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Anadiplose de featurings #8

Du sale et du neuf – du contre-puriste – pour cette huitième édition des Anadiploses de featurings. On vous avait laissé sur Nathy, et si la tentation était grande de poursuivre avec le classique de Rohff, plein de boom bap aux bonnes intentions, on s’est naturellement laissé porter dans une autre direction, faite de gangsta rap et de trap, dominée par le nom d’un MC aux mille et une collaborations, tout récemment propulsé dans les sphères les plus lumineuses de sa discipline : Dosseh.


Nathy, Bassirou, VR & Dosseh – Lions (2012)

Commençons en douceur, avec un morceau qui saura satisfaire tous les belligérants de la guerre imaginaire et vaine de la définition du rap. Sur une prod mêlant mélodie de violon assez classique, basses lourdes et BpM nonchalant, dans laquelle chacun trouvera son compte, Bassirou, VR et Dosseh délivrent des couplets oscillant entre conscient et egotrip, entre « vie clean » et « putes », qui séduiront les amateurs de textes engagés comme ceux de kickage désinvolte, tandis que Nathy s’occupera de rallier ceux qui ne peuvent résister à un refrain chanté, plein d’ingénuité et de saveurs reggae.

J’oscille entre ville, street – stud, vie clean – putes, intérim – stup
J’me perds entre les codes de la rue, celui d’ma CB
Mes codes PIN – pute, sale victime – j’tue, comme un missile – Scud

 


Dosseh & Joke – Miley (2014)

On rentre dans le vif du sujet : dans le controversé. Nombreux sont les détracteurs – les rivaux le sont moins, dirait le fan-boy enfoui en moi. Sur leur premier featuring, les rappeurs d’Orléans et de Montpellier respectivement unissent leurs forces dans ce qu’ils savent faire de mieux, à savoir de l’egotrip aussi vulgaire et décomplexé que l’éminente Miley Cyrus, adepte du twerk et autres poses suggestives. Pas de place pour les poètes et les fragiles ici : on est sur du sale, du très sale, dont le premier intérêt est avant tout dans la performance du flow.

Ces négros parlent, mais ces négros n’pèsent rien
J’fais d’la piraterie de haute voltige sur le réseau hertzien
Pas le même génie, pas le même flow, pas le même débit
45 Orlinz MTP, folie furieuse à la ODB

 


Joke, Mac Tyer & Niro – Scorpion [Remix] (2012)

« Pas le même génie, pas le même flow ». C’est de la version originale de ce morceau que provient le brillant leitmotiv présent sur Miley. Le génie de ces MCs est en effet dans le flow, nous offrant une puissante combinaison de trois styles vocaux bien distincts rassemblés sur une production particulièrement réussie, à l’ambiance lourde et inquiétante, signée par Leknifrug, l’un des beatmakers fétiches de Joke. Le résultat est un egotrip sombre et violent – Mac Tyer découpe, Niro pèse, Joke emballe : l’auditeur-accro n’a plus qu’à consommer et s’envoler.

Niro, Joke, rimes chocs, négro tu cries au génie
Trop d’avance, ma carrière j’avais dit qu’on la cryogénise
Pas le même génie, pas le même flow

 


Niro, Dosseh, Lino & Seth Gueko – Dans Ton Kwaah [Remix] (2012)

On poursuit dans la violence belle et gratuite : comme Scorpion, Dans Ton Kwaah est le remix d’un morceau original d’un MC qui a cru bon de s’entourer de pointures aux styles uniques pour dévorer le beat à nouveau. Ici c’est Niro, le héraut des blocs, qui réunit parmi les plus grands techniciens de l’époque en matière d’egotrip, qu’il s’agisse de rime ou de flow d’ailleurs. Sur une prod de Therapy, Seth Guex livre un couplet plein de jeux de langage qui vous feront sourire et vomir comme lui seul sait le faire, succédé par Dosseh et un 16 direct, sans concession, ponctué des éclairs poétiques et oraux qui ont fait sa notoriété. Monsieur Bors entame un étalage de son savoir-faire phonétique et en profite pour déployer un flow rare chez lui, très rapide et cadencé, avant de laisser place à l’hôte, Niro, qui se chargera par ses rimes crasseuses et ses flows rudes de convaincre ou de repousser définitivement l’auditeur indécis.

Nique le game, nique les tho-my
J’amène la crème du crime au cro-mi

 


Seth Gueko, Salif, Lino, Despo Rutti & Médine – Les Fils de Jack Mess (2008)

Une line-up hétéroclite qui ne manquera pas d’étonner. Associée à un thème simple mais terriblement efficace, à un beat idoine et mémorable, plus que fonctionner, elle aboutit à une saleté de qualité irréprochable. Le titre dit tout, et chaque mesure, chaque rime et chaque flow appuie et étend la violence de ce featuring qui constitue une belle perle du gangsta rap hexagonal. Pas de bling bling ni de bla bla, que du « zblix zblax zblex » chez chacun de ces MCs de renommée qui apportent tous leur personnalité au même édifice de la brutalité criminelle : si l’insolence de Salif, le fatalisme de Lino, le sarcasme de Despo Rutti, l’autolâtrie de Seth Gueko et le populisme (au sens littéraire) de Médine ne vous persuadent pas définitivement de la valeur esthétique de la violence gratuite, on ne peut plus rien pour vous.

Haut les mains peaux d’catins, ça fait zblix zblax zblex
J’suis pas v’nu faire câlin, ou qui quoi qu’est-ce
Pour les espèces, et les histoires d’sexe
J’ai la bouche qui s’ouvre, comme un tiroir-caisse

 


J’espère que vous avez survécu à cette avalanche de crasse. La prochaine Anadiplose sera sans doute plus soft : un large champ des possibles a été ouvert avec le dernier featuring. Et vous, quelle suite voyez-vous à cette chaîne interminable ?

About Idir

Idir
Amateur de lettres et de sons, de Virgile à Fayçal, en passant par 2Pac et Maupassant ; que ce soit du Rakim, du Brassens ou du Shurik'n, tant que c'est écrit (dit ?) avec talent et savoir-faire, je serai là pour le lire (l'écouter ?) et le rendre in-utilement compliqué.

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