière et tout le monde en prend pour son grade. Que ce soit Les Gothics, Teki Latex et Fuzati dans Pute à frange ou encore les pseudo-cailleras virtuelles dans son titre Rakaille Numerik. Chacun aura à boire et à manger. Grems est à l’aise dans la provocation notamment avec l’hymne Casse Ton Boule qui ferait passer Girlfriend de TTC pour un générique de dessin animé.

Le Mc se livre aussi dans des morceaux plus profonds qu’ils n’en ont l’air à la première écoute. On pense à la magnifique piste Le Pessimiste, accompagné de Sako des Chiens de paille. Ou à PamizoGrems se fout allègrement de la gueule des misogynes en revendiquant le fait d’être une pute en mec. Adepte des albums-concept, Grems continuera sur sa lancée en évoluant, que ce soit en solo ou dans de nombreux collectifs tels qu’Olympe Mountain, Klub Sandwich, PMPDJ, La Fronce. Il fera ensuite évoluer ses sonorités vers la dubstep ou encore la deephouse. Si le personnage est complexe, les lyrics le sont aussi et plusieurs écoutes sont parfois nécessaires pour mieux cerner le second degré de certains morceaux. Ainsi son opus s’apparente à une gorgée de 8.6 : amer au début mais très doux à l’arrivée. Alors comme il le dit lui-même dans sa Formule de Politesse qui vient clore l’ensemble : merci. Et bonne route.

Abder.

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