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AL : « Les rappeurs, dans leur majorité, ce sont des gens qui galèrent, c’est une réalité ! »

« Pour que j’arrête, il faudra qu’on me force ! », rappait AL sur son deuxième album, « Terminal 3 », sorti en 2012. Alors, parallèlement à l’aventure Asocial Club poursuivie avec brio aux côtés de Casey, Prodige, Virus et DJ Kozi, le MC n’a pas délaissé sa plume personnelle, mûrissant depuis plus de deux ans, un troisième projet solo intitulé « Le Pays des lumières ». Un album déjà produit, écrit et enregistré, dont la sortie est programmée pour octobre 2015. Entre temps, AL espère pouvoir mettre en images plusieurs morceaux avant la sortie officielle du projet, et a, pour cela, lancé un appel au financement participatif. Nous avons donc voulu en savoir plus et rencontré cet artiste de « Talant » qui nous a gracieusement accueilli à son domicile, au Blanc-Mesnil. Rencontre avec AL au « Pays des lumières » !

Bonjour AL, après une année traversée « en équipe » avec Asocial Club, l’annonce d’un projet solo d’ores et déjà sur les starting-blocks est un peu une surprise. Peux-tu nous en dire plus sur la façon dont celui-ci a été préparé ?

En fait, dès que j’ai achevé « Terminal 3 », j’ai commencé à écrire des morceaux. J’en avais écrit un certain nombre quand l’idée d’Asocial club s’est précisée. J’ai donc mis en « stand-by » l’écriture du prochain album pour me consacrer au groupe car je savais que c’était un « stand-by » qui n’allait pas durer longtemps. En même temps, j’ai continué à y réfléchir, à « gratter » quelques rimes et il y a 3 mois de cela, j’ai finis d’écrire ce que je considère comme le dernier morceau.

A l’heure qu’il est, nous ne savons pas beaucoup de choses sur cet album – hormis son titre – peux-tu nous éclairer sur son contenu ?

C’est toujours difficile de parler de ça, ce sont les gens qui vont mettre une étiquette ou une couleur sur ce qu’ils écoutent. La seule chose que je peux dire, c’est que par rapport aux albums précédents, j’ai l’impression de m’être plus pris la tête sur des thèmes précis et moins écrire de morceaux ressemblant à des humeurs ponctuelles avec des rimes qui s’enchainent. Sur presque 3/4 des morceaux, j’ai voulu me prendre la tête à aborder un thème et à m’y tenir. Il y a des gens qui font ça très facilement, moi un peu moins. Du coup j’ai bossé là-dessus, et je crois avoir un peu progressé (sourire).

Cette évolution était déjà perceptible entre le premier et le second album, avec des titres comme « Sans lui » par exemple…

Oui, je parlais également de la « passion » à travers « Je suis refait », la « solitude » avec « Tout seul », mais je pense que ça ne sautait pas aux yeux. Au final, sur l’ensemble de l’album, il n’y en avait pas tant que ça ! Là ce sera beaucoup plus précis…

La sortie du projet est annoncée pour octobre 2015 mais prévois-tu de sortir quelques titres avant cette date ?

Oui, si tout se passe bien, avant fin avril, quelque chose devrait tomber !

Côté production et featurings, il y aura le panel habituel – DJ Saxe, Anfalsh…etc… – ou quelques invités « surprises » ?

L’essentiel des prods, c’est DJ Saxe qui s’en est chargé, mais il y a aussi une prod de Hery, une prod de Laloo et une prod de Banane. Ça ressemble beaucoup à ce qui a été fait sur « Terminal 3 ». Et côté invités, il y aura Adil, Anfalsh et un morceau avec Taïro également.

« Tu passes par des états psychologiques de ouf pour pouvoir sortir un album en physique ! »

Afin que cet album puisse voir le jour, tu as récemment lancé un appel au financement participatif. Qu’est ce qui t’as amené à faire ce choix ?

Comme sur les albums précédents, on fait les morceaux nous-mêmes, on les mixent nous-mêmes, mais on n’a pas la trésorerie d’une major pour pouvoir mettre en avant le projet. Faire du rap en indépendant, en lui donnant la forme que l’on veut, c’est quelque chose qui coûte. Sur les deux premiers albums, une fois le disque terminé et les clips réalisés, financièrement, ça nous permettait à peine de repartir sur un autre projet…

Concrètement, à quoi va servir l’argent récoltée ?

Dans un premier temps, si on atteint la somme, on va faire des clips, des beaux clips ! Donc forcément, il faut des gens qui vont bosser dessus et du matériel. Et ensuite, s’il nous reste de l’argent, on fera de la promo pour que le projet puisse avoir une certaine visibilité…

Que réponds-tu néanmoins aux personnes qui ne comprennent pas ou qui critiquent ouvertement ce genre de démarche ?

Clairement, on n’est pas dans le caritatif, on est dans le participatif ! La majeure partie des gens font la différence ! Certes, on demande une contribution mais il y a des contreparties et quand tu regardes ces contreparties, on n’a pas l’impression de « quémander » de l’argent aux gens. Personnellement, je comprendrais ce type de réaction avec un mec qui parle dans ses textes de la coke qu’il vend et qui, en même temps, raconterait qu’il a des problèmes de trésorerie. Ce ne serait pas cohérent ! Moi je ne suis pas dans ce délire là, il y a des gens qui viennent me dire qu’ils se reconnaissent ou s’identifient dans le rap que l’on fait parce que quelque chose de « terre-à-terre » s’en dégage. On n’est pas là pour nourrir des fantasmes ! Et aujourd’hui, pouvoir sortir des disques avec cette démarche coûte cher et demande énormément d’efforts ! Les rappeurs, dans leur majorité, ce sont des gens qui galèrent, c’est une réalité ! Après les personnes qui te reprochent d’adopter une telle démarche – je parle de financement participatif – j’ai l’impression que c’est beaucoup de gens pour qui la musique est aujourd’hui quelque chose de gratuit, en cliquant simplement sur un lien à télécharger. Je voudrais presque leur demander à quand remonte la dernière fois où ils ont acheté un disque ! D’une certaine façon, Internet et le numérique ont abouti à la dématérialisation des choses et entrainer du même coup leur dévalorisation. Après, je ne suis pas non plus en train de cracher sur Internet parce que c’est peut-être par ce biais que je vais pouvoir mieux travailler mon projet. J’ai encore suffisamment de passion et d’envie pour continuer, mais tu passes par des états psychologiques de ouf pour pouvoir sortir un album en physique ! Le masteriser, trouver un distributeur et gérer tout ce qui se passe autour de sa sortie, demande une grande implication. On devient vite « maso » !

About Laurent Lecoeur

Délateur culturel, aux deux oreilles attentives, tombé dans la marmite du rap français. Ressorti sans formule secrète mais avec l'envie d'y replonger pour en savoir un peu plus...

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