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[Chronique] Columbine – Enfants terribles

Vous voyez, nous à la rédaction, on aime bien les mots. Les mots rimés, la prose, les cris, les chuchotements, les jeux de mots, les mots d’amour, le rap, l’écriture. Parfois cependant, on tombe sur un album qui nous fait comprendre qu’on aurait mieux fait de se taire et qu’il va falloir se remettre à niveau à propos de l’usage des mots. Aujourd’hui, cet album est arrivé et il s’appelle Enfants Terribles.

Autant vous dire qu’on était super chaud pour rédiger cette chronique mais comme on vous le disait en introduction quelques écoutes du nouvel album du collectif breton ont suffi à nous coller de sérieux complexes en ce qui concerne le fait d’écrire, et nous t’informons tout de suite cher lecteur : rien de ce qui est écrit ici n’est suffisant pour décrire l’expérience que propose Enfants terribles. Tu devras aller te faire ton propre avis, écouter l’album de bout en bout mais sois prévenu : tout jugement hâtif de cet album te conduira irrémédiablement à avoir l’air d’un con dans quelques mois, quand tu seras obligé de reconnaître devant tes amis que « finalement c’est pas de la merde ».


Mais rentrons dans le vif du sujet. Enfants terribles, c’est treize titres zéro déchet. Zéro chanson médiocre, zéro morceau de remplissage, zéro baisse de régime. Enfants terribles est plein comme un œuf, intense de bout en bout, vibrant. Chaque titre recèle des dizaines d’idées et d’influences. On pense à Cudi, à Nirvana, aux Quatre-cent coups, à Vald, à Skins, à Radiohead, à Sa Majesté des Mouches, à Booba, Gorillaz, PNL, TTC, Kim Chapiron, Fuzati, Kanye West époque The College Dropout, et on en passe, mais ces fantômes dans la musique de Columbine ne survivent jamais à la puissance évocatrice de Luji et Foda.

Sous ses airs bordéliques de chambre d’ado, Enfants terribles est un bijou de maîtrise. Tout semble avoir été minutieusement pensé, prémédité et le génie du projet réside précisément en ce que cette précision méticuleuse s’exprime dans le chaos incandescent qui naît des voix juvéniles des deux MC’s. Enfants terribles, c’est la chronique plus vraie que nature de l’adolescence moyenne en province avec tout ce qu’elle a de merveilleux et de glauque : ses moments de grâce, ses coups foireux. Le disque vous prend aux tripes, vous replonge directement dans cette étrange période de l’existence où tout se vit trop fort. Enfants terribles c’est des punchlines qui tatouent l’esprit et des instrus faites pour exploser les baffles.

Même dans les moments les plus crus, les deux MC’s restent dans une retenue subtile, presque sophistiquée. D’ailleurs, « cru » est sans doute un adjectif qui qualifie bien l’album. Il y a quelque chose dans l’ambiance d’Enfants terribles qui ressemble à une grosse pièce de viande sanguinolente jetée en pâture à un animal affamé. Quelque chose de brutal, de violent, d’inévitable, qui sont également des qualificatifs qui pourraient s’appliquer à l’adolescence, le thème central de l’album. Cette adolescence où on est encore un enfant cruel prompt à l’ennui, bien plus qu’un adulte responsable. Mention spéciale aux morceaux College Rules, Caméléons et Château de sable à ce propos.

Cependant, Enfants terribles n’est pas qu’un condensé de sauvagerie sociale. L’album compte aussi ses hymnes (Fireworks, qui ouvre l’album, Woohoo, Talkie Walkie ou le PNLesque 1000) destinés à être chantés à tue-tête.


Quoiqu’il arrive, nous savons d’ores et déjà qu’à la manière de Ma meilleure amie de Vald, les voix de Lujipéka et Foda C. vont résonner dans l’esprit d’un bon nombre d’adolescents comme des échos à leur situation personnelle. On aurait presque envie d’avoir seize ans à nouveau et la rage qui va avec pour se faire atomiser puissance mille par Château de sable, équivalent rapologique d’une fusion de réacteur atomique après un séisme de magnitude 9 en terme de dégâts sur la concurrence.

Bref, vous l’avez compris : Enfants terribles est un album exceptionnel. Et si on pourra difficilement vérifier si les poèmes de Columbine seront étudiés en classe dans mille ans, on est à peu près certain qu’on en reparlera dans quelques années comme un album majeur de cette décennie.

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Jacques Bonoberje

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