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[Chronique] 2014 – L’adultère est un jeu d’enfant – Missak

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L’arlésienne. Voilà ce qui en premier lieu pourrait caractériser cet Ep de Missak. Il faut dire qu’il s’est passé beaucoup de choses depuis Perkizition Mentale, son précédent maxi sorti en 2008. A l’époque, le mc de Choisy-le-roi avait même prévu de sortir son EP intitulé alors L’ego est un Je d’adulte (qui sera finalement le titre de son prochain album…vous suivez toujours ? ) sur le label Deephop Panel, fondé par Grems. Le très bon Bourre Pif avait même été clippé pour l’occasion.

C’était déjà en 2010. Depuis, le Mc s’est plutôt fait rare, mais chacune de ses apparitions prouve que l’animal est plutôt du genre à privilégier la qualité à la quantité. Que ce soit dans les excellents freestyle de l’Animalerie, collectif lyonnais dont il fait partie, au refrain pour son pote Dico (Le bras long), ou encore sur l’album d’Anton Serra (Hé oui), Missak dénote par son flow alliant nonchalance et technique. C’est donc avec une attention toute particulière que l’on s’est penché sur cet EP enfin disponible : L’adultère est un jeu d’enfant.

En février 2014, Missak avait révélé aux copains du site LeBonson que  « cet Ep était à deux doigts de devenir un album » et il ne leur avait pas menti. Car si ce projet ne tourne pas spécialement autour d’un concept, les productions (toutes signées Missak) et le flow du Mc donnent à cet EP un cachet particulier. Les premiers morceaux vous plongent en effet directement dans l’univers de l’artiste qui fleure bon les lendemains de cuite et les cigarettes froides laissées dans le cendar’. Miné par les désillusions et autres déceptions sentimentales (« j’aimerais impliquer l’idée, qu’au carrefour de la vie d’couple personne n’oublie sa carte d’infidelité« ), le mc porte un regard assez sombre sur les rapports humains et semble prendre pleinement conscience que la vie est courte et que désormais son principal ennemi, c’est le temps.

Loin d’être anodin, Missak remixe même le titre Jeunes et foutus paru sur l’album Lucio Milkowksi 3 quelques mois auparavant… Alors pour oublier que le temps défile et que l’enfance est déjà loin (« J’suis un enfant perdu, c’est peut-être pour moi qu’ils ont fait l’Manneken-Pis« ) , Missak a choisi son compagnon de soirée : l’alcool. Les références à la tise sont légion, et on conseille même aux auditeurs d’écouter cet EP un dimanche matin, encore enivré de la veille, pour percevoir toute la mélancolie présente dans les premiers morceaux de L’adultère est un jeu d’enfant. Mais là où le Mc fait preuve de subtilité et se différencie d’autres rappeurs abordant le même thème, c’est par l’humour. Chaque titre de l’EP  recèle de punchline qui vous feront sourire, contrastant de fait avec le sujet des morceaux.

Cette dualité du Mc semble même se matérialiser sur le disque, puisque suite à une interlude musicale, on s’éloigne tranquillement de l’album pour mieux se manger l’EP et la légèreté qui caractérise ce format. Les morceaux s’enchainent avec une redoutable efficacité, et Missak a même réitéré la performance de Perkiz Mentale avec cette fois-ci le son Ma b*** et ma voix et son festival d’invités (Demi Portion, Vald, Lucio Bukowski, Dico, Ethor Skull, Doc Brown, et même Georgio !). L’entraînant Pata Pata est là pour vous redonner le moral, et le murmuré 94600 risque même de vous faire marrer (« La vie un voyage au pays de cons, donc moi je reste à l’hôtel / j’suis défoncé malgré moi comme le trou d’balle à Faudel« ).

Pourtant, après avoir picolé avec ses potos, reste l’heure où on rentre seul chez soi et on se met à cogiter, les idées en vrac. Un véritable « puzzle de mots et de pensées » comme le rappait Booba. Le Mc referme donc son EP avec le funeste Je cherche rien,  portant une nouvelle fois un regard sombre sur sa condition (J’crois que dans mon quartier y’a qu’les bouchers qui ont du coeur) et maudissant encore une fois ces années qui défilent trop vite. « Le temps d’apprendre à vivre, il est déjà trop tard » disait Louis Aragon. Alors dépêchez-vous donc de vous procurer L’adultère est un jeu d’adulte afin d’ajouter un autre arménien qu’Aznavour à votre discographie.

About Abder

Caché dans la fonction publique, j'aime le rap, PES 6 et les 8.6. C'est pour cela que je n'ai jamais rappé.

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