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[Chronique] Al’Tarba – Bad Acids & Malicious Hippies

Certains titres d’albums créent malgré eux des associations d’idées non maîtrisées. Des fulgurances de l’esprit nous permettant de mieux saisir une oeuvre en quelques secondes seulement.

C’est le cas pour Bad Acids & Malicious Hippies dont le titre nous renvoie inconsciemment au décès de Charles Manson, cette figure controversée dont l’épopée criminelle irrigue la culture américaine. Visiblement, cette influence dépasse les frontières puisqu’elle a également touché un des plus éminents producteurs français de sa génération, j’ai nommé Al’Tarba.

Quelques mois après la sortie de son dernier album La nuit se lève (dont nous faisions la chronique ici), ce dernier remet déjà le couvert avec un tout nouveau projet. Au vue de la tracklist, on est tout d’abord intrigué par le format choisi. Un EP comprenant deux faces A de 10 min chacune. A première vue, cela semble un peu court…

Dès la première écoute, on comprend cependant très vite tout l’intérêt qu’un artiste comme Al’Tarba peut tirer d’un tel format. Ayant fait des ambiances cinématographiques l’une de ces marques de fabrique, il peut y déployer à loisir son univers et ses thèmes à travers de multiples samples, triturés et pressés jusqu’à l’obsession.

Ici la cohérence qui fait parfois défaut aux albums instrumentaux saute aux oreilles. Ce sont deux fresques sonores savamment pensées qui nous sont présentées. Oubliées les limitations de minutes imposées par le piste par piste et les normes qui vont avec, les ambiances constituent une véritable trame narrative auxquelles ne manquent que les mots mais où peuvent se substituer pleinement l’imaginaire de l’auditeur.

En effet, il est plus que jamais facile de se représenter en image la musique d’Al’Tarba. On projette aisément à l’écoute le road-trip imaginé par l’artiste. Littéralement, ce dernier peint des émotions brutes avec des sons qui, pris séparément, pourraient sembler absurdes. Mis en scène par Al’Tarba, ces samples racontent une histoire empreinte de violence, de joie éphémère mais aussi d’angoisse et d’inquiétude. Tous ces sentiments, symptômes d’une époque, se mêlent et se complètent à l’image de ces beats déstructurés.

Pour obtenir une telle fluidité, il faut souligner la qualité d’orchestration et de séquençage. Comme autant de descentes aux enfer, les phases de descentes sont ici alternées à des montées psychotiques qui parfois frôlent la frénésie. Des murmures inquiétants issue de samples obscurs distillés ça et là comme autant d’allusions à Manson et sa « famille » parsèment le tout pour laisser à l’auditeur le temps de prendre son souffle.

Bad Acids & Malicious Hippies s’envisage comme un bloc et il est donc difficile de s’arrêter sur des parties de l’oeuvre. Il devrait donc susciter des réactions binaires. En clair, on adhère ou l’on passe son tour.

Pour nous, la question ne se pose plus. On la posait déjà il y a quelques mois lors de la chronique de La nuit se lève :
« Et si cette conclusion assénée comme un direct du droit en pleine tronche, plus que le simple acmé d’un album réussi, était en fait le commencement de quelque chose de plus grand ?« 

La réponse est un grand oui !

About Zayyad

Singe Jaune. Le plus Hip Hop des frères Bogdanoff

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