[Chronique] Battaglia, première bataille

Au cœur d’un été pluvieux, Battaglia a dévoilé son premier projet. Un ambitieux six titres paru le 17 juillet dernier où se mêlent autotune sur arrangements rock et rimes aussi poétiques que déroutantes. Un drôle de champ de bataille.

Aux origines, l’expérience

Quelque part dans les souterrains du rap lyonnais, Battaglia s’est forgé artistiquement durant de longues années sous le nom de 6IX. Un nom que les plus assidu.e.s ont déjà sans aucun doute croisé au détour d’une balade sur Soundcloud. Un nom qui a aussi porté un rap singulier dans ses expérimentations sonores où les instrumentales et voix distordues se marient à des toplines autotunées virtuoses. 6IX était de ces artistes à l’audace illimitée et romantique qui ont participé à repousser les limites du rap.

Fondement de la musique de 6IX, cet aspect « recherche musicale » n’a pas quitté le nouvel alias de l’artiste. Battaglia, EP de l’artiste éponyme, est un projet où les guitares et les batteries organiques rock côtoient des claviers et des traitements de voix synthétiques plus communs au rap. Un alliage que l’artiste a su rendre cohérent et original tout au long des morceaux constituant l’EP. Petit tour d’horizon de ces sonorités.

« Rien à foutre du ridicule, est-ce que tu me trouves assez frais ? »

Battaglia, Dossard

De l’ouverture épique Wicked à la conclusion solaire Cokain California, Battaglia, qui a produit seul les six tracks, affirme un style musical cohérent malgré des arrangements par moment complexes. Alors que quelques cordes ornent les titres les plus cinématographiques, l’équilibre entre la rondeur des claviers et les saturations des guitares est juste et réussit le tour de force de ne pas sonner faussement rétro ou simplement daté. Côté rythmique, les nombreux cuts et breaks participent à imager la cavale accidentée de l’artiste.

Alors comment poser sa voix sur ces instrumentales ? Le plus naturellement possible nous dirait sûrement notre explorateur. Reste que le naturel de Battaglia n’est pas celui du commun des mortels. Déconcertant de facilité et de fluidité, l’artiste se livre à d’étonnantes envolées mélodiques tour à tour dissonantes, poly-harmoniques ou franchement pop. Une fois encore, la multiplicité d’effets ne disperse pas l’ensemble et s’insère sans accroc aux productions.

Meuf, magouilles et mafieux

Né au fond d’une cave et élevé par ses diverses expérimentations sonores, Battaglia a également construit un nouveau discours, domaine où son ancien alter ego ne se démarquait peut-être pas suffisamment. Parce qu’en plus de nous dévoiler cette atypique proposition musicale, l’artiste et son équipe ont travaillé des visuels et un scénario où s’entrecroisent, sur fond de film de mafieux, arnaques, règlements de comptes et amour déçu. Réalisé par Lucas Brunier & Joan Vandierdonck, un triptyque de clips accompagne le projet.

L’histoire est somme toute assez simple mais joliment orchestrée dans sa narration. Les trois titres choisis pour l’illustrer, Hélas, Foule et Dossard dévoilent les multiples facettes musicales du projet. Évidemment acteur principal de cette aventure, Battaglia joue un artiste-braqueur un peu trop sûr de lui qui finira par se brûler les ailes. Paris illégaux, coups de feu, concert et trahison nocturne rythment les visuels et donnent une couleur tirant vers le rouge sang à ces morceaux.

« J’fais semblant d’être illettré »

Battaglia, Dossard

Les lyrics tiennent une place à part dans cet assemblage musique-image-texte. Sur la forme, lire les paroles d’un morceau de l’artiste ne provoquera sûrement pas beaucoup plus qu’un sourire en coin pour quelques lignes insolentes. Par contre, bien malin celui qui pourra les retranscrire du premier coup. Au-delà de ça, de par les effets déjà mentionnés plus haut mais aussi grâce à une interprétation haute en couleurs, Battaglia invente des rimes aussi saisissantes qu’imprévisibles et prouve – s’il le fallait encore – que les mots sont aussi sujets à des torsions. Le pré-refrain de Hélas en est un parfait exemple.

Sur le fond, on y retrouve essentiellement un peu de ce voyou à l’égo imposant ainsi qu’un goût prononcé pour les femmes et les substances diverses et en réalité, assez peu de la narration visuelle portée à l’écran. Mais le tout fonctionne une fois réuni et nous propose un format modeste d’opus concept tout à fait réussi.

Dans cet EP Battaglia, on découvre une musique imprévisible et fougueuse au travers d’un personnage énergique et atypique. Une musique aussi expérimentale dans sa nouveauté qui se démarque par une gestion des silences originale. Puis finalement, et c’est sûrement le plus important, un univers empreint de mélancolie et de sensualité accompagnée d’une folie omniprésente. Battaglia s’est toujours livré avec intimité sur ses états d’âmes au travers de sa musique. Avec succès.

« J’vis sur une autre planète où j’ai ma dose d’adrénaline »

Battaglia, Cokain California

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