[Chronique] Luv Resval, l’art de la nostalgie

Après plusieurs années de travail, Luv Resval a dévoilé, début juin, Étoile Noire, son premier album. Le rappeur nous propose un projet composé de 19 titres avec des invités inattendus comme Chily, Josman, et Luijipeka. Plus de trois ans après l’EP nommé Maria avec Alkpote, Luv Resval s’ouvre enfin au public et à sa communauté. Influencé par l’univers galactique sombre et lumineux de Star Wars, Luv puise tout au long du projet son inspiration dans la franchise fictionnelle créée par Georges Lucas. 

Si Luv Resval a mis du temps à produire son album et développer son art, c’est avant tout car il avait cette volonté de débarquer dans le rap français après avoir acquis un savoir-faire et un savoir être. Au contact des plus grands comme Alkpote et le producteur Kore, le rappeur a perfectionné sa musique et cela lui a permis de découvrir d’autres facettes artistiques.

On connaissait jusqu’à présent le Luv Resval s’exerçant sur de la Trap. Avec Etoile Noire, il prouve qu’il sait rapper avec de l’autotune, sur des instrumentales boom bap ou encore sur d’autres plus estivales. Comme il l’a déclaré dans de nombreuses interviews, son terrain de prédilection reste le rap old school. On le ressent nettement sur les titres comme Cette fille, MPC, Part II ou encore sur son freestyle Grünt en reprenant la prod de Fusil d’un certain SCH.

Une aisance assez déconcertante se dégage de ces morceaux. Sur ce type de titre, Luv laisse parler sa nostalgie, sans autotune, dans une ambiance froide et mélancolique, assez paradoxale quand on regarde la cover enflammé du projet. Globalement, il aime tout ce qui s’apparente au passé et à la pop culture. Luv Resval place au centre de son projet le passé et, forcément, les sentiments que cela entraîne comme la nostalgie. Le featuring clippé avec Alkpote en est l’exemple le plus concret. À maintes reprises, il fait référence à des classiques du cinéma ou des personnages marquants de l’histoire. Cela permet d’imager ses lyrics et d’avoir un côté immersif. 

J’écris des chansons comme un barde, fils de pute j’suis comme Marty McFly sur la board

Dans Les Borgia

Recompte la monnaie à Kassim

J’ai combattu comme Spartacus

Dans Les Anges

La manière dont il traite le sujet bonifie le projet, mais ce n’est pas le seul aspect positif que l’on peut citer. 

Un avenir prometteur 

Le projet rayonne par une riche diversité de sonorités. En effet sur Tatooine, l’ambiance est trouble et même envoûtante. Luv Resval pose avec un style lent, donnant une atmosphère spatiale et singulière. Sur Picsou, on le retrouve sur ce qui l’a dévoilé au grand public : à savoir un morceau trap maîtrisé de bout en bout. Quant au morceau Flûte de pan, Luv Resval étale toute sa palette technique. Le titre est un mélange correctement dosé entre un kickage obscur et un refrain planant.

Ce qui ressort majoritairement à la réécoute du projet est l’écriture. S’il y a bien un domaine où Luv Resval a progressé, c’est celui-ci. À travers les 19 sons, il joue avec des rimes complexes, sans forcément se perdre dans ses propos. On peut notamment citer ses deux phases : 

“La rivière coule, sur nos têtes comme s’il pleuvait, ils parlent comme s’ils pouvaient, ils se font la guerre comme s’ils le devaient

De mon canon sort des flammes, de mon sac j’en sort des armes, « Messieurs-dames, emportez la », mais tes yeux lâchent encore des larmes”

Dans MPC Part II

“Les yeux dans l’vide, les étoiles en train d’danser (woh), t’aurais tout donner pour savoir à qui elle pensait

C’est qui cette fille pas très sûre d’elle ? (Yeah) Elle pleure en sûreté de Paris jusqu’à Bruxelles (yeah)”

Dans Cette fille

Luv Resval a pour ambition de montrer ce qu’il sait faire. Logiquement, il a invité ses habituels collègues sur la tracklist. Son mentor, Alkpote, est présent mais c’est surtout son compère Savage Toddy qui ressort. Là où Luv Resval pèche davantage dans la mélodie, lui apporte une énergie séduisante et une inspiration américaine. Que ce soit sur Blue Ferrari ou sur Tatooine, l’alchimie entre les deux rappeurs est omniprésente. 

Si les collaborations avec Chily et Luijipeka ne sont pas mauvaises, elles ne sortent pas du lot et ne permettent pas à l’album d’être plus complet. En revanche, c’est une toute autre histoire en ce qui concerne le featuring avec Josman. Entre la vitesse du kickage de Luv et le côté aérien du couplet de JOS, un équilibre est trouvé donnant un résultat énergique et percutant. 

Des longueurs qui entachent le projet

Attendu, Luv Resval a voulu régaler son public. C’est probablement pour cette raison qu’il a choisi 19 morceaux, soit presque un double album. Malheureusement, la quantité porte parfois préjudice à la qualité. Si certains titres sont impactants et maîtrisés comme on l’a cité plus haut, d’autres n’ont pas vraiment leur place. On pense notamment à Super Saïyen 2, qui au final est assez répétitif et nettement en dessous d’un banger comme Picsou. Mais également Caramelo, qui ne procure pas d’émotions avec une ambiance plate et difficile à cerner. 

Pour résumer, ce premier album de Luv Resval est une réussite et une réelle confirmation du potentiel entrevu auparavant. Malgré un album parfois trop long et répétitif dans les thèmes abordés, le jeune padawan du 91 semble avoir un avenir radieux devant lui, ainsi qu’une marge de progression importante. Etoile Noire a trouvé son public et rencontre déjà un succès commercial, avec plus de 12 000 ventes en première semaine.

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