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[Chronique] Lucio Bukowski – Hourvari

Oyez ! Oyez ! amis de la poésie, amateurs de bon rap qui s’écoute avec un dictionnaire, réjouissez-vous ! Lucio Bukowski vient de sortir son nouvel album. On commençait à s’inquiéter, ça faisait déjà plus de cinq mois que le très bon Oderunt Poetas était sorti et toujours pas de nouveau projet dans les bacs. Lorsque l’on connait la légendaire productivité du rappeur lyonnais on peut commencer à s’affoler si Lucio ne sort pas ses cinq-six projets par an. Mais l’attente est finie et voici le nouveau chef-d’œuvre de Lucio Bukowski sobrement intitulé Hourvari. Pour l’occasion Lucio a fait appel à son ancien compère Milka avec lequel il a déjà collaboré pour le triptyque Lucio Milkowski.

Comme à son habitude, il nous gratifie d’un titre énigmatique et polysémique, et de fait, le mot « Hourvari » peut se comprendre de différentes manières. Tout d’abord, il signifie le « cri des chasseurs pour faire revenir les chiens sur leurs premières voies, quand ils sont tombés en défaut » ensuite, il peut signifier au figuré un contretemps, un désordre, ou enfin de manière familière un grand bruit. Ces trois significations peuvent s’accommoder à l’état d’esprit qui ressort de l’album.

Tout au long des onze pistes on retrouve le Lucio que l’on connait entre références culturelles, réflexions sur son temps et comparaisons audacieuses. Cependant, si au fil de sa discographie ses morceaux sont souvent émaillés de réflexions pessimistes envers la société moderne, on le sent beaucoup plus révolté et engagé sur ce dernier album où la critique du monde moderne capitaliste qui broie l’humain est un des thèmes centraux de l’album. « Le monde moderne est une Circé, vient transformer les Hommes en porcs ». D’ailleurs, Hourvari s’ouvre et se referme sur une description peu reluisante de la société. Que ce soit dans l’intro éponyme avec un extrait du voyage au bout de la nuit ou dans les ultimes vers du dernier morceau.

« L’ère du temps emporte chaque âme servile qui s’agenouille
Les rejette mortes toutes au même endroit, il n’est qu’une pluie d’grenouilles ».


Cependant, on retrouve toujours le rappeur qui défend l’art comme moyen d’échappatoire et nécessité de voir la beauté en toute chose :

« M’émerveille devant le majestueux ballet d’un sac plastique
Voltigeant rempli de vent, prenant les formes les plus magiques ».

On remarque que la plume de Lucio ne fait que s’affiner et sur ce projet c’est juste un plaisir d’écouter ses tournures de phrases, figures de styles et jeux de mots qui surprennent et qui laissent immanquablement un petit sourire au coin des lèvres lorsque au bout de la quatrième écoute on arrive enfin à capter la référence.

« Ils aiment se faire des films, je n’viendrai pas sur le tournage
Noirceur en toile de fond puisque le jet de pierres soulage »

ou encore

« Buissonnière devra être l’école en toi
Les leurs sont des mirages tels les méridiens que les pôles emploient »

Les instrus concoctées par Milka accompagnent parfaitement le pamphlet de Lucio Bukowski. Énigmatiques, lentes, traversées de sonorités électroniques, elles peignent à elles seules un monde froid et étranger. L’interlude musical du morceau Wunderlich où l’on retrouve la guitare de Nestor Kéa est très judicieux et donne une nouvelle couleur rock à l’album.

En bref, cet album est comme à l’accoutumée une excellente œuvre, complexe et d’une grande richesse tant dans le fond que dans la forme à laquelle il faut consacrer plusieurs écoutes pour réussir à l’appréhender pleinement.

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