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[Chronique] Le Bon Nob – P’tit con

Quatre ans. Quatre ans après l’annonce de la sortie de son 2eme album, le Bon Nob nous laisse enfin écouter les 15 titres présents sur P’tit con. Après ses presque 40 freestyles Le Bon Nob nous avait laissé sur notre faim et curieux. Que valent donc sa plume et son amour des mots sur cet album ?

Le moins que l’on puisse dire, c’est que Le Bon Nob s’est appliqué. P’tit Con est propre, léché, et on sent dès le premier morceau L’égo que le garçon entend marquer sa différence du paysage rap actuel. Pas de trap hallucinée, pas de clouderies vaporeuses, et entre les lignes, la fierté de n’avoir accepté aucune compromission. Petite crotte de nez lancée à la concurrence, (« Ils étalent de la technique sans personnalité / Ils trouvent ce qui vaut, et ils répètent le schéma / moi je cherche les solutions dont personne n’a idée »). L’égo a également le mérite de nous renseigner sur la longueur de l’attente du nouvel opus d’N.O.B, mais maintenant qu’il est là : on ne va pas bouder son plaisir.

Le plaisir dans P’tit con, ce sont des morceaux comme Ton feu, La course et Découpe les.

Le premier, Ton Feu, (dont les accords et l’ambiance nous rappellent que J’voulais de Sully Séphil n’est pas un lointain souvenir pour tout le monde) est sans doute l’un des morceaux les plus réussis de l’album. Ton feu s’adresse à l’auditeur (ou peut être que Le Bon Nob se parle à lui-même on ne sait pas trop) et on y sent une réelle sincérité. On apprécie même le recul pris par le MC quant à son propre rôle « j’viens faire le littéraire allongé sur de jolis airs ».

Dans le deuxième, La course, (9ème morceau de l’album), c’est le kicker qui parle. N.O.B se moque avec humour et même un peu d’autodérision des emcees techniques et supersoniques, ceux que l’inspecteur Disiz coffrait il y a presque quinze ans maintenant. Célérité et qualité du texte pour roulage de mécanique décontracté, tout en finesse. Dans le dernier, Découpe les, (12ème track) la technique est de retour, au service d’un constat acerbe de la difficulté de s’entendre avec un public exigeant, volatile et peu enclin à soutenir financièrement les petits noms du rap. « Vous avez des désirs déserts quand ça fait des heures qu’on crie », « musique plus industrie égal : la fin du script ».

Paradoxalement, Découpe les est également l’occasion pour Le Bon Nob de mettre (involontairement) le doigt sur l’un des points faibles de l’album :  le format long.

Le problème n’est pas propre à Ènobé et nombre d’entre vous ont sans doute déjà fait le constat que la foule de méchants kickers apparue au début de la décennie a souvent du mal à délivrer autant de puissance sur ses albums que dans les Grünt Sessions. De nombreuses hypothèses sont envisageables quant aux raisons de ces fluctuations de qualité. Nécessité de trouver un thème (« Commençons par trouver un thème, j’m’occupe de la rédaction » nous dit d’ailleurs notre hôte) ? Manque de matériaux pour le format long ? Culture du clic volatile obligeant tout rappeur désirant capter l’attention de concentrer ses talents sur un temps très court ? Nous vous encourageons à faire vos recherches de votre côté.

Le Bon Nob semble lui aussi souffrir de ce mal. Plutôt prisé pour sa plume (check l’allitération !), le emcee n’est pas exempt de faiblesses lyricales récurrentes tout au long de l’album, allant de la rime un peu forcée au jeu de mot parfois malheureux comme sur le refrain d’Exhibo : « Exhibo, j’ouvre le manteau puis je sors mon beat ». Hem. Les potaches apprécieront, mais on sait que Nob est capable de bien mieux. Parfois, le remplissage est même flagrant comme dans le septième track Des mensonges où l’auditeur se voit asséné un  « J’ai le verbe nomade et le sang qui bout / je te passe de la pommade, de l’anti-poux » sans ménagement ni avertissement préalable.

Il serait toutefois injuste de s’attarder plus longtemps sur les errances occasionnelles du Bon Nob, tant certains morceaux, mêmes imparfaits, restent touchants. Mention spéciale à  Gènes et rations (okay, le jeu de mot est moyen là aussi), bel hommage à la famille et aux sacrifices qu’impliquent la paternité de trois garçons ; à Amer également, qui porte le regard lucide d’un homme qui connait le prix à payer pour poursuivre son rêve.

Alors, que reste t-il du « p’tit con » dans l’album d’N.O.B ? À vrai dire pas grand-chose. Même le morceau éponyme ne lui laisse pas beaucoup de place, lui jetant un regard plus sévère que tendre (« Faut grandir, être un p’tit con qui vise que la gloire, c’est pas humain »). Le « p’tit con », dans l’album de Nob, c’est l’ado qui fait un peu n’importe quoi et qui ne doit pas s’attarder trop longtemps sous peine de faire perdre à l’adulte mature et responsable un temps précieux, même si c’est aussi lui qui transmet la flamme et la passion de l’enfant à l’homme. On se dit en écoutant Bassesses (probablement le titre le plus faible de tout l’opus) qu’on aurait préféré entendre le « p’tit con » plutôt que le trentenaire, souvent désabusé et un brin moralisateur.

Au demeurant, le choix du Bon Nob de trancher entre les deux est tout à son honneur. L’homme ose sans doute plus que d’autres tout au long de l’album, et n’hésite pas à nous inviter dans son univers, à se découvrir et à se révéler sous un jour que les rapophiles les plus sérieux n’apprécieront peut être pas, comme dans Un jour avec où l’on imagine, sur une instru’ rappelant furieusement Clint Eastwood de Gorillaz, un MC amateur d’ambiance « sarouel et drogue douce ». Pas si surprenant quand on sait que le garçon est également membre du groupe de chanson française à connotation festive et écoresponsable « Yépa » avec son frère, également présent sur l’album. Nob, nous invite même chez lui dans Chez moi (qui est  « peut être chez toi aussi »), hymne au vivre ensemble (« si tu maintiens le respect, je te dis merci ») et retour à la source du hip-hop : la rue.

Conclusion

Entre audace et facilités lyricales, entre égocentrisme et désir d’ouverture aux autres, entre chansons française, kickage et rap conscient, P’tit con, deuxième album du Bon Nob apparaît souvent inégal et déséquilibré à la première écoute. La sévérité facile de l’auditeur et du chroniqueur nous pousserait même à dire que l’album aurait peut-être mérité un an de gestation supplémentaire, tant il souffre de défauts communs à nombre de projets sortis ces dernières années. Cependant, à la réécoute, la cohérence du projet apparaît, les idées créatives émergent, et on se prend d’affection pour le « p’tit con » que devait être notre hôte, on se rappelle de celui qu’on a soi même été. Enfin, si l’album est dans son ensemble introspectif et mélancolique, la lumière finit toujours par percer le ciel nuageux du MC. Sans triche ni faux semblant, Nob nous rappelle ce qu’être un artiste veut dire, avec une grande bienveillance à notre égard, nous le public.

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