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[Chronique] 1998 – Opéra Puccino – Oxmo Puccino

Oxmo Puccino n’a pas attendu son premier album pour faire parler de lui et montrer toute l’étendue  de son talent. Il a déjà une place de choix au sein de l’écurie Time Bomb, venant se mêler à l’école prometteuse du rap français (Booba, X-Men , Ali…) et à de nombreux freestyles d’anthologie. Deux  collaborations marquent les esprits : le morceau Pucc Fiction avec le jeune premier Booba sur la  compilation L432 et le morceau Mama Lova sur la compilation Sad Hill de Kheops, le DJ d’IAM. Le rappeur du 19ème arrondissement de Paris se paye le luxe de naviguer entre l’underground de la  capitale et la planète Mars, son flow et sa plume étant aussi demandés par les siens que dans le sud. Alors que les talents commencent à quitter le nid du collectif et après une signature Chez Virgin, Oxmo Puccino prend son envol pour sa première aventure discographique en solo.

La pochette

Le charismatique Puccino apparaît de profil, son regard perdu dans le vide. Pourtant, son oeil,  toujours lucide, semble nous suivre du regard ou du moins, se doute qu’il se trame quelque chose  dans son dos. Ses émotions contradictoires, la joie et la peine, symbolisées par deux masques, se  rappellent à lui dans la lumière rougeâtre d’une supposée nuit parisienne. Si la couleur des lueurs est  courante, une ombre plane sur son oeil, toujours vif.

Le flow

Oxmo, c’est l’art de la diction, un cuisinier de la littérature qui tranche, cisaille, découpe les syllabes et les mots avec délectation. Son articulation parfaite nous fait savourer les rimes et les punchlines, douceurs à l’oreille, intenses à la compréhension. Le flow qu’il nous présente est d’une telle musicalité que le maestro pourrait se permettre de rapper acapella, le son devenant accessoire. Il va même jusqu’à s’arrêter de rapper pour mieux nous parler droit dans les yeux dans le titre Peu de gens le savent.

Les textes

Si son album porte le nom d’Opéra Puccino, Puccino, la filmographie aurait pu lui aller à ravir au regard de l’intensité du scénario de chaque morceau comme autant de longs-métrages. Les pistes s’enchaînent et les images défilent devant nos yeux. On imagine les acteurs patibulaires, les décors urbains, les lumières sombres. Le black Jacques Brel enfile les métaphores, les oxymores et les descriptions saisissantes de réalisme comme des perles. L’enfant seul, le sommet de l’album, est  une magnifique réussite, nous laissant jongler entre universalité et autobiographie.

L’album se clôture sur Mourir 1000 fois, un testament musical mélancolique d’une noirceur  intense. Le morceau s’imprègne dans l’esprit de l’auditeur pour ne jamais repartir. Les aventures du  superhéros Jon Smoke et du Black Mafioso ne pouvaient se terminer autrement, six pieds sous terre,   entre quatre planches, à se demander si l’amour est mort par la même occasion.

« J’ai peur de la mort, je le sais, je l’ai vue épeler mon nom appeler des amis, jamais, je les ai revus »

Conclusion

En cette année 1998 où l’art urbain hexagonal est à son apogée, le magazine Groove (RIP) désigne Opéra Puccino comme l’album français de l’année. Une belle reconnaissance du milieu même si celle du public se fera attendre. Il lui faudra 8 ans pour décrocher une certification Disque d’or. Osons le dire, Puccino n’est pas un rappeur. Après ce premier opus, devenu un classique du rap français, il est un artiste. On sent déjà que le rap ne lui suffira pas, comme un besoin de voir plus large, plus loin, de toucher l’horizon. Un être à part entière parfois incompris, l’enfant seul, un cactus de Sibérie, un Roi sans carrosse…

Simon aka Micropalo


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