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Disiz lucide

[Chronique] Lucide – Disiz

Donc ce n’était pas la fin. Tout au plus un interlude. Une pause rock dans notre monde rap, une ouverture dans un univers que trop disent fermé. Disiz a consumé la métaphore de Peter Pan par les deux bouts et revient avec le recul d’un homme qui a observé sans rien dire. Et qui n’en pensait pas moins. Focus.

La pochette témoigne déjà de l’originalité et de l’anticonformisme assumé de l’auteur. Plus proche de l’œuvre d’art que de la simple illustration d’album, elle se rapproche volontiers du pointillisme cher à Georges Seurat. Il est intéressant de constater que le violet est le symbole de l’équilibre entre le ciel (bleu) et la terre (rouge) et par extension, entre l’intelligence et la passion. Disiz nous dit ici qu’il revient plus mûr, avec la volonté de peser ses mots avant de les vendre. Bonne idée.

Comme la pochette le laissait deviner, Disiz se livre à une profonde introspection. Presque une psychanalyse. Avant d’écrire pour son public, il écrit pour lui-même ce qu’il a sur le cœur et qui le ronge depuis des années. Il a fallu poser tout ça sur papier et puis derrière micro pour espérer se débarrasser de tous ces démons qui le hantent visiblement. Alors, il balance avec beaucoup de virulence tout ce qui le touche et il donne du grain à moudre à ses détracteurs qui emploient le mot naïf pour le qualifier. En effet, sur Mon Amour, il dit clairement « il n’y a que des pauvres et des riches, des cyniques et des gens bien« . Mais l’homme du 91 a l’air plus en paix avec lui-même et ses idées. Il semble avoir pris conscience qu’il ne plaira définitivement pas à tout le monde et il en joue légèrement.

Il nous livre un mini-album textuellement riche, pensé et audacieux. Car tel le saumon, il nage parfois à contre-courant dans ses idées et dans les choix de ses instrumentaux. Mais il ne se perd jamais en route. Nous avons l’impression que Disiz trace sa voie sans plus prendre le temps de se retourner. En invitant 1995 sur son projet, il savait forcément qu’on lui reprocherait de vouloir surfer sur le buzz pour son retour. Quelle est sa réaction ? Aucune. Il est au-dessus de la vague, de la mêlée. Et il a bien raison.

Globalement, cet EP est de bonne facture. Certains morceaux sont à retenir notamment l’excellent J’ai La Haine supporté par une grosse ligne de basse et un texte implacable ainsi que l’impeccable Mon Amour, à la richesse lyricale intense. Mais il est quand même dommage que le meilleur morceau du Disiz nouveau s’appelle Le Poids D’un Gravillon et ne soit pas sur ce projet. Ce n’est qu’un léger accroc dans une nouvelle voie bien tracée. Disiz, welcome back home.

About Stéphane Fortems

Dictateur en chef de toute cette folie. Amateur de bon et de mauvais rap. Élu meilleur rédacteur en chef de l'année 2014 selon un panel représentatif de deux personnes.

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5 comments

  1. Moi je reste déçu de « Moïse » . C’est la moins bien de l’EP . Pour le reste, tout me semble très bon vraiment et riche lyricalement avec un fond et une forme.

    Et très bonne description de la pochette aussi je suis impréssionné, surtout par la référence à Seurrat ! Et le bleu et rouge représente aussi tout simplement la France, et le violet cette France mixte et multiculturelle.

    Bravo en tout cas

  2. Et au passage, autre piste d’intérprétation de la couverture:

    dans Shadow Boxing :  » J’vois Rouge au pays des Bleus, donc ma colère est Mauve »…

  3. Mais il me semble que les chansons qui vous manquent ( à moi aussi quand j’ai acheté l’EP d’ailleurs), seront sur son projet à venir Extra-Lucide.

  4. C’est bien notre sentiment aussi !

  5. En fait globalement, dommage que les « Good Friday » ne remplacent pas certaines chansons de l’EP parce que « Le poids d’un gravillon » ou « Shadow Boxing » sont vraiment au dessus de quelques chansons de Lucide.

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