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2013 en un album et un morceau (par 13 membres de la rédaction)

Le choix de Stéphane :

Phases Cachées – Boule à Facettes

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Le groove de l’année. On vous a beaucoup parlé de Phases Cachées en 2013 et c’est peu dire que ce premier album nous a fait une grande impression. Variée et entraînante, la boule à facettes n’a cessé de tourner dans les enceintes. De Fly à Ma Gueule en passant par 4 Consonnes, 2 Voyelles, le crew a marqué 2013 de sa griffe. Avec leur style inimitable et les concerts à l’énergie contagieuse qu’ils ont donnés à travers la France, la petite équipe parisienne n’a finalement fait que marquer son territoire pour la suite. Vous êtes prévenus, 2014 risque d’être chaud.

Aelpéacha & A2H feat. Taïpan – Allume la lumière – Studio Liqueur

Un morceau qui s’écoute en voiture, fenêtres ouvertes avec le bras sur le rebord, en roulant très doucement parce qu’on veut en faire profiter tout le monde. La production teintée de West Coast pur jus ne fait que faire briller les trois rappeurs qui s’en donnent à coeur joie. Cachez les féministes car cette ode à l’amour lumière allumée les ferait sûrement hurler. Voyez-y plutôt une invitation au sexe libéré et ce son devient alors un pur bijou. Mention spéciale à A2H qui plie complètement le morceau avec un couplet stratosphérique.

Le choix de Paul :

Orelsan & Gringe sont les Casseurs Flowteurs

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Difficile de choisir parmi tant de styles différents et d’albums de qualité cette année. Mes oreilles se portent tout de même sur l’opus des deux sales gosses du rap. Un concept album autobiographique où les compères narrent en toute simplicité leur ‘Training Day’ de la galère. Chaque piste correspond à une tranche horaire de la journée (qui commence difficilement à 15h). Orel et son pote Gringe nous en apprennent beaucoup sur eux, façon enregistrement pirate de leur quotidien. Des refrains accrocheurs et des pistes à mourir de rire, plongeants l’auditeur dans un délire de la fin des années 80 au début des années 2000. Un disque qui sent bon la nostalgie et l’autodérision, tout en restant novateur et dans la veine des sons précédents. Ma conclusion : Peu de rappeurs savent rendre l’ennui aussi attractif.

Affreux Jojo – Piste 20 – Marche Arrière

Le choix a été encore plus dur : beaucoup de talents, énormément de tracks. Mais si l’Affreux Jojo rafle la mise, c’est bien parce qu’il est l’auteur d’un morceau qui plonge en émoi. Volontairement spontané, à l’ancienne, le jeune flow du Gouffre livre ses anges et démons avec une prestance qui force le respect. Sa voix plaintive interpelle, puis vient nous glacer les sangs, s’envolant au milieu des timbres écrasants de ses collègues présents sur la compil. Déboulant de but en blanc sur l’instru, le minot relate sereinement son parcours, fait lui-même son procès et nous rappelle (avec raison) que ce n’est pas parce qu’on est jeune dans un quartier défavorisé que l’on est mauvais. Sa vision du thème n’est pas forcément la plus originale ni la mieux écrite, mais le jeune MC arrive à nous ravir avec peu de moyens : une boucle mélodieuse, des rimes pertinentes, une voix remarquable et une sincérité attendrissante.

Le choix de Guillaume :

Kaaris – Or Noir

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Or Noir de Kaaris est à mon avis le meilleur album rap de cet année par son côté unique, il se démarque des autres rappeurs avec son côté trash, ses paroles brutes et directes. Niveau production, le duo Therapy, déjà à la baguette sur des projets de Booba, montrent encore leur talent grâce à leurs productions sombres et très tournées vers la Trap. Cet album va sûrement changer les mentalités dans le milieu du rap, et entraîner d’autres rappeurs à suivre son chemin.

La Marche – Akhenaton, Disiz la Peste, Dry, Kool Shen, Lino, Nekfeu, Nessbeal, Sadek, Sneazzy, S.Pri Noir, Still Fresh, Soprano, Taïro – La Marche OST

http://www.youtube.com/watch?v=68WDmsBcSBo

Le titre La Marche issu de la bande originale du film du même nom est un morceau qui a marqué cette année par une collaboration de poids ; pas moins de 13 rappeurs ont répondu présent sur cette production de Dj Kore. Pour le plus grand plaisir des fans, on y retrouve Nessbeal et Kool Shen, absents depuis quelques temps de la scène rap ; on y trouve également toute la nouvelle génération que compte Sneazzy West, Sadek, S-Pri Noir, Nekfeu et Still Fresh ; et d’autres rappeurs présents depuis longtemps dans la cours des grands et dont la réputation n’est plus à faire : Disiz, Dry, Akhenaton, Taïro, Soprano et Lino. En bref, un morceau lourd de sens concernant la marche de 1983, les inégalités des chances et le racisme ; et où chaque couplet est d’une très grande qualité.

Le choix de Tonton Walker :

Lucio Bukowski – De la survie des fauves en terre moderne

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Particulièrement insatiable en 2013, l’appétit musical du gargantuesque Lucio Bukowski a donné lieu en fin d’année à la sortie d’un EP hautement jouissif. Consacrant la complémentarité qu’il entretient avec Tcheep, l’un des nombreux beatmakers avec lequel le rappeur lyonnais a pris l’habitude de collaborer, De la survie des fauves en terre moderne se révèle être à ce jour, en dépit de son format étriqué, le projet le plus abouti du pensionnaire de l’Animalerie. La partition sans faute de Tcheep, gonflée aux grosses caisses, ne cesse d’appuyer l’écriture décapante de Lucio dont les rugissements poétiques ne peuvent laisser de marbre. Tantôt anarchiste (« crève un jacobin libéral qui me parle de tolérance ») tantôt réactionnaire (« L’évolution c’est de passer de Socrate à BHL »), le discours acerbe de Ludovic Villard écorche à tour de rimes le conformisme, le consumérisme, la victimisation, le misérabilisme…à travers de savantes punchlines, sans jamais tomber dans la facilité. Nous livrant les clefs de sa survie qui passe indubitablement par l’insoumission, la lecture (« une carte de bibliothèque coûte moins qu’un paquet de clopes ») et le rejet des médias, l’intégrité de Lucio Bukowski frappe une nouvelle fois fort entre les cuisses des majors contraintes au chancellement. A quand le coup de grâce ?

Rocé – Magic – Gunz’n Rocé

Apothéose du dernier album de Rocé, le morceau Magic constitue un hommage saisissant au « grand lucky boy », le très regretté DJ MEHDI dont le génie a marqué à jamais le patrimoine instrumental français. Implacable illustration de l’adoucissement des mœurs par la musique, Magic transporte l’auditeur dans une nébuleuse diffuse où derrière chaque note se cache une poussière interstellaire. Signant lui-même cette production délicate et aérienne, le natif de Bab El-Oued tutoie les astres en nous livrant un texte sincère d’une profondeur inouïe. Epaulant au MC-ing celui qu’il a lui-même repéré, Manu Key ne manque pas de s’associer furtivement au vibrant hommage adressé à son compagnon musical de la Mafia K1 Fry. Tout simplement magique !

Le choix de Juliette :

Lucio Bukowski & Milka – Lucio Milkowski Trois

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Lorsque le talent de ces deux fauves fusionnent, ça donne un Ep de cinq pistes. Propre, virulent et puissant. Le duo de l’Animalerie offre alors leur troisième opus. Le texte comme un pavé dans les vitres. Des productions qui naviguent entre nonchalance et conquête, finissent par donner le tournis. Les deux garçons amènent dans leur sillon, le crew lyonnais et c’est autour des dernières pistes qu’on retrouve des featurings. Anton Serra fait partie du lot. A coup de cohérence et de précision Lucio Milkowski Trois fut la bande son de mon mois de Juillet.

Demi-Portion – Mon Dico pt.3 – Petit Bonhomme

J’aurai pu choisir l’album Les Histoires, j’ai préféré la chanson Mon dico pt.3 de son EP Petit Bonhomme. Ce morceau pour souligner l’endurance de Demi-Portion. Souligner ses débuts quand n’existait que le premier volume. Souligner ce qui se passe loin de Paris. Souligner une époque qui a vu grandir tellement de rappeurs. Souligner la rime du garçon qui vogue sur l’indépendance et la sincérité depuis presque 20ans. Rien que pour ça, chapeau bas bonhomme.

Le choix de Louis :

Monsieur Mat – Abouti ou pas

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Trouvé par un pote qui lui-même l’a déniché sur un site russe spécialisé sur le rap français*, cet album est probablement celui que j’ai le plus apprécié découvrir cette année. La production est impressionnante : les beats sont lourds, on retrouve des basses et des samples à l’ancienne sur lesquelles interfèrent quelques scratchs et des aigus stridents. Il faut cependant aimer la reverb, soyez prévenus ! Le flow posé est imposant, bien mené, avec une désinvolture en rythme sur la mélodie. Quant aux paroles, on ne peut qu’apprécier le boulot fourni : les rimes sont bien trouvées, il y a de la recherche. L’ambiance est plutôt sombre et pessimiste mais il n’y a pas de revendications particulières : parfois, on parle pour rien dire, mais c’est volontaire donc agréable. Bref, un album à écouter absolument, avec une préférence pour les morceaux Abouti ou pas, Esprit d’ouverture, Le son du lynchage, ou encore Crise d’angoisse. Pourtant, cette pépite n’est que trop peu connue. Et pour cause, la promotion est quasi inexistante, il n’y aucune trace du chanteur – suisse apparemment – sur facebook, ni de son rap sur youtube. Il faudra donc se limiter à son soundcloud, sur lequel l’artiste troque le micro contre les platines (très rares sont les morceaux avec du chant). Bien sûr, il reste toujours la solution d’acheter son album, sur le site de son label SWC Records, sur lequel d’ailleurs tous les morceaux sont en libre écoute.

*Aussi étrange que cela puisse paraître, ce site – http://www.frap.ru – se révèle être une petite mine de découvertes et d’actualités. Qui a dit que le rap français se cantonnait à ses frontières ? La blogosphère hexagonale n’a qu’à bien se tenir.

Saleté de Rap – Georgio – Soleil D’Hiver

Au risque de doubler la voix de Mandarine, mon choix se tourne vers Saleté de rap. Pas vraiment le genre de morceau à écouter pour mettre une ambiance festive : non, ce morceau s’écoute calmement de A à Z, avec de bonnes enceintes ou un bon casque. On y retrouve la sincérité de Georgio, qui fait le taf sur une production de DJ Lo qui, disons-le, a encore montré la puissance de ses compositions sur ce morceau et sur l’album Soleil d’hiver dont il est tiré.

 

About Stéphane Fortems

Dictateur en chef de toute cette folie. Amateur de bon et de mauvais rap. Élu meilleur rédacteur en chef de l'année 2014 selon un panel représentatif de deux personnes.

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3 comments

  1. yhé! Mr. Matt fait partie d’un groupe, EXP (http://swc-records.bandcamp.com/album/echo-des-villes), avec DREEM et BIG-C. Voilà 40minutes de live en Septembre 2013 (SWC Night): http://www.youtube.com/watch?v=F3vK5uf8z6Q. Plusieurs autres vidéos de la soirée sont sur youtube, celles de Da SOlo et l’Affaire (SWC) mais aussi de Six2Six Records (Baltimore) et de Brainwash 2000 (NYC), tous présents ce soir là. 1

  2. Merci à Pauline pour le son de Sidi-O « mon café préféré » sur un gros sample de Bossa Nova : João Gilberto & Stan Getz « O Grande Amor » http://www.youtube.com/watch?v=4YfEMhlcX54

  3. Putain frais le Mr Matt, qu’elle découverte, j’viens de finir la première écoute, assez ouf de lâché un taff réussi comme ça et n’avoir 0 com !
    Merci pour la découverte, maintenant a moi de faire découvrir 😀

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