[Chronique] Caballero – Osito

De retour avec l’EP Osito le 7 avril dernier, Caballero y montre qu’il reste l’un des meilleurs rimeurs francophones.

On aurait presque oublié que Caballero rappait comme personne. Entre High & fines herbes et les deux derniers Double hélice, le public avait vu progressivement sa carrière se tourner vers ce personnage fumeur de weed et adepte de VVS. C’était sans compter sur le protagoniste principal de cette histoire, à savoir l’amoureux des rimes qu’est Caballero lui-même. De fait, Caballero et JeanJass ont profité de leur succès maintenant bien établi pour faire une pause dans leur duo, et sortir respectivement OSO et Hat Trick.

Tous deux ont profité de ces disques pour (ré)affirmer des influences diverses : JeanJass a pu notamment s’offrir un featuring avec son idole de toujours, Akhenaton. Caballero lui, est retourné vers des propositions musicales plus introspectives, dévoilant davantage de son passé ou de son histoire familiale.

Si on voulait vous parler de ce petit projet, c’est d’abord parce qu’il n’a pas tout à fait une allure de projet de rap. On dirait presque un EP d’un DJ, où Caballero viendrait poser ses flows. Déjà, il y a un petit tag « Osito » qui apparait un peu partout dans les tracks, comme si c’était la marque d’unn edit ou d’un tag de DJ. Cela rappelle aussi l’ambiance des mixtapes, comme la Don dada mixtape vol. 1, où le nom du label revient régulièrement sur les différentes pistes.

Mais cet aspect passe également par différents effets sonores, notamment sur le bien nommé Imagine ce son en concert. Par exemple, un moment d’un des refrains est étouffé, comme lorsque le DJ coupe certaines fréquences du son – ici les hautes – pour faire une transition. Les basses saturées des « Vamos » que Caballero scande sur le refrain servent la même idée : on se croirait dans un club, avec un énorme pogo qui se forme au centre. Idem lors de la reprise de Booba et de sa fameuse punchline « putain quelle rime de batard », que l’on entend déformée et ralentie, comme si le DJ l’avait passée à un BPM bien plus lent que prévu.

A l’image du titre de l’album d’ailleurs, OSO (ours en espagnol). Cela en référence à une légende qu’ils s’étaient inventés avec son petit frère sur son père, qui pouvait selon eux se changer en ours. De ce projet, il tirera l’EP dont il est question ici : OSITO, pour « le petit ours », le « nounours ». « Ito » en espagnol, c’est un suffixe qui signifie « le petit » quelque chose. Donc, le petit OSO. Comme un condensé, un petit ajout à l’album de base – mais quel ajout ! On vous expose ici la peau de l’ours après l’avoir écouté. 

Un album de DJ ?

Et puis, la forme de l’EP laisse à penser qu’il aurait pu être composé par un seul producteur ou DJ – et c’est le cas, Jeanjass étant sur presque toutes les prods. On voit bien que, même s’il n’est pas tout à fait vendu comme cela, l’album est une suite de propositions cohérente de la part de Caballero sur ce qu’il sait faire de mieux. D’où les différentes « parties » que représentent les cinq premiers morceaux, et qui sont parfaitement illustrées par le clip sorti pour le projet.

Long de plus de huit minutes, on y suit Caballero dans différents styles visuels, comme autant de petits court-métrages ou hommages à des œuvres (Tarantino, GTA) qui rappellent la mosaïque musicale du disque. D’ailleurs, si les premiers morceaux sont vraiment le produit d’un pur « kickeur », deux d’entre eux, PARTIE V : TOURNESOLS et Robot sont plus tournés vers une certaine mélancholie, voire une tristesse en filigrane.

Les barz ou bars en anglais désignent une mesure d’un morceau, souvent de rap. C’est une autre manière de parler d’une bonne rime ou d’une bonne punchline. Et dans ses interviews, notamment dans Le Code, Caballero ne fait que parler de ça : des barz, des barz, des barz. Et ça tombe bien, OSITO est une prison tellement il est rempli de barz ( ici, on a moins de talent que Caballero pour en écrire). Le rappeur bruxellois le sait d’ailleurs : ce projet tranche avec ceux faits avec JeanJass, qui ont souvent tenté d’être pop ou de faire des tubes.

Non ici, rien de tout ça ; juste une pluie de rimes, dont certaines sont vraiment des masterclass. De toute façon, les références de Caballero pour ce projet sont claires. Il cite Booba, évoque les rimeurs de la ligue de RC Roars en interview, et rappelle qu’il « vient rapper comme Prodigy ». Le rappeur remet au centre de son rap les rimes multi-syllabiques, les jeux sur les sons, mais surtout ceux sur les homonymies – faire rimer deux mots ou groupes de mots qui n’ont pas le même sens mais une prononciation proche. Exemples parmi d’autres : « Et j’les mets toutes sur l’grill de mon barbecue / elle trouve mes grills et ma barbe cute ». Ou encore « Ils m’croisent, ils sont euphoriques / Ils savent que j’crache le euf for real ».

Comme une performance, on sent que Caba se dépasse sur chaque morceau pour sortir ses meilleures lignes ; et pourtant, tout se passe comme s’il le faisait facilement, comme si c’était inné. C’est que les dizaines années de travail, d’abord en solo, puis avec JeanJass, ont permis de perfectionner sa technique. Si cela peut paraître simple, c’est en vérité empli de complexité. Que l’on soit honnête : Caballero est d’une autre catégorie de MC, de ceux qui ont une excellence de la rime. Et dans ce cercle très fermé des rimeurs de talent, peu d’élus mais beaucoup de prétendants.

Caballero, créatif et libre

L’autre élément qui frappe en écoutant OSITO, c’est à quel point Caballero a l’air de s’y amuser. Et ce n’est pas sans rapport avec le fait qu’il semble totalement libre, de ses propos, de ses instrus et de ses envies créatrices. C’est ce qui ressort de sa phrase « baise BHL comme Arielle Dombasle » (sur PARTIE III : ENERGUMENE), auquel il ajoute qu’on est ici « chez lui », où il s’exprime librement. Cela se voit aussi lorsqu’il se permet de stopper son propre couplet, avant de le reprendre : « Stop. / Hmm, t’sais quoi ? Tout compte fait, give me some more ».

La créativité de Caballero se voit aussi dans la mobilisation des références. Plutôt que de citer Booba dans le texte ou de simplement mettre un extrait d’un de ses morceaux, le rappeur belge opère autrement. Sur Imagine ce son en concert, il commence une rime avec une allitération en « b » qui traite de Booba : « Fort comme Booba quand il faisait du Bom Bap », qu’il continue avec la voix déformée de de ce dernier : « Putain quelle rime de bâtard » (originellement sur La lettre, album Mauvais oeil). Mais qu’est-ce qu’il est fort !

Toutes les explications de texte du monde ne permettraient pas de rendre compte de la créativité, tant en termes de rimes que de placements, dont fait preuve Caballero sur cet album. Ce que l’on peut vous conseiller en revanche, c’est de l’écouter d’une traite – il ne vous faut qu’un quart d’heure, en gardant en tête de repérer tous les petits jeux d’écriture ou de rime. Peu sont véritablement laissés au hasard.

Ce dont il faut se rendre compte, c’est que Caballero, en retournant à son style des débuts – en gros, celui de son premier album Le pont de la reine, semble avoir réalisé le rêve du Caballero du passé. Précisément, celui qui rappait en 2017 sur la Grunt #33 : « Je veux faire comme Booba, rapper bien puis devenir le boss après ». 5 ans plus tard, on dirait bien son voeu exaucé.

Sans être le plus gros vendeur du rap français, Caballero a en tout cas réussi à atteindre un bon succès commercial, une renommée francophone certaine, et un statut définitif de grand rimeur. Qu’est-ce qu’on peut lui souhaiter de plus ? Longue vie au « mec cool que les mecs cool imitent », et à ses xanny barz, sur lesquelles nous, on ne s’est pas endormi.

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