2020 : nos coups de coeur de l’année

Dans une année de rap français, il y a les gros albums, indéboulonnables, solides, qui font l’unanimité. Et puis, il y a des projets plus marginaux, inattendus, mais tout aussi aboutis. Nous vous avons réuni dans cet article nos coups de cœur de l’année. Des projets qui auraient mérité d’être davantage mis en lumière, faits par des artistes atypiques et détonants.

Ichon – Pour de vrai

Plus que les mots, ce sont les sons du dernier album d’Ichon qui accrochent l’oreille en premier. Un album de rap français en 2020 qui  commence avec l’élégant roulement d’une batterie plutôt qu’un énième type beat trap à  la TR-808, ça étonne. C’est la marque d’un projet qui ne cherche pas à cocher les cases de l’album de rap français en 2020 (le banger drill, le feat avec Maes, le morceau introspectif…), mais à assumer une proposition radicale et différente.

La vie m’a appris à m’défendre / Dans un coquillage, des cendres / J’vais souffler sur une plage, le vent / Fait s’enrouler les vagues le sang / Coule dans mes veines, je le sens / Je le sens

Chacun des projets d’Ichon est une réécriture de son personnage. Sur Pour de vrai, le rappeur se mue en crooner, et chante plus souvent qu’il ne rappe. Ichon nous raconte sa vie au comptoir d’un bar, verre de whisky à la main, dans une ambiance feutrée, où mélancolie et légèreté se côtoient avec aisance, et où la funk et le piano-voix se mêlent dans la fumée. On se rappelle par moment l’élégance du regretté Christophe. Ichon n’a pas peur du kitsch, ni du parti pris, quitte à être parfois agaçant, dandy. Et c’est sans doute ce qui lui permet de proposer un des albums les plus originaux de 2020.

Focus track : Pas facile n’est pas la meilleure piste de Pour de vrai, mais le fait qu’elle conclut l’album n’a rien d’anodin. Le morceau reflète les ambitions d’Ichon : se rapprocher sans pudeur de la chanson française, de son écriture naïve et de ses mélodies pures. La plume se simplifie au maximum, et le thème revêt la banalité tristement quotidienne d’une rupture amoureuse. Ichon n’a plus peur de faire de la chanson ; et ça lui va bien.

Zinée – Futée

En quatre titres bien écrits, bien produits, efficaces, la rappeuse Zinée a su brillamment répondre aux retours enthousiastes suscités par ses premiers singles dévoilés au printemps dernier. Sur la forme, Futée est un EP qui suit globalement les codes de la nébuleuse 75e Session : L’ambiance oscille entre l’étrange et le mélancolique, les multisyllabiques se mêlent aux refrains chantés, Sheldon est derrière les machines pour construire le fond sonore en alchimie avec l’artiste. Zinée apporte de la fraîcheur par sa capacité à jouer sur les contrastes, notamment entre la douceur de sa voix et la virulence de certains de ses propos. 

“Chacun d’vos modes de vie m’attriste, j’préfères rester solo chez moi / j’vais bientôt m’acheter un navire, un jour viendra j’serai v’là riche”

Futée est un opus mi-triste mi-énervé, où la rappeuse déroule ses paradoxes, entre crainte de la solitude et misanthropie assumée. Derrière l’expression du malaise social, on trouve l’ambition presque insolente de celle qui n’a “rien à faire avec ces bouffons”. Zinée souhaite “voir sa tête en gros sur toutes les affiches”, nous le souhaitons aussi, aux côtés d’artistes rap féminines qui méritent, à l’aube des années 2020, d’être davantage médiatisées.

Focus track : Minitel est sans doute le son de Zinée le plus réussi à ce jour. Plus lumineux que les trois autres titres de l’EP, il conte une histoire d’amour étrange, bien loin des codes de ce genre de morceau. Le travail visuel mis en œuvre pour le clip est à saluer, tout comme l’ensemble de l’approche esthétique déployée par Zinée et son équipe, avant et autour de Futée

Edge – Off

Au sein de la nébuleuse Grandeville/Goldstein, de nombreux talents évoluent dans une relative discrétion, le plus connu étant Jazzy Bazz. Cette fois, c’est l’un de ses meilleurs amis, Edge, qui s’est imposé à nos oreilles avec son premier projet OFF.
Projet d’une qualité rare pour un premier opus, Edge nous surprend avec une maîtrise totale de sa musique et son talent pour établir une mélancolie agréable.
Entre deux taffs, Edge murmure, rappe ou s’épanouit sur des mélodies lancinantes et teintées de psychédélisme. 

“J’vois l’fond sans même noyer ma peine,/ j’inhale uniquement du pollen/ Ice, frais, j’suis hype, frais”

Bien entouré par des producteurs de génie et des musiciens talentueux, Edge développe son identité, forgée durant des années à évoluer aux côtés de ses compères du nord-est parisien. Produit par Johnny Ola, accompagné des extra Loubenski et Monomite (devons-nous les présenter ?), OFF est un concentré de talent aux subtilités délicates qu’on prend plaisir à déceler tout le long des écoutes accompagnant nos nuits blanches.

Focus track : Sur les 11 tracks, difficile d’en choisir seulement une tellement tout est bon. On a quand même sélectionné Compliqué pour son super clip par Lokmane et sa production de génie 

Captaine Roshi – Attaque II

Très actif en 2020 avec trois mixtapes (Contre Attaque, W.A.R, Attaque II) Captaine Roshi est LE rookie de cette année si particulière. Avec sa voix cassée, il réussit à s’imposer avec persévérance et une régularité certaine. Attaque II est la finalité de ce qu’il entreprend depuis plus d’une année désormais. Ce projet décrit avec sensibilité la dureté de son quotidien, avec des lyrics influencées par la pop-culture (mangas, comics) et des instrumentales toujours aussi saillantes et mélodiques. 

“Quand j’trappe, c’est raffiné, toujours concentré, j’suis devant dès l’départ”

Habitué à s’exercer sur de la trap, Captaine Roshi ne déroge pas à la règle avec un nouveau florilège de bangers mais pas seulement. En effet, le projet est une réussite par la manière dont il nous fait entrer dans sa vie. Il parvient à nous donner l’accès à une dimension introspective qu’on ne lui connaissait pas auparavant. Avec des morceaux comme Appel ou Détail en collaboration avec le don Alpha Wann en personne, il confirme une maîtrise parfaite de sa trap car oui, il propose une mutation du genre. Il se démarque également par des gimmicks rafraîchissants et novateurs (backs ressemblant à un ninja). À l’heure ou la Drill inonde le rap français, Captaine Roshi est une bouffée d’air frais et compte bien poursuivre son chemin vers le sommet, avec son “Yoho”. 

Focus track : Ébélé en featuring avec Gradur est la surprise de cette mixtape. Les deux artistes étant reconnu pour s’exprimer sur des instrumentales assez trap, ils ont surpris tout le monde avec une mélodie et un piano magistral et nostalgique. C’est tout simplement l’un des meilleurs morceaux du projet. Captaine Roshi se livre entièrement en s’exprimant sur ses ambitions, son amour de la scène, la concurrence et sa famille. Ces thèmes sont repris par Gradur, qui avec le temps et l’expérience, gère mieux sa voix rauque. 

Chanceko – Gaura

Avec son dernier EP nommé Gaura (genre de plantes à fleurs alternes), Chanceko réussit à marquer 2020 de son empreinte. À travers ce projet, il affiche fièrement d’avoir mis un pied vers le succès grâce à un travail acharné mais il ne veut pas s’arrêter en si bon chemin. Très ambitieux, il veut continuer sa montée en puissance, en étant conscient des aspects sombres et négatifs de la notoriété. Très mélancolique, Chanceko évoque sans cesse un thème qui le définit : l’amour. 

“Des faux frères m’ont lâché quand l’compte était à zéro / Ils reviendront si Chancy passe à la radio / J’ai dû charbonner pour endurcir mon cardio”

Chanceko a un goût prononcé pour l’esthétique et le haut de gamme. Cela se ressent sur son image avec notamment la cover qui est très soigné. Il fait de multiples références à ces thèmes durant les quatre morceaux qui composent le projet. La collaboration avec son compère Take A Mic n’est pas un simple hasard, tant les deux artistes sont proches esthétiquement. L’un de ses points forts est sa maîtrise proche de la perfection du vocodeur et donc de l’autotune. En effet, ce dernier sait tout faire : rapper, chanter, mixer et produire. Avec Gaura, Chanceko poursuit son élévation et s’affirme comme un élément à part du rap français. 

Focus track : Arc-en-ciel est le morceau qui définit la personnalité artistique de Chanceko. Il y dévoile ses capacités de chants, accompagné de son plus fidèle ami, l’autotune. Paradoxalement, Arc-en-ciel est particulièrement entraînant et très rythmé, alors que les lyrics sont assez maussades. Vous bougerez tout seul, lorsque vous entendrez le morceau sur une piste de danse, c’est une certitude.

Lk de l’hotel Moscou & Frencizzle – Elephant & Castle 

Est-ce qu’il est plus lisible lorsqu’il est drivé par un beatmaker, en l’occurrence Frencizzle sur cet EP commun ? Est-ce que c’est lui qui a voulu rendre sa musique un peu plus accessible ? Est-ce que le format 5 titres correspond mieux à son profil ? Est-ce que son univers nous parle en fonction de la période que l’on traverse ? Toujours est-il que même si on lui reconnaissait déjà une belle plume et sa capacité à proposer un vrai parti pris musical, jusqu’ici, on pouvait parfois rester hermétique à la musique de LK. Il faut dire qu’avec ses instrus aux ambiances oppressantes, ses textes introspectifs et son flow lancinant un peu particulier, il faut avoir le cœur bien accroché pour se lancer dans l’écoute de l’un de ses projets. 

Et pourtant, cette fois-ci, les 5 titres d’Elephant & Castle se dégustent comme une pinte de Guinness (le nom de l’EP faisant référence à un pub anglais), qu’on écoute et réécoute sans problème, sans doute pour les raisons évoquées plus haut. Sur le fond, ses démons sont toujours là, la mélancolie aussi. Mais il a appris à vivre avec. Il est sans doute plus apaisé que par le passé, et ça se ressent dans sa musique. Il en ressort un peu plus confiant pour l’avenir, un peu plus serein. Et c’est tout ce qu’on peut lui souhaiter.

“Avant je gardais en moi mes maux terribles, maintenant je partage avec toi, je cautérise”

Focus track : Elephant & Castle. Sur une instru délicieusement vintage signée Frencizzle, LK évoque avec nostalgie et mélancolie (mais sans emphase) les souvenirs d’un ancien amour datant d’il y a quelques années. La plaie étant refermée, on le sent prêt à revoir cette personne, et évoquer avec elle leurs nouvelles vies respectives, leurs enfants, et les raisons de l’échec de leur relation. Et peut-être le faire “vers Elephant & Castle”, pub londonien qu’ils fréquentaient visiblement pas mal à l’époque. Le tout, avec un refrain réussi et entêtant, et un flow presque entièrement chanté. Une nouvelle piste musicale à suivre pour Laurent Kia ? 

Zed Yun Pavarotti – Beauseigne

« Le rap, c’est la nouvelle variété » clament certains. Plutôt que d’opposer de façon stérile ces deux genres musicaux, Zed Yun Pavarotti prend le parti de les mélanger.

Après le très bon French Cash, ce nouveau projet rempli de mélancolie et d’envolées vocales nous régale. Bien qu’à la recherche d’un succès qui lui tend les bras, le talentueux Zed Yun semble néanmoins y échapper volontairement, préférant emprunter une route pavée d’expérimentations artistiques. Son écriture non linéaire et souvent absurde semble insaisissable aux premiers abords, renforçant l’aspect énigmatique du personnage. Sous les tatouages du jeune homme et l’encre de sa plume équivoque se distingue toutefois un écorché vif. Zed Yun se livre abondamment, dans une effusion de sentiments contradictoires, nous exposant son être marqué de bleus sur l’âme et de rouge sur le corps. 

La roue tue et l’amour tourne, un miracle c’est un coup de foudre, un mirage c’est un coup de coude. 

Avec Beauseigne, le natif de Saint-Etienne excelle dans tous les registres, de la ballade nostalgique Merveille à l’explosion rock’n’roll De larmes

Focus Track : Lalaland. Morceau éclatant, aussi triste dans le propos que lumineux dans la performance vocale de Zed Yun, Lalaland nous emporte dans un tourbillon d’émotions, le tout sublimé par une guitare électrique. Bien mieux que le film.  

Alpha Wann – Don Dada mixtape vol. 1

On ne va pas se mentir, si elle était sortie quelques semaines plus tôt et qu’on avait eu le temps de s’en imprégner davantage, cette Don Dada mixtape figurerait sans doute en bonne position dans notre Top 10 annuel. Qu’à cela ne tienne, ce projet ne peut être qu’un coup de cœur pour les amateurs de découpages de prods en règle. Maître d’œuvre de l’opus, Alpha Wann nous gratifie de 6 morceaux solo de haute volée, à commencer par Mitsubishi, démonstration technique qui fait jeu égal avec Le Piège, son d’ouverture d’Une main lave l’autre

Tu sais déjà, si j’rentre dans l’histoire, ce s’ra en équipe je veux pas rentrer seul / Une Rolls Royce ça s’fait en six mois, une Toyoto ça s’fait en treize heures

Outre ces solos d’Alpha et ceux des newcomers de la nébuleuse Don Dada (KSA, Ratu$), la mixtape se compose de plusieurs feats pour la plupart convaincants, mêlant associés de longue date de Philly Flingo (Nekfeu, Deen, Infinit’, 3010) et têtes d’affiche du rap français (Freeze, Kaaris). Parmi ces collabs, on retiendra surtout les morceaux communs Nekfeu / Lesram (San Andreas) et Alpha / Kalash Criminel (Pistons vs Pacers), deux crossovers particulièrement réussis entre le 75 et le 93.

Difficile de dégager des “grandes lignes” formelles ou thématiques pour un projet de cette sorte. Notons quand même que, maîtrise technique oblige, la mixtape est particulièrement dense. Porté par des maîtres du genre (Alpha, Infinit’, Veust…), l’égotrip y est cinglant, incisif. Sûrs de leur force et fiers de leurs accomplissements, les artistes présents sur le projet ne sont pas pour autant hermétiques aux bruits du monde. Puissamment antiraciste, cette Don Dada mixtape contient son lot de lignes ACAB et de parti-pris décoloniaux magistralement écrits.

Focus track : aaa (Alpha Wann & Nekfeu). Absent d’UMLA, Nekfeu apparaît sur 4 des 17 titres de la Don Dada mixtape, ce qui en fait, avec Alpha, une des figures centrales du projet. Sur aaa, les deux compagnons de route déroulent leur savoir-faire tout en parvenant à nous surprendre : usage de courtes allitérations, S/O à Hugo TSR et teasing d’un projet commun qui a mis les médias d’actu rap en surchauffe, les deux rappeurs sont sûrs de susciter l’engouement d’un large public, nous inclus.

La Fève & Kosei – Kolaf

L’un a le regard perçant, l’autre l’a dissimulé par des lunettes à la Keanu Reeves. Derrière ces deux démons rouges se cachent La Fève, rappeur, et Kosei, producteur. Dès la première écoute, le constat est net : la fusion entre les artistes est évidente. Au-delà du morceau Alchimie qui ne fait que constater une fois de plus l’évidence de cette collaboration, chaque morceau prouve la passion et l’agilité des deux artistes dans leur domaine respectif. Au fil du projet s’entremêlent basses 808 toutes rondes, couplets aussi spontanés que millimétrés, mélodies percutantes et envolées mélodieuses. 

La folie de Kosei, la maîtrise de La Fève : les deux nouvelles recrues ont déjà l’étoffe suffisante pour construire une musique envoûtante et novatrice, comme le prouve chaque morceau de Kolaf, que l’on retiendra comme l’un des projets les plus marquants de cette année. 

Focus Track : Belle somme. Le couplet commence, la tension décolle, et l’explosion retentit dès la première basse, réelle maîtresse du morceau. Entre regrets, confiance, ambition et fatalisme, la fougue de La Fève détaille avec précision et justesse les émotions qu’il ressent, portées par les ressacs mélancoliques de l’instrumentale. 

Tu dis des bullshits, j’rap c’est une boucherie t’as capté l’aura / Gros c’est la new-wave s/o à Kosei l’EP c’est du lourd hein

Wit. – No Future 

Complexe et sophistiquée, la musique de Wit. n’a, aux premiers abords, rien d’abordable. Comme il le dit lui même dans Falcon : “Si t’es là c’est que tu connais déjà Wit. Enfin j’espère pour toi, sinon tu vas bader”. 

Une mise en garde frontale qui vient se glisser quelques phrases après le premier morceau du projet, Ailleurs, une introduction comme on a peu l’habitude de voir. Sur une basse saturée, Wit. chante avec peine et passion le désespoir, sur des accords aux airs d’apocalypse. Le contexte est posé. 

Pourtant, le prochain morceau prend une silhouette bien plus familière. En restant fidèle à cet univers, elle prend l’aspect d’un track rythmé aux placements précis, à l’écriture acérée et aux envolées pleines de justesse. Mais la thématique reste la même : celle d’un homme au passé écorché, ternissant sa propre vision du futur. 

C’est l’histoire de No Future. A travers les 11 morceaux du projet, Wit. nous fait  découvrir les nombreuses formes que prennent ses peines. Parfois rythmées et entraînantes sur Halo, parfois dansantes à l’influence club sur Reset avec Madd, parfois violente et lancinante, comme sur Loco aux côtés de Laylow. Poursuivi par ses démons sur les nombreux terrains qu’il survole, il n’empêchent pourtant pas Wit. de décoller, et semblent au contraire lui donner le carburant nécessaire à la production d’une musique de haut vol. 

J’illumine ma vie en feux de détresse, la beauté se cache sous l’imperfection / Je m’en sors sans m’en dépêtrer, je guéris par infection

Si ses précédents projets NEO et Sirius l’avaient déjà fortement insinués, Wit. confirme avec No Future son gigantesque talent qui lui est inhérent, par son sens de l’écriture et de la mélodie qu’il a su forger, à tel point qu’il paraît aujourd’hui inné. Lorsque Wit. tisse sa peine en toile de fond, difficile de s’extirper du filet. 

Focus Track : Proz. Aussi profond que maîtrisé, Proz reste un des morceaux phare du projet. Porté par des changements de tonalité spontanés et pertinents, le texte détaille les rares bouffées d’air que lui permettent sa musique, avant de sombrer à nouveau dans les limbes de son introspection. Une merveille. 

Bu$hi – Bu$hi et Bu$hi 1.5

Bu$hi, ou Killian pour les intimes, est un jeune rappeur lyonnais qui a sorti deux albums brillants en 2020, intitulés sobrement Bushi et Bushi 1.5.

Accompagné de Gouap, ingé-son/beatmaker attitré du collectif Lyonzon, Bu$hi se place comme un des talents les plus prometteurs de la scène rap actuelle.

Un flow qui donne envie de sortir son katana à la Kill Bill, des ad-libs à sauter au plafond tout en ayant un fond qui reste cohérent : voilà sa recette miracle !

Dans ces 2 EP, Bu$hi nous parle essentiellement de son non-respect pour les « pétasses » et de son amour pour le tamien (shit pour les Lyonnais). Originaire de La Réunion, Bu$hi sait aussi aborder le thème du racisme, qu’il a découvert en France métropolitaine.

« Pour cette salope de prof’, j’étais juste le pitre, maintenant j’fais plus de biff qu’elle, son mari et son daron, yeah j’ai un feeling avec ta bitch en cas d’break up, j’ai un stock de groupies gogoles comme Stitch« .

En termes de production, Bu$hi et Bu$hi 1.5 restent cohérents dans l’ensemble, grâce au travail très intéressant de Shumi1, qu’on retrouve également chez Zuukou Mayzie, membre du collectif 667. Gouap, que ce soit en terme de beatmaking mais également en terme de mixage, apporte une réelle plus-value au travail de Bushi. Pour autant, le jeune rappeur ne se limite pas à tout casser derrière le micro, il est également à la prod sur un bon nombre des morceaux de ses EP.

Focus track : le morceau Beach House présent sur le premier EP, nous dévoile assez bien l’étendue du talent du jeune Lyonnais. Sur une instru planante, composée par ses soins, et accompagné de son ancien acolyte Azur, Bu$hi mélange style, violence et profondeur, tout en rendant le tout artistique et sensé. Son flow, atypique et nonchalant, sublime la prod, ce qui apporte un réel intérêt artistique au morceau.

Ben Plg – Dans nos yeux

Il est peu dire qu’on attendait beaucoup de Ben Plg. Sur nos radars depuis quelques années, il s’était déjà fait brillamment remarquer avec Pour La Gloire en 2019, un opus brillant et émouvant. Son retour en 2020 avec Dans nos Yeux sonne comme l’affirmation complète d’un talent hors-norme, fait pour briller. L’album est touchant et simple, une combinaison bien dure à maîtriser, car il raconte le quotidien et le banal en mettant de la poésie où d’autres mettraient du mépris.

« Eh, j’me parle tout seul dans la rue, un pote me croise, me d’mande c’que j’ai bu Moi, j’ai rien bu, j’veux comprendre c’que j’ai vu, du coup, j’me parle seul dans la rue »

Focus track : Ton âme : une ode à l’errance, aux questionnements, à nos vies et à la France du milieu, à nos doutes et à l’absurdité de la vie.

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