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[Chronique] 2014 – Shtar Academy.

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L’accroche de ce projet était très prometteuse. « Leur album sortira avant eux » sonnait comme un sous-titre de film hollywoodien. Et puis le pitch sortait de l’ordinaire puisque nous sommes en présence du premier album de rap enregistré par des détenus au sein d’une prison. Mais voilà, tous ces éléments réunis n’ont pas suffit à en faire un un album de qualité. Explications.

On pourrait presque inventer une maxime qui dirait que lorsqu’un album de rap français est relayé par les grands médias mais ignoré par le monde spécialisé, c’est que la fraîcheur du produit n’est pas flagrante. Ainsi la Shtar Academy s’est payée une tournée des vitrines journalistiques prestigieuses allant même jusqu’au Grand Journal de Canal + en n’ayant quasiment aucun relais dans le microcosme du rap français. Il faut dire que le concept est attirant et facile à vendre et c’est là toute la force de l’idée de Mouloud Mansouri et Tony Danza. La belle histoire intéresse forcément la presse car l’angle de la réinsertion par la musique est tout trouvé.

Le premier des reproches tient sur la quantité de MC’s. Nous savons bien que le dilemme est épineux. Avoir beaucoup de featurings permet d’élargir la résonance de l’objet. Mais le revers de la médaille, c’est le manque de cohérence de l’ensemble. Car demander à une petite vingtaine de rappeurs d’écrire un couplet sur la prison, c’est fatalement se retrouver avec une sensation de redondance sur la plupart des titres et un pot-pourri d’opinion allant de la bienveillance à la démagogie.

Le second des points noirs est la mise en arrière-plan des trois rappeurs au coeur du projet. Ils sont pourtant loin d’être ridicules sur la plupart des gros featurings mais la promotion a tellement mis l’accent sur leur histoire que nous sommes persuadés que personne n’a retenu leurs prénoms. C’est bien dommage, nous aurions préféré écouter un vrai album concept avec uniquement les concernés sur leurs quotidiens personnels dans leurs prisons respectives car quand ils sont seuls sur des morceaux comme Wesh Les Taulards ou Le Trajet, la mayonnaise prend.

Cet album est donc clairement un projet de producteurs ciblé très grand public puisque les morceaux sont censurés dès que les textes deviennent un peu trop fleuris. En témoigne le morceau Permission 2 de Mister You, au demeurant fort agréable, complètement charcuté par la censure.

Loin de nous l’idée de jeter la pierre sur ce projet louable et très bien marketé par la production. Le travail d’enregistrement a dû être colossal autant que l’administratif pour la gestion des featurings et des emplois du temps de Malik, Badri et Mirak. Nous souhaitons la meilleure des santés commerciales à ce projet et espérons vraiment qu’il annonce une carrière future pour eux trois dans le rap français.

Mais nous ne pouvons pas mentir à notre lectorat. Artistiquement parlant, il n’y a que peu d’intérêt à écouter ce disque. Mais l’histoire est belle alors n’hésitez pas à soutenir cette initiative inédite.

Si vous voulez en savoir plus, Ramsès Kefi de Rue89 a signé un très bel article à cette adresse : La Star Ac’ a une petite soeur. Et si vous avez aimé cet article, n’hésitez pas à le partager avec les petites icônes ci-dessous, et à rejoindre la page facebook ou le compte twitter pour suivre les actualités que Le Rap en France vous propose.
 

About Stéphane Fortems

Dictateur en chef de toute cette folie. Amateur de bon et de mauvais rap. Élu meilleur rédacteur en chef de l'année 2014 selon un panel représentatif de deux personnes.

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