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[Chronique] 2013 – Vampire – Grems

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A l’occasion de la sortie de son E.P. Buffy qui serait un complément à son dernier album, nous proposons un dépoussiérage de Vampire, dont on n’est pas prêt de s’en remettre. Brève  rétrospective pour ceux qui n’auraient pas eu connaissance du phénomène. Grems est un designer influencé par l’art abstrait et les peintures archéologiques qui a pour passion le graffiti et la musique. Dans ce dernier milieu qui nous intéresse particulièrement, c’est à Détroit, pour la house, et à Londres, pour la grime et le broken beat, qu’il puise ses influences.  Nous nous penchons aujourd’hui sur son sixième et dernier album Vampire, successeur de Algèbre 2.0.

A première vue, avec ses treize titres pour 30 minutes de musique, un artwork très sobre en guise de pochette, et  un livret qui se contente des remerciements ainsi que des crédits de l’album, Grems ne semble pas vouloir passer par quatre chemins. L’immersion débute avec Préface, ou l’on se retrouve emporté  dans une vague d’arpegiateurs cristallins pendant que le MC s’attaque à la cible désormais prise dans les mailles de sa prod’ signée John 9000. « J’aurais dû l’appeler empathie, mais j’suis encore plus faible et c’qui m’baise c’est qu’la vengeance m’envahit […]» est la première phrase de l’album. Posé, Grems s’échauffe, prend son temps mais cogne sec, on ressent sa hargne toutefois maîtrisée.

Le single Vampire dévoile un album à la production soignée, avec des synthés et un kick très deep, assaisonnés de fines hi-hats et autres  caresses auditives  dans les aigues, les dosages sont parfaits pour faire bouger les grosses fesses sous les projos’. Pieu est le dernier de la trilogie aux synthés limpides. Pour cette grosse prod’ déstructurée Grems a fait appel à Neue Grafik qui opère sur les morceaux les plus barges de l’album. Résultat : des bombes inrapables pour le commun des mortels, des samples de tirs partout (Full HD), des synthés de tous les côtés (Chair Fraiche), sur des beats déconstruits aux influences 2-step/Garage (Pieu).

Interlude, reprend des circuits plus « classiques » qui font penser à Algèbre 2.0., tout s’explique : C’est Noza à la prod’ ! Il est aussi à l’origine de Cimetière, pépite purulente de charisme, très sobre tant dans le flow que dans la production. Le morceau fait office de transition après l’enchaînement hardcore précédent, qui atteint ses sommets avec l’épileptique Charogne. « T’as un signe nazi sur l’épaule, crève ! Charogne […] » En effet les BPM redescendent, avec  des morceaux plus minimalistes avec  le trop court mais parfait Shlag Music, à l’instru ‘ envoutante qui se marie parfaitement au flow de Grems jusqu’à Zombi. Redescente aux enfers,  musicalement on retrouve l’ambiance de Les Bails en featuring avec Le Jouage (qui nous livre ici un très bon couplet), en plus sombre, plus lent avec un Grems qui semble fatigué de tout. Heureusement ses potes d’outre-manche Foreign Beggars ainsi que Son Of Kick viennent l’épauler sur l’avant-dernier titre, une dernière montée d’adrénaline où notre MC favori se détend et en oublie toutes ses sangsues, enfin un peu de repos pour les mamans de ses auditeurs.

L’ultime mollard que nous balance le MC, Pince moi je rêve fait, à la fois une ouverture musicale en nous surprenant sur un terrain ou ne l’attendait pas, et une conclusion qui découle naturellement du reste de l’album.  Très touchant, profond, d’une finesse extrême, et nous n’en dirons pas plus pour éviter tout spoil envers ceux qui n’auraient pas encore goûté à cette merveille. Au final, Vampire n’est peut-être pas l’album pour découvrir l’œuvre de Grems, mais est la parfaite synthèse de celle-ci, la conclusion de toute une œuvre cohérente jusqu’au bout, d’un des rares artistes à ne pas sombrer dans la branlette générale qu’est  devenu le « rap-jeu ». 30 minutes qui ne laissent pas la place à du remplissage pour Grems, des morceaux terribles même une fois sorti du contexte de l’album, une polyvalence extrême ne serait-ce qu’en terme de flow tout en restant cohérent dans son univers vampirique.

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