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C’est pas si difficile de faire du Rap !

« N’imitez rien ni personne, un lion qui imite un lion devient un singe »       Victor Hugo

Aujourd’hui on va écrire ensemble, on va plonger dans les clichés et jouer les clones, alors comment commencer notre texte ?

I- Name dropping, pseudo punchline et Hashtag

Ah la punchline… Gare aux jeux de mots pourris digne des blagues Carambar les gars ! La recherche de la punchline seule est un aveu de non-sens, mais elle permet de se délivrer un peu du rap conchiant comme dit Médine.

ATTENTION : Le plaisir du bon mot peut inonder des albums, c’est drôle, mais on n’en ressort rien. On se limitera donc à l’ouverture et à la fermeture du couplet. La similitude des rimes internes est une astuce pour donner l’illusion d’un contenu abouti, puisque la première phase du couplet fera écho à la dernière, quelle escroquerie !

–> Ma délinquance vaudra toujours moins chère que le travail
Car les petites coupures finissent toujours en grandes entailles.

   –>   En quête de sens, j’ressentirai la chaleur humaine en Antarctique
Car l’ignorance fait ce monde où l’océan seul est pacifique.

 

On peut dériver de la punchline en utilisant des techniques de citation (name-dropping) ou d’Hashtag, car on est jeune bordel. On va chercher une cible facile.

CIBLES FACILES : Présidents de la république, Mimie Mathy (pour les plus courageux), Doc Gyneco, Nabilla, Ribery, Zemmour…

–> J’suis resté bloqué au carrefour de mes rancœurs d’amour,
Je déteste personne autant que moi-même #EricZemmour.


II- Clash

Bon maintenant il faut un clash. Dans une société dépassé par la modernité et la vitesse, les textes sont devenus trop longs – tout va trop vite – on n’a plus le temps – On n’a plus la capacité d’attention qui permet de savourer un album, on laisse plutôt traîner une oreille sur des bribes d’extraits de morceaux. On consomme l’art, c’est la philosophie fast -food.

On recherche donc la formule : Efficacité, brièveté, agressivité.

Choisissons une tête d’affiche à épingler pour se faire un nom, bien sûr on glissera notre phase au milieu du couplet pour qu’elle ait l’illusion de faire partie d’un tout alors qu’elle concentre tous nos espoirs de buzz (escroc²).

ATTENTION : Ne jamais citer la personne !!! Il faut être un peu lâche pour ce sale rapgame ! on fera en sorte que tout le monde la reconnaisse. Si on est emmerdé, on jouera la sainte-nitouche ou la critique artistique (ah l’hypocrisie du rappeur).

–> Nostalgique des chefs d’œuvres à la sueur de la passion,
         Car désormais plus de Temps mort dans la régression du p’tit ourson.


III- Street crédibilité, allitération et multi-syllabique.

Bon, on a bien déconné, là on va rentrer dans l’aspect technique. Puisqu’on joue le cliché, on pense que la qualité artistique dépend de notre street-cré- débilité-dibilité. Allons plaire aux méchants – voyous – barbares auditeurs de rap (et Finkielkraut s’insinua dans ma chronique).

ATTENTION : Ne pas trop en faire, sinon on risque de se faire tester (toujours cette lâcheté), on va donc reporter le tout sur un tiers, en racontant sa descente aux enfers, la drogue, et en laissant sous-entendre le suicide (car on a tous un putain d’vécu !).

MISE EN FORME : On va surfer sur la vague multi-syllabique et user d’allitérations en tout genre, pour prouver notre incroyable technique (qui est tellement incroyable qu’on met cinq minutes à cracher le sizain). Notez la présence du passé simple pour s’auto-convaincre qu’on est des putain de rédacteurs.

–> Mon pote, susceptible, jadis si sensible et souriant même sans un sou,
Fut séduit par les produits, leur séduction sans garde-fou.
Le temps l’a tant sali qu’ses cicatrices sont devenues ses rides
Et sont les signes de séditions démantelées par ses démences séniles.
La solitude, son silence et ses défauts d’espérance ont essuyés ses cils,
Sa dépression acéra ses sens, il fit l’ellipse avant la fin du film.

IV- Remplissage

Comme on est très sage, rigoureux et classique (…) on s’en tiendra à seize mesures. On ponctue le texte de « ouais » pour lier les phrases entre elles et justifier leur enchaînement (un escroc, je vous dis). Il nous reste donc deux phases à trouver. Pour cela, voici une liste des possibilités, non exhaustive bien sûr:

Alternative Médine : Trouver un extrait d’un discours politique, ou de film, ça fait sérieux, on peut étaler notre culture et écumer les bandes son gratuites sur le net.

Alternative Soprano : ”oh ooooooh oooooh oh” ! Ou bien encore “La la la laaaaaa, La la la laaa”

Alternative rap français : Dédicacer ses potes, son crew, son beatmaker, dédicace ponctuée d’onomatopées et gimmicks qui prouvent que le ridicule ne tue pas mais écorche l’oreille.

On a choisi la technique de Médine, avec un extrait pouvant attirer le public féminin, pour les joies des backstages.


V- Résultat

 Ma délinquance vaudra toujours moins chère que le travail
Car les petites coupures finissent toujours en grandes entailles.
Nostalgique des chefs d’œuvres à la sueur de la passion,
Car désormais plus de Temps mort dans la régression du p’tit ourson,
Ouais j’suis resté bloqué au carrefour de mes rancœurs d’amour,
Je déteste personne autant que moi-même #EricZemmour.

Interlude : Parce que quand on est accro, même si ça fait mal… Parfois ça fait encore plus mal de décrocher…      Grey’s Anatomy

Mon pote, susceptible, jadis si sensible et souriant même sans un sous,
Fut séduit  par les produits, leur séduction sans garde-fou.
Le temps l’a tant sali qu’ses cicatrices sont devenues ses rides
Et sont les signes de séditions démantelées par ses démences séniles.
La solitude, son silence et ses défauts d’espérance ont essuyé ses cils,
Sa dépression acéra ses sens, il fit l’ellipse avant la fin du film.
En quête de sens, j’ressentirai la chaleur humaine en Antarctique
Car l’ignorance fait ce monde où l’océan seul est pacifique.

 Cette petite caricature pour encourager  tous ceux qui veulent s’y mettre à être eux-mêmes, soyez passionnés, ne vous prenez pas la tête ! 🙂

About Etienne Kheops

Etienne Kheops
J'ai 23 ans et j'aimerai simplement établir des ponts entre le rap et la littérature sans rentrer dans la branlette intellectuelle, en somme pour défendre cette culture trop souvent dénigrée. Petit texte versifié chaque mois, et selon les humeurs des chroniques et ITW.

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3 comments

  1. Oulàlà il est méchant le billet là. Ça brise le respect qu’on pourrait avoir pour certains rappeurs.
    Le pire c’est que c’est vrai et que le texte que tu as pondu donne bien 😀

    Mais heureusement que la punchline seule ne fait pas le bon rappeur. La voix et le flow sont indispensables.

    @FreddieScred
    Je me fais peut être des idées mais j’ai toujours considéré le vrai travail d’écriture comme si spontané. Je me dis que si tu veux écrire un texte avec du sens il faut que tu y réfléchisse.
    Si les MCs n’écrivaient pas 15 minutes avant d’enregistrer peut être qu’on entendrait moins de déchets auditifs 🙂

  2. faut arreter de croire que les MCs reflechissent a tout ça quand ils ecrivent.. Si t’as du talent ça vient tout seul t’ecris ton texte en 15 min au studio en arrivant

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