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[Décryptage] Jorrdee entre ciel et terre pour son clip : Coller Au Rythme

Jorrdee annonce la réédition de son album BJOVR$^IOP€, sorti le 27 janvier dernier uniquement sur Bandcamp et en édition limitée. Après quelques semaines de disponibilité, le projet avait connu le même sort que les précédentes créations du MC lyonnais : la totale disparition ! Pourtant la semaine dernière, avec l’annonce de la réapparition de l’album fantôme, Jorrdee offrait le clip de Coller Au Rythme, second track de BJOVR$^IOP€. Surprise générale donc, cet album restera disponible bien qu’une sortie physique n’aie pas l’air d’être d’actualité.

Le track Personne ne sort avait été clippé lors de la sortie de l’album, Jorrdee l’avait réalisé lui-même, fidèle à ses principes de Do It Yourself de A à Z. On peut comprendre qu’il ne soit pas facile de déléguer la réalisation d’un clip quand on est passé par une école d’art, qu’on fait la majorité de ses prods, ses visuels de pochette et qu’on fait de la musique pour rentrer en communion avec son père décédé…

Pas question donc de laisser Coller Au Rythme aux mains de n’importe qui. C’est Kévin El Amrani-Lince qui a collaboré avec Jorrdee pour ce clip. Réalisateur de clips rap pour Alkpote, la MZ, Triplego, Hyacinthe, Butter Bullets et pour le court-métrage de Ténébreuse Musique, il a aussi collaboré à la réalisation de clips pop et cold-wave. Vous l’aurez compris, le type ne sort pas de nulle part et pour ceux que ça intéresse les Inrocks se sont chargés de l’interview : http://www.lesinrocks.com/2016/04/03/musique/kevin-elamrani-lince-a-realise-vos-clips-preferes-et-il-vous-en-parle-ici-11813134/

 

Avec un clip sous forme de mini court-métrage de 7min30, l’ambiance est documentaire, froide et ultra-réaliste malgré des plans à l’esthétique volontairement douteuse. Ciel pluvieux sur une banlieue lyonnaise, on découvre le MC dans un appartement vieillot, des palmiers aux rideaux, des tapisseries à fleurs, un ventilateur et des fleurs en plastiques autour d’une télé allumée qui diffuse l’image d’un mur avec des tags nazis puis François Hollande. Jorrdee fringué comme son grand-père cherche à tuer le temps à base de dominos, de cents pas et de regards par la fenêtre. Sorti de cette cage de retraité et avec un feu d’artifice au ralenti en fond, le son commence !

Dans une atmosphère aussi léthargique que la musique, Jorrdee chante affalé seul dans une limousine de location à l’intérieur aussi kitsch que l’appartement. Un double décalage s’opère : entre le visuel tendance 90’s et la modernité du son très synthétique. Et puis le décalage volontaire entre le son et l’image ça donne un mouvement de lèvres approximatif que Jorrdee avait déjà expérimenté dans de précédents clips, lui donnant l’air de chanter dans le vide et pour lui-même, les yeux mi-clos et la gestuelle en phase terminale. Alternance de plans entre ciel et terre, Jorrdee avance dans un véhicule de prêt symboliquement luxueux et pourtant désacralisé ici par le kitsch et la mise en avant de l’entreprise de location. Pour les plans célestes, c’est l’inverse, seul sur un toit de banlieue en contre-jour, le soleil éblouissant plonge le MC magnifié par une contre-plongée dans une esthétique vaporeuse et dépouillée, l’essentiel est là, dans la dernière image qui accompagne le morceau : une demi-lune, et cet oiseau qui passe devant.

Le retour sur terre est brutal, au bord du périf’, l’image et le son redeviennent documentaires. L’instant de communion avec les cieux est fini, l’évasion terminée, Jorrdee remonte dans la limousine qui démarre pour un retour au loueur. Un jogger plutôt âgé passe en sens inverse, comme s’ils s’étaient ratés. Une roue qui patine dans la boue, sur terre tout semble plus compliqué.

 

 

 

About Ana Ravat

Je suis nulle en solfège, j'ai aucun talent musical, j'écoute beaucoup de rap sans jamais acheter un CD et quand je vais en concert c'est que j'ai un plan pour des places gratos. Face à l'inconfort psychologique et à l'immoralité d'une telle situation j'ai décidé de réduire les tensions névrotiques inhérentes à ceux qui prennent sans jamais donner. Me voici, me voilà, profitez-en!

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