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[Chronique] 2014 – Le Gaucher – Diomay

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 Introduit par les deux piliers de la Brigade, Fredo et le K.Fear, c’est en 1999, à l’occasion du 2nd volet de la mixtape NEOCHROME, que Diomay s’illustre pour la première fois en compagnie de son comparse Granit. Signé en édition deux ans plus tard sur le label IV MY PEOPLE, le duo prépare un 1er album qui malheureusement ne verra jamais le jour et n’existe qu’à travers une poignée de collaborations sur divers projets (notamment sur la compilation culte « 92 100% Hip Hop »). Soucieux de voler de ses propres ailes, le Tchiki O’boy, facilement identifiable par son célèbre gimmick et son flow à l’accent cain-ri, sort son 1er solo Mwen Ka, Galsen  en totale indépendance en 2004 épaulé par Kopdas avec lequel il fonde le label SKY THE LIMIT. S’en suit de nombreux projets (albums, best-of, mixtapes, compilations, street-CD) la plupart produit par Le Roumain, souvent avant-gardistes en raison de leur accent Dirty South, courant très peu exploré encore à l’époque en France. 90 BPM, son dernier album en date (2010) renoue, comme son nom l’indique, avec une musicalité plus classique, virage déjà amorcé par le MC d’origine sénégalo-guadeloupéenne quelque temps plus tôt sur Retour aux sources.

Fort de ce parcours dense, Diomay revient à 33 ans avec son 6ème album solo intitulé Le gaucher poussé par une envie et une passion infatigables : « Je peux faire des albums jusqu’à l’infini, jusqu’ici aucun d’eux n’est pourri ». Il est vrai qu’en dépit de leur faible exposition, les projets de Dio ont rarement déçu et toujours proposé une créativité certaine. Pourtant, la première écoute des 15 titres du LP est poussive. Les prods apparaissent mollassonnes, les punchlines peu percutantes (« on verse des  larmes de croco Lacoste » / « La France raciste c’est comme Bernard on ne va pas remettre ça sur le tapis ») et les rimes souvent téléphonées tout pour la distraire avec ce que la vie peut donner / ‘parait que l’humour peut tout guérir je suis devenu plus fort qu’Eli et Dieudonné ») voire pauvres. Quant au contenu, on oscille entre lieux communs (« la colonisation c’était quand même sale ») et thématiques indigentes comme sur le morceau Signé Madame SarrDiomay nous narre une anecdote enfantine sur la confiscation de ses figurines estampillées Chevaliers du Zodiaque par sa mère. Impossible de sourire ou de s’attendrir face à de telles banalités même pour un public en phase d’un point de vue générationnel.

Le fond est touché et la bienveillance accordée à un MC si expérimenté est contrainte à l’effritement. Les titres s’enchainent et on doit s’accrocher pour atteindre la dernière piste où Dio semble pressentir notre déception « T’as pas compris l’album c’est pas grave, ‘faut du temps pour apprécier le vin ». Du coup, vient le moment de la remise en question de l’auditeur qui se demande s’il n’a pas loupé le coche en faisant preuve d’une insuffisante concentration et manquer d’ouverture d’esprit. On a tous en mémoire cette première écoute du tant incompris L’Amour Est Mort d’Oxmo où on avait crié au scandale avant d’hurler au génie. La jurisprudence existe donc et puis Diomay nous a tellement fait vibrer par le passé, ses prises de MIC anthologiques sur Maintenant ou jamais, les 9 zincs, Street crédibilité…On se doit de creuser, de nouvelles pépites sont peut-être à nos pieds, agitons une nouvelle fois notre tamis d’orpailleur.

Hélas, les écoutes s’enchainent sans que la magie n’opère à un quelconque moment. On se surprend à fredonner quand même sur l’instru mélodieuse de Rendez-vous dans 10 ans produit par El Gaouli et se réjouir des rares accélérations de flow du rappeur sur La mémoire dans le flow mais cela ne suffit pas à compenser l’absence de conviction globale de l’ensemble du projet. Diomay semble en effet désabusé par sa condition de MC confidentiel dont les efforts n’ont jamais été couronnés de succès « peu à peu le pera finit par t’obséder, tu vises le trône tu finis assis sur des cartons de CD ». Le cœur n’y est plus et ce ne sont pas les invités, Driver cantonné à un refrain, ou les anonymes Kefyr, Medric, Shor’eze & Maxwell, qui sauveront le Tchiki O’boy du naufrage, bien au contraire.

Concernant Le gaucher qui ne verra pas Diomay s’élever au rang des célèbres left-handed que sont Billy the Kid, Barack Obama et Jimmy Hendrix cités en introduction, on ne parlera pas d’album de trop tant on souhaite que le combattant de SKY THE LIMIT achève sa carrière sur une note bien meilleure. Dans le cas contraire, ce rendez-vous raté ne doit pas faire oublier la très respectable carrière d’un véritable passionné œuvrant depuis ses débuts pour la défense d’un art sincère exempt de vanité et d’ostentation.

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