Home / Chroniques / [Chronique] SCH – Anarchie

[Chronique] SCH – Anarchie

Inutile de le présenter, vu l’immense visibilité qu’a connu le rappeur SCH après l’explosion des ventes de sa mixtape A7, sorti en novembre dernier. Des visuels jamais vus dans le rap français, un flow amer et cru, aiguisé par l’usage intense et décomplexé d’autotune, SCH se démarque tant visuellement que musicalement du reste du rap français, et c’est tout à son honneur. Après le succès d’A7, de très bonne qualité, on attendait la transformation : le premier single Anarchie, qui viendra ouvrir la tracklist de 13 titres, ressuscite le temps d’un gros couplet sans autotune le Schneider qui rappait en survet’ en bas des tours à Marseille, avant un pont et un deuxième couplet pour lesquels reviennent l’usage si particulier de l’autotune du S. Difficile de ne pas valider ce genre de performance, surtout quand c’est sur un sample de Requiem For A Dream… le 27 mai, c’est la sortie de l’album du même nom, Anarchie. Décryptage.

« J’crois qu’on est d’accord / Tout l’projet a du Kore »

SCH a eu la décence d’annoncer la couleur dans le premier single : sur les treize tracks, 11 ont été réalisés par Kore. Disons-le franchement : c’est trop. On a aimé A7 aussi pour le travail d’Aurélien Mazin et de Katrina Squad, et on aurait voulu les retrouver dans Anarchie. Cruelle sensation à l’écoute de la tracklist, qu’il s’agit d’un projet commun entre Kore et SCH, et si par le passé Kore a pu ouvrir l’horizon musical du rappeur, on a là le sentiment qu’il le restreint, et ce tout au long de l’album. L’alchimie entre les deux fonctionne très bien, mais peine à se renouveler sur une tracklist (quasi) entière. Trop de Kore tue le Kore.

C’est d’autant plus frustrant que les thèmes abordés s’avèrent plus profonds, parfois plus intimistes, dans la lignée de Fusil, qui s’était imposé comme l’un des meilleurs tracks d’A7 : Allo Maman, Essuie tes larmes ou Quand on était mome en sont les successeurs sur Anarchie, qui présente SCH comme l’homme plus que comme le rappeur. En substance, Anarchie est un bon album, avec fond, forme, et malgré tout une certaine diversité musicale, flagrante avant même la sortie de l’album, en opposant le rap sombre du single Anarchie avec le second single, Je la connais, presque un Hotline Bling version SCH ; richesse musicale accentuée par l’unique featuring de l’album, le rappeur italien Sfera Ebbasta, sur l’excellent track Cartine Cartier. Car oui, l’album contient tout de même d’excellents tracks, notamment le superbe Allo Maman dont on parlait plus haut. Il n’y a pas grand-chose de moins original que de parler de sa mère dans le rap, mais aborder le thème de cette façon-là l’est nettement plus. Rapper la peur du temps qu’on voit sur les rides de sa mère est une preuve d’amour, finalement plus grande encore que de rapper directement cet amour – du moins, quand c’est bien fait. Et ça l’est.

« Allô Maman ? Ça va pas fort, j’ai peur du temps / Allô Maman ? J’aime pas tes rides, et tes cheveux blancs / Allô Maman ? Bobo, bobo… allons nous-en / Allô Maman ? Ça va pas fort, j’ai peur du temps / Allô Maman ? J’aime pas tes rides, et tes cheveux blancs / Allô Maman ? J’crois que t’as besoin de repos, allons nous-en »

Alain Souchon n’est pas le seul artiste à qui le S rend hommage dans Anarchie : il en place aussi une, et une belle, pour le Doc, dans le son du même nom. Même si Gynéco n’est pas out (il remplissait encore l’Olympia ces derniers jours), SCH propose sa version à lui de la consultation. Si musicalement, on est bien sûr dans un style très éloigné de celui du Doc, le thème colle parfaitement à la peau du marseillais : coup de cœur, pour l’hommage et pour le son.

Alors que dire de ce projet finalement ? L’album est bon, contient des tracks parmi les plus aboutis de la carrière entière du rappeur, qui apparaît plus mature, et aborde des thèmes plus profonds et plus cohérents encore sur cet album que par le passé, mais le tout souffre d’une musicalité moins riche que ce qu’on aurait pu attendre. Bien sûr qu’on bouge la tête sur Trop énorme et Murcielago, mais ils ne nous resteront pas en tête autant que des Gédéon, Drogue Prohibée, John Lennon? Alors bien sûr, il est délicat d’évaluer un projet uniquement par rapport au précédent : dans le cas d’un premier album en revanche, soutenu par une mixtape quelques mois avant, difficile de ne pas comparer les deux projets, et la mixtape s’impose clairement comme le meilleur projet des deux. On apprécie beaucoup la conduite du scélérat, mais on a la forte impression qu’il a pris l’A7 dans le mauvais sens…

« Roule un djonks long comme mon bras, j’suis sur le toit, ouais j’ai fait le job / Demande au A, glock sous la Jott / Fils de pute, on est plus dans les geôles / Tu connais bien mon rôle, on les abime, scélérat / Nous on connait tout ton hall, paraffine, velleda »

About Hugo Rivière

Entêté monocellulaire impulsif, sentimental, très humain et complètement dingue

Check Also

bluh

[Chronique] Nusky & Vaati – Bluh

Novembre 2008, Barack Obama devient le premier président noir des Etats-Unis. Mais la vraie révolution …

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.