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[Chronique] Sofiane – #JeSuisPasséChezSo

« Je suis passé chez Sosh ». Le but de ce slogan imprononçable, lancé en grande pompe par un opérateur téléphonique il y a quelques années, était évidemment de rentrer dans toutes les têtes. Et c’est clairement ce qu’a accompli Sofiane l’année dernière à l’échelle de la raposphère, en recyclant cette phrase à sa manière pour tourner une série de clips qu’on ne présente plus. L’album éponyme #JeSuisPasséChezSo est sorti le 27 janvier dernier et on était obligé d’en parler.

Tout d’abord, au cas où certains auraient raté le train, qui est Sofiane ? Sans s’attarder sur une biographie détaillée, en gros le mec est là depuis longtemps. Il a bossé avec beaucoup de monde, monté des boites de prod, écrit pour d’autres artistes (et pas forcément du rap) mais ses morceaux à lui n’ont jamais vraiment décollé. Jusqu’à ces épisodes #Jesuispasséchezso au concept très simple : on fait un son, puis on va dans une ville tourner un clip qu’on balance sur Youtube, on refait un son etc.. dans un délire pule-cra totalement assumé. Une petite vadrouille qui a commencé de manière inattendu au quartier de la Castellane à Marseille, pari plutôt osé pour un rappeur du 93 qui signe de manière claire une envie de briser les frontières et de rassembler les gens. Depuis, le buzz a fait son chemin, au point que l’artiste soit réclamé par certains quartiers de France pour venir tourner chez eux. Retour donc sur son album sorti le mois dernier.

Ce projet ne comprend pas de grande surprise tout simplement parce qu’à l’heure où j’écris cette chronique, 11 des 14 morceaux de l’album ont déjà été clippés et dépassent les millions de vues, la moitié étant extraite de cette série d’épisodes que Fianso a dispersé sur la tracklist. Le plus ancien, l’épisode 3 – rebaptisé Mortal Kombat, rassemble une brochette de rappeurs du 13 au 95 que forment Graya, Ninho, GLK, Riane et The S pour un égotrip de violence : « T’as de la machin, on a des machins, on fait pas la bagarre on est des assassins ». D’après So, c’est cet épisode qui a commencé à réellement démarrer la machine. Puis le numéro 4 de Saint-Denis, Ça bigrave la mort amorce le délire de bakhaw, terme qui peut désigner tout et n’importe quoi à l’instar du language des Schtroumpfs : « On va tous les bakhaw, en deux mille zéro bakhaw, j’vais sortir le bakhaw, Blankok c’est bakhaw ». On apprendra ensuite que Bakhaw est en réalité le surnom de Boozoo, son pote rappeur avec qui il réalisera le morceau éponyme présent sur l’album et clippé récemment.

Ensuite, on retrouve naturellement les morceaux qui ont porté Sofiane au sommet, à commencer par C’est nous les condés et 93 Empire avec Kalash Criminel, respectivement épisodes 5 et 6 et par ailleurs présents dans notre top sons 2016. Le synthé du premier se démarque de la plupart des autres prods de l’album car moins sombre et plus épurée, ce qui n’empêchera pas le flic Fianso enragé de la péter à sec dès l’entrée de jeu : « Les comptes sont faussés, j’vais tellement t’rosser, l’crosser, qu’il va mettre un bonnet toute sa vie » Un titre très entraînant avec au final peu de références policières dans les couplets, le titre et le clip du morceau se justifiant juste avec le bon délire du refrain. Quant à 93 Empire, c’est tout simplement le symbole du concept #Jesuispasséchezso : un gros son tapageur en featuring avec le plus sauvage des rappeurs, des lyrics agressifs et un clip qui montre un quartier en liesse et toutes sortes de fantaisies pour montrer c’est qui les plus fous, notamment armes, pitbulls et plaquettes de teuch. On reconnaîtra au passage un paquet d’artistes du 93 comme Kaaris, Vald ou encore Tandem à qui l’artiste place une dédicace en référence à son 93 Hardcore dans la dernière phase du refrain : « On t’connais pas t’es pas d’chez nous, les autres et nous c’est pas l’même thème, série d’rafales si tu fais l’fou, j’baiserais la France jusqu’à ce qu’elle m’aime ». Des connexions qui ont indéniablement joué leur rôle dans l’ascension populaire du concept.

En parlant de connexions, sa collaboration avec MHD pour Fais le mouv est évidemment présente sur l’album. Collaboration étant un bien grand mot puisque MHD nous gratifie simplement d’un de ses « paw paw paw paw » et d’une figuration dans le clip, mais une fois de plus la référence suffit à Fianso pour attirer les curieux et les convertir en supporter grâce à ses punchlines immodérées : « Va t’faire sucer par un vampire, que des loups dans l’empire on veut pas t’voir jouer là, sur le bon Dieu c’est v’la l’fuego, rallumer des pillons d’la taille de Valbuena. »

On retrouve également l’épisode 10, renommé X. Du très très lourd. Le genre d’instrumentale qui colle au pied de So et qui lui permet d’ajuster de jolis name-dropping au fond des filets : « On prépare le pompe pour scier, Tokarev, Madame la juge on a grandi trop zahef, à six sur une tchoin qu’a la tête à Djorkaeff ». Autre titre déjà clippé : Savastano. À mon humble avis loin d’être le meilleur titre, l’ambiance ne décolle pas vraiment malgré des jeux de mots sympa – quand ils n’ont pas déjà été faits par Seth Gueko – et un refrain dédicacé à El Hadj et son « Socoman ».

Côté featuring, on se rend compte que malgré les apparitions de grandes figures du game dans ses clips, Fianso préfère faire croquer le micro à la nouvelle génération et laisser la place à des jeunes talents. Parmi eux, on retrouve Timal et YL dans Dis moi où tu pécho. YL est un rappeur de Marseille à la notoriété grandissante et qui pose du sale proprement. Timal a quant à lui déjà bien percé avec sa série de rapports et va probablement tout niquer en 2017 s’il continue sur sa lancée. Cette nouvelle fripouille manie consonnes et voyelles avec une maîtrise éloquente  : « 22 alerte le bosseur là car il pisse, comme Franklin c’est gue-dro sous la carapace, dis-moi où tu pécho coup d’oeil si c’est carré peace, repère BAC-eux boule à Z comme Carapuce, t’sais qu’il en faut pas plus pour qu’le « arah » parle ». On découvre aussi Bakyl, un ami de Fianso, sur Ma cité a craqué dont le fameux « vos daronnes y boivent du Sprite sa mère ! » lâché par le petit René le jour du tournage du clip a fait le tour des réseaux sociaux. Les deux potes s’accordent bien ensemble pour un gros son de plus dans la continuité du style de l’album, avec une référence au film Ma 6-T va craquer vingt ans après, constatant que la cité a bel et bien… craqué.

Alors où sont les exclus ? Comme je le disais, seulement trois titres n’ont pas encore été publiés sur la chaîne officielle de Sofiane et ça ne saurait tarder. Tout d’abord Un boulot sérieux, sur lequel l’artiste ouvre l’album à contre-pied, en se pronostiquant une prophétie funeste à l’image des grandes légendes américaines « J’vais m’faire tirer dessus dans pas longtemps, j’vais m’faire tirer dessus comme Tupac ». Un thème homogène avec la mélancolie du clavier et l’occasion pour lui de rappeler qu’il est prêt à en découdre « Frère y’a pas de tact tant qu’les douilles existent, J’respecte pas le pacte tant qu’les couilles résistent. ». Puis Rebeulotte, nouveau jeu de mot facile pour exprimer son mode de vie récurrent, dont les excès et les retours au point de départ sont quotidiens : « Une soirée, un coma, une soirée, un coma, mon reu-beu rebeulotte » pour en arriver à une conclusion simple : « laisse-moi niquer ma vie, si j’ai envie ». Le meilleur pour la fin avec DZ Mafia, comprendre Mafia Algérienne, qui rend hommage à l’unité algérienne, son attachement au drapeau et le nif, la fierté chère aux algériens, que Sofiane refuse de troquer contre les clés du succès « Donne-moi mon bif, laisse-moi mon nif, j’vais sucer personne moi ». C’est aussi le constat amer d’une génération qui se perd dans le vice et la violence, et vit tellement proche de la mort qu’elle ne lui fait plus peur : « Monte dans les problèmes, sous un croissant de lune rouge sang on t’emmène, j’me fume la vida, frère elle a le SIDA, ramène la quand même. ». Des propos forts dans une ambiance céleste qui nous emmène un peu plus loin que les autres titres et en fait un des meilleurs de l’album.

L’album se termine sur le tube de l’album, Tout le monde s’en fout sur lequel se déhanche en playback le fils de Joey Starr et Leïla Sy. Un épilogue mélodieux calibré pour les radios avec des propos beaucoup moins virulents, voire poétiques, qui amènent une agréable touche de légèreté à l’ensemble entre nostalgie et amertume.

Hier a tout oublié, demain parle mal
Personne ne m’aime et puisque c’est comme ça j’irais sans vous
Personne n’te comprendra jamais dis leur pas comme t’as mal
N’oublie pas le principal, au fond tout le monde s’en fout

En bref, le succès de Sofiane et son « Ish Ish » n’a rien de hasardeux, sa spontanéité et ses nombreux branchages ont payé. Ses textes n’ont rien d’incroyable, les rimes sont simples et les thèmes sont extrêmement récurrents, mais son délire et ses punch hardcore blindées de références et d’argot de rue ont su séduire les amateurs d’un rap qui défoule. Les revendications étant discrètes, cet album est un peu l’emblème d’une génération de l’excès, qui n’hésite pas à amplifier et jouer des vices qui l’entourent pour faire du rap un gros kiff, tout simplement. On ne s’invente plus une vie de maquereau, chaînes en or et grosses voitures, mais on se sert du réel pour jouer les oufs et enjailler les potes du quartier. Après on aime ou on n’aime pas, chez nous la plupart sont dans la première case.

Et vous, quand est-ce que vous pachez ses cho ?

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