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[Chronique] Acte de Barbarie – B.James

Dire d’un artiste qu’il est engagé est vide de sens. Il peut être l’être pour tout et rien. Ceux qui sont concrètement engagés socialement ne sont pas monnaie courante. B.James fait partie de ceux-là. Tout dans sa prose pue l’insurrection et la dénonciation de l’injustice. Avec lui, le rap retrouve l’une de ses fonctions premières : être, comme le disait Chuck D. de Public Enemy, le CNN du ghetto.

La couverture.

Elle renvoie immanquablement à celle de Libérez la Bête de Casey. En noir et blanc, ce patchwork d’images est un prémisse. Il avertit l’auditeur des thèmes qui vont être abordés : bavures policières, racisme, ghettoïsation d’une partie de la société et autres drogues et armes. C’est une très belle réussite visuelle avec cet œil qui ressort de la mosaïque en guise d’avertissement. Il vous regarde.

L’ensemble.

On ne va pas y aller par quatre chemins et attendre la fin de la chronique avant de révéler l’évidence. B.James a signé un grand album et il démontre par cette même occasion qu’il ne faut surtout pas confondre indépendance et underground. Car la clique d’Anfalsh et toutes ses ramifications est furieusement estampillé produit de la rue. Les instrus sont sombres et immersives à souhait et tout l’album est froid comme une nuit d’hiver.

Les textes, quant à eux, sont d’une richesse folle et d’une complexité impressionnante. Si l’on entend parfois parler d’école du rap, Anfalsh est alors une une école supérieure, une université prestigieuse, la Sorbonne qui délocaliserait au Blanc-Mesnil. Car sans un minimum d’érudition, il sera compliqué d’appréhender les quinze textes qui jalonnent l’album. Auditeurs de Skyrock, passez votre chemin rapidement.

Nous avions déjà fait cette remarque pour Casey mais c’est véritablement l’une des voix du bitume qui s’élève pour parler de la rue, la vraie. Pas celles que fantasment certains rappeurs kleenex pour faire jouir leur public mineur. Celle que raconte B.James est dure, crue et elle ne l’amuse pas. Chaque thème abordé n’est pas survolé, il est approfondi : il décrit à chaque fois une réalité sociale concrète avec ce débit particulier qui le rend parfaitement inimitable.

Nous apposons une mention spéciale à la huitième piste de l’album Ni Honte Ni Fierté et nous l’estampillons déjà classique, il est parfait d’un bout à l’autre tant dans l’écriture que dans le sens. C’est ce genre de « poème sans poésie » qui fait la force du rap français.

Par ailleurs, nous avons pu lire ici ou là des gens se plaindre que B.James n’aborde qu’une série de thèmes récurrents. Il faut savoir dans quoi on met les oreilles en lançant un album d’Anfalsh : le son de la contestation, la haine du racisme au cœur d’albums extrêmement politisés. Les gens censés ne peuvent pas leur reprocher cet état de fait. Et une fois les quinze chansons terminées, on ne peut que s’émerveiller du gouffre qu’il y a entre la bande d’artistes du Blanc-Mesnil et le lambda du rap français. Comme si Anfalsh était une forteresse d’érudition, un Everest de l’écriture.

Conclusion.

Pour conclure, c’est typiquement le genre d’album qui respire l’authenticité par tous les pores. Et c’est aussi l’archétype de celui qui n’aura pas d’exposition médiatique dans la France de 2012. A asséner trop de vérités, on s’éloigne du grand public. Mais c’est certainement un mal pour un bien. Toujours est-il que les amateurs de rap se régaleront avec cette galette d’une heure et huit minutes. Et ne vous fiez pas au titre, cet album est tout le contraire d’un acte de barbarie mais plutôt une pièce d’érudition extrême. Subtile ironie.

About Stéphane Fortems

Dictateur en chef de toute cette folie. Amateur de bon et de mauvais rap. Élu meilleur rédacteur en chef de l'année 2014 selon un panel représentatif de deux personnes.

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