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[Chronique] Riski – Metek

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Peut-on être un rappeur reconnu et respecté sans sortir d’album ? Vous avez quatre heures. Bien qu’en réalité 44 minutes suffisent. C’est en effet la durée du premier album studio de Metek, 35 ans, bien décidé à s’affranchir des codes du rap français tout en bénéficiant d’une réputation honorable dans le milieu musical.

Avec Riski, bien plus qu’une prise de risques ou qu’une innovation musicale, Metek signe un projet unique. Au diable le morceau d’introduction pâlement nommé « Intro » que l’on trouve dans chaque album, il préfère substituer un titre numérique 75021 au trop sobre sobriquet introductif. Musique entrainante, chanteuses anglophones en arrière-plan, voix d’homme parlant de la paternité et de la foi… On plonge dans un univers personnel dès les premières notes, couplet rappé puis cette même voix d’homme commentant une citation attribuée à la figure paternelle et couplet de nouveau. On fait le vide, on savoure l’instrumentale et les bons mots. La page introductive se tourne et on se jette enfin dans l’album.

L’enchainement est presque brutal, le synthé et les distorsions électroniques frappent, Metek use de petites phrases répétitives, parfois chantées, il nous offre un nouveau genre de rap mais, pour le citer : « c’est comme pisser sur les étoiles, ça fait du bien ». D’apparence monocorde            et cyclique, Chiale un coup est la meilleure entrée en matière possible car elle fixe l’auditeur sur le reste du projet : ce n’est pas du rap habituel.

Les prods défilent, elles sont pour la plupart électroniques, sortes de boom bap édulcoré et adapté aux refrains chantés. Techniquement c’est hétérogène, les accélérations sont propres et mesurées, les textes parfois très prenants, parfois trop personnels pour être pleinement saisis. Les titres des morceaux sont parfaitement adaptés à l’esprit de l’album, on papillonne entre du rap rapide et décalé avec Gwadanigga et des textes frôlant le gangstérisme avec Niquer tout ce qui bouge, notons que l’instru de cette dernière n’est pas sans rappeler So bad d’Eminem.

Si vous ne connaissez pas Metek, après plusieurs écoutes vous aurez l’impression de le suivre depuis des années tant cet album est personnel. Entre journal intime et autobiographie, on assiste même à du story-telling de qualité avec des tracks comme 1999. Ce morceau pourrait être une description d’une représentation picturale de la vie de l’artiste, à la limite d’une photographie musicale, le fond sonore soigné en supplément. Il profite d’ailleurs de ce riche extrait pour placer davantage de références à une ville qu’il semble admirer : New York City.

Bien que l’album soit savamment construit, il n’est pas réellement pertinent de l’étudier morceau après morceau comme on pourrait le faire avec d’autres. Il s’agirait plutôt d’une construction en trois parties, à la manière d’une dissertation : Introduction avec 75021, développement puis conclusion avec le 12ème et dernier morceau : Bone. Il conclut d’ailleurs sur un message plein d’espoir « Je resterai en vie » et plus d’une minute d’instrumentale, comme pour accompagner l’auditeur vers la fin de cette œuvre romanesque qu’est Riski.

Comment alors conclure cette chronique sans être Metek lui-même quand un tel degré d’intimité émane de ce disque ? Le véritable enjeu ne semble pas, au final, être celui de l’originalité, mais plutôt celui de rendre abordable et écoutable un album archétypique de l’intime, à mille lieues des récurrentes critiques contre l’omniprésence de l’ego trip dans le rap. Riski est de ces albums que vous pouvez écouter cent fois sans épuiser la richesse du contenu et sans trop vous lasser de l’atmosphère, à condition bien sûr de supporter et d’apprécier le caractère électro des morceaux. Et même si vous arriviez à vous en lasser, parcourir cet album d’un bout à l’autre est un voyage agréable qui aura le mérite de vous prouver définitivement que le rap français n’est pas répétitif et uniforme.

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