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Anadiplose de featurings #4

On vous avait laissé, le mois dernier, sur un magnifique Tu crois qu’on sait rien foutre ? made in Boboche et Villiers-Le-Bel. C’est assoiffés de nouvelles connexions au sommet et de mélanges de style que nous vous proposons la quatrième édition de cette anadiplose. Au programme: du rap, du rap, un peu de rap saupoudré au rap, sauce rap. En revanche cette fois-ci, nous avons voulu privilégier une « playlist » un peu plus moderne et actuelle que ce que nous avions pu vous proposer auparavant. Un seul morceau dérogera à la règle, le morceau d’ouverture, qui semblait tout de même incontournable après avoir clot la séance précédente avec Lino. Sans plus attendre, nous vous laissons découvrir ces 5 morceaux qui forment l’anadiplose #4 !

Lino et Oxmo Puccino – La loi du point final (1998)

1er couplet. Genki Dama. Oxmo très calme, réfléchi, errant entre cynisme (« Faut surtout que les frères cessent de se pointer finalement/Puisqu’il faut qu’il n’en reste qu’un pour que la race soit en paix ») et froideur (« Ta vie, un livre sans virgule, faut pas se priver/Sachant que chaque chose a un point final, pas vrai?« ).
Refrain. Il reformule un certain adage selon lequel l’espoir fait vivre. Oui, mais ceux qui vivent d’espoir meurent de faim dira l’interlocuteur d’Oxmo la même année sur Jour 2 Tonnerre. « C’est la loi finale qui nous tient debout« . Mi-chanté mi-rappé par le parisien, un refrain envoutant (un de plus) pour passer le micro à Lino.
2ème couplet, celui de la moitié d’Ärsenik. Un Kaioken verbal qui vient nous heurter de plein fouet. Un Lino phénoménal, si haut qu’il en devient même difficile d’en parler, d’en écrire sur le sujet tant la puissance de son couplet dépasse tout ce que l’on pourrait en dire. Certainement l’un de ses meilleurs, enchaînant punchline sur punchline (oui, en 1998 le mot punchline avait encore un sens) dans un style coupant et agressif qui lui est propre.
2ème refrain, et on enchaîne sur un tour de passe-passe entre les deux artistes. Fol exercice de style, résultat époustouflant, qui démontre une nouvelle fois le talent des deux rappeurs. Son à intégrer dans le top 5 des featuring de l’histoire du rap français. Rien que ça.

Une brève nouvelle du front
Ici c’est marche ou crève
Parler de trêve, c’est comique, comme des putes qui font la grève !

Oxmo Puccino et Demi-Portion – Une chaise pour deux (2015)

Beaucoup plus récent, maintenant. Preuve, encore une fois, qu’une carrière peut virevolter sur 20 ans tout en se renouvelant et en explorant des terres nouvelles. Cette fois-ci, c’est notre Demi-Portion sétoise au refrain, toujours mi-chanté mi-rappé. La solitude, l’entraide, la fraternité, sont les thèmes principaux de cette chanson qui prône la solidarité. Demi-Portion avec sa voix toujours aussi chevrotante et douce, accompagnée du grand Oxmo, ça nous donne une belle chanson. Peut-être cette connexion ne restera pas dans les annales, mais il est important de souligner la performance des deux MCs et surtout la présence d’esprit du sétois d’avoir invité ce grand monsieur pour appuyer l’un des meilleurs albums de 2015.

Une chaise pour deux, rassis-toi, le voyage risque d’être long
Fais comme chez toi, j’te rassure, y’a tout ce qu’il faut dans le salon

Demi-Portion et Guizmo – La raclée (2012)

Longtemps les auditeurs se sont demandés ce qui avait bien pu se passer à la gare. En fait, ce son n’est qu’un storytelling/egogtrip partagé par le plus grand rookie de 2011, Guizmo, et le nouvel arrivant prometteur sur la scène rap de l’époque, Demi-Portion (maintenant bien confirmé). Un son crasseux, persiflant, aigu, criard. On imagine l’ambiance glauque qui règne, l’atmosphère lugubre d’une baston à la gare, qui a mené jusque chez le juge. L’étonnante particularité de cette chanson est le contraste de message entre le refrain et les couplets.
En effet, nous avons un refrain qui annonce un storytelling démentiel tant le minimalisme de l’instru et la voix agressive de Guizmo sont choquants, et des couplets qui s’écartent complètement du thème. C’est une des grandes critiques que l’on a pu asséner à Guizmo depuis le début de sa courte mais riche carrière (6 projets): tout le monde reconnaît évidemment son style inimitable et sa technique, mais ses thèmes sont toujours récurrents et ses paroles restent peu fournies, l’amenant souvent à dériver de son thème de prédilection.
Qu’à cela ne tienne, nous détenons ici une bonne connexion venant appuyer le deuxième album de l’ex-membre de L’Entourage. Guiziouzou fut l’un des premiers à faire révéler la face de Demi-Portion au grand public notamment en l’invitant à un gros freestyle sur Skyrock filmé par Booska-P en 2011.

Guizmo et  Saké – Viens m’voir (2012)

Entends-tu ces percussions mon bon gamin ? L’agressivité de la prod alliée au grain du vinyl.
Deux voix qui collent parfaitement à la violence des paroles purement egotripées d’un couple ultra-représentatif de cette école de rappeurs (des grosses multisyllabiques, des métaphores, des flows très carrés). Le son mis en image par un clip somme toute banal comportant, entre autres, un gros graff, une belle équipe, un bull terrier (élément phare dans l’œuvre du zakarien) et quelques effets vidéos, notamment ce verre qui se casse au moment où Saké nous « jette une poignée d’gravier« . Premier couplet séparé par un refrain rappé en binôme par les deux parigots, et Guizmo prend le relais. Aujourd’hui encore je me demande ce qui lui est passé par la tête au moment de faire rimer Zaka avec caca, mais on lui pardonne ce manque de finesse. En effet, ne retenons ce seul écart dans tout son couplet qui est absolument terrible: aucune caisse n’est épargnée, aucun kick ne s’échappe du flow marteau piqueur de Guiziouzou.
Une connexion de kickeurs assez inatendues, présente sur l’album La Clef de la Cave de Saké, qui ravira tous les kiffeurs de grosses percussions.

Saké et Scylla – La Sagesse d’un fou (2013)

Un buxellois et un parisien pour mélanger leurs plumes. Les plumes: celles de la colombe ou du vautour ? De la sagesse ou de la folie ? Ou des deux en même temps. La connexion francophone se fait sur l’album Abysses de Scylla et voit les deux rappeurs réfléchir sur l’hôte de la folie, qui peut être la sagesse. Deux caractéristiques qui semblent antinomiques au premier abord. Pas tant que ça si l’on en croit le dialogue qui s’instaure entre les deux rappeurs. En effet, nous considérons comme fou une personne qui ne va pas dans le sens de la norme, qui ne pense pas comme les autres, qui ne s’uniformise pas autour d’un système de pensée unique ? Mais n’est-ce pas là que se niche la sagesse ? La sagesse n’est-elle pas la force de croire en autre chose, de se rendre compte de l’opacité de nos enseignements ? Dans ce cas, pourquoi censure-t-on la folie, cette sagesse dissimulée ? Est-ce parce que l’on veut maintenant l’imaginaire collectif dans l’aveuglement complet ?
Ce thème sera repris par Scylla et analysé sous un autre angle dans Le salaire de la peur, sur le même album.

 

L’anadiplose #4 prend fin ici. On vous donne rendez-vous le mois prochain pour le cinquième épisode, qui commencera donc par Scylla. Qui voyez-vous reprendre le flambeau ?

About Leo Chaix

Grand brun ténébreux et musclé fan de Monkey D. Luffy, Kenneth Graham et Lana Del Rey, je laisse errer mon âme esseulée entre les flammes du Mordor et les tavernes de Folegandros. J'aurai voulu avoir une petite soeur, aimer le parmesan, et écrire le couplet de Flynt dans "Vieux avant l'âge". Au lieu de ça, je rédige des conneries pour un site de rap. Monde de merde.

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