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[Chronique] Vald – Agartha

Agartha, Agartha, Agartha… probablement le projet le plus attendu du mois de Janvier. Agartha fascine, Agartha intrigue. Pour commencer, il faut déjà se remémorer quelques faits annonciateurs de sa venue…

« Un jour dans une église y’aura ma gueule en aquarelle » nous disait-il d’abord en 2011 dans Journal Perso ; puis, 4 ans plus tard, il sortira la fameuse phrase « Y a que du royaume d’Agartha que j’veux l’adhésion » dans le titre Gizeh. Agartha étant le nom d’un royaume souterrain qui serait « dépositaire de connaissances et de pouvoirs surnaturels », on sait d’entrée de jeu que l’album va surprendre du monde, beaucoup de monde. Préparez-vous pour un voyage au centre de la Terre…

Le morceau Acacia, premier titre de l’album, met en jambes l’auditeur dès le début. Sur une prod du jeune Seezy, Vald lance les hostilités avec une balade à dos de Diplodocus, un clin d’oeil à Sean Paul et une nouvelle référence au mystérieux Jean Coba (ou Yankhoba). Il termine le morceau par un sample de notre cher Sylvain Durif aka Le Grand Monarque… Un titre efficace. Suite à cette douce introduction, on se confronte ensuite à Mégadose, un des trois singles déjà dévoilés avant la sortie de l’album. Un titre où l’on retrouve un Vald percutant, provocateur et revendicateur : « La chatte de ta mère la Bretonne est plus importante que celle de cent Maliennes. Qui gère les coefficients ?«  un ton dénonciateur qu’il utilise assez rarement, ce qu’il confirmera d’ailleurs à la fin de son premier couplet : « La plupart du temps, j’en ai rien à foutre de dénoncer. Je n’veux que m’défoncer, rechercher la montée« . Le clip se passe de commentaire. Ils en ont trop pris.

« T’en penses quoi si j’arrêtais la comédie deux secondes ?« . Cette phrase, qu’il avait lâchée fin 2014 sur son projet NQNT, peut servir de levier au morceau Si j’arrêtais, troisième titre d’Agartha. Sur une prod envoûtante du fidèle BBP, Vald va enchaîner trois couplets percutants. Entre prises de drogues, soirées malsaines dans la jetset, égotrips et clins d’œils aux reptiliens, il ne fait pas dans la dentelle. « Deux petites drogues pour faire rire l’homme transitent de mains en mains. Plus j’côtoie l’Homme, plus je l’aime de moins en moins ». Le magazine Captcha Mag en prend pour son grade et la référence à Joe Pesci bien placée fait plaisir aux cinéphiles que nous sommes. En résumé, Sullyvan est grand, mais le monde est bien trop petit pour lui…

Place au quatrième titre de l’album, qui est probablement le titre le plus surprenant des 17 qui composent son projet. Je t’aime est une déclaration à cœur ouvert dans laquelle Vald nous parle d’une femme (son ex ?) et d’un ami intime (Suik’On Blaze AD ?) sur qui il compte énormément. La mélodie entêtante de DJ Weedim vient parfaire des phrases profondes du style : « J’ai croisé la bonne et je sais c’est laquelle. Aucune tasse-pé ne pourrait apaiser ma peine. Même quand elle m’dit : « j’vais t’faire tout oublier » j’réponds : « ferme ta gueule, il faut qu’j’me rappelle« … On retrouve ici un Vald différent, un Vald sensible. Un titre qui ne plaira pas forcément à tout le monde, mais un morceau marquant tout de même. Le morceau qui suit vient remettre les choses en place. Les premières notes glaçantes et les cris stridents de Totem nous plongent dans un univers obscur. Durant 2 minutes 30, sur une prod de BBP et Seezy, Vald nous assène un couplet sombre composé de phases trashs à la pelle : « Souris devant les fleurs, bitch, bouquine devant les cœurs vides » – « J’lâche que des textes qui schlassent les fesses. Ça t’en bouche un coin, Satan bouge au loin… ».

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Le cinquième titre L.D.S est une ode aux lunettes de soleil, que Vald affectionne tout particulièrement, que ce soit des Versace, des Rayban ou même des Monoprix. Le titre commence par une référence au morceau Produit de mon environnement de Mac Tyer, se poursuit par un poing dans le cul à la Panacloc, puis se termine par un dépeçage… t’es choqué ! Attendez, c’est pas fini. Hormis le petit clin d’oeil à Lorie, le septième titre intitulé Meilleure amie est un morceau amusant et assez dansant, sur des douces notes de piano et un beat entraînant, Vald rend hommage à sa « meilleure amie » avec qui il passe énormément de « bon temps » ; un titre assez plaisant et original, une belle prise de risques.

« 1, 2, 3, 4, 5, 6, je sors de la Matrice« … Premier des deux morceaux produits par Sirius sur ce projet, le titre Neo est une référence évidente à l’univers des films Matrix. Une nouvelle fois, l’ambiance est particulière. Une mélodie angoissante, qui rentre inévitablement en tête, des samples de films, des phases qui sortent du lot (« C’est pas qu’un jeu d’blancs les assonances, c’est pas qu’un jeu d’noirs les assédics… »), et quelques grognements bizarres (gnagnangnagnagnagna). En résumé, Vald c’est l’élu. Mais là, les choses se gâtent… Lézarman. Que dire… ce neuvième morceau vient de nulle part. Un refrain complètement WTF et une énumération de phases reptiliennes troublantes… « Lezarman vient de la planète Nibiru, quand tu le vois ta barre de santé diminue. Amateur de p’tites fissures, il ne mange que des foetus, Lezarman te chie dessus« .

Retour sur Terre. Le morceau Blanc est marqué par la présence du talentueux Suik’on Blaze AD. Le concept ? « Blanc comme tueur en sérieBlanc comme pédophile« … la liste est assez longue et certaines phases sont très très sales. Vous êtes prévenus. AD rentre sur le deuxième couplet avec un flow qui peut faire penser un certain Alkpote, c’est assez plaisant, même si on aurait préféré un couplet plus percutant, comme il sait si bien les faire… Le morceau qui suit était déjà connu du grand public. Sorti il y a 3 mois, le morceau Eurotrap est le fer de lance de la trap de viking. Avec un clip tourné sur fond vert, Vald laissait libre court à l’inventivité de son public pour créer des clips complètement déjantés. On a une petite préférence pour celui-ci, mais pour l’original, c’est ci-dessous…

Que dire du morceau suivant… Petite Chatte est une hymne magnifique à l’organe sexuel féminin. Troisième single du projet, ce morceau auto-tuné aux ambiances mystiques rentre assez vite en tête. Les diverses allusions de Vald glissent toutes seules sur une prod étonnante de DJ Weedim. « J’oublie tout quand tu ronronnes, j’bousille tout si tu m’abandonnes« . Certains n’aimeront pas, certains diront « génie » et d’autres diront simplement « Vald ». Un morceau tout doux assez surprenant, qui prépare le terrain pour le morceau suivant. Le featuring tant attendu avec le Belge Damso. Vitrine est un titre étonnant où deux styles différents se rencontrent. On retrouve la plume piquante de Damso dans le premier couplet : « Intouchable comme la chatte sidatique d’une bitch » et un Vald qui lâche un long couplet assassin, qui peut faire penser à Booba dans la façon de formuler les phases. « Elle sort ses seins, mais ne va rien allaiter. […] C’est pas de la variété ou bien de la sorcellerie, faut les Garcimorer. […] Maxi promo surpasse la qualité, sacrifice de bébé dans berceau alité ». Un morceau puissant porté par un refrain entêtant.

Pour 80 balles, il pouvait même pas lui glisser… Damn ! Le morceau Strip c’est une sorte de story-telling un peu gore qui part totalement en couilles. Vald qui fracasse une strip-teaseuse et qui la transforme en gouda… miam miam miam. « Ça c’était trop sérieux, maintenant y’a du sang partout. Faut des crampons pour pas glisser ». Un morceau vraiment violent qui nécessite un clip de toute urgence ! (Vald si tu nous lis, exauce nos prières rapidement stp). Après ce sombre passage dans un strip-club, on plonge dans l’ambiance particulière du titre Kid Cudi qui rend une sorte « d’hommage » à la star américaine torturée récemment et admise en centre de désintoxication. « J’ai envie d’me suicider comme Kid Cudij’ai envie d’me suicider comme Kid Cudi« . Le refrain est assez clair, le flow est monotone et la prod lente. « Mes bonnes actions n’changent pas mon reflet dans la marre de sang ». Ce titre est clairement différent…

On arrive à la fin de l’album, plus que deux titres. Le morceau Libellule redonne un peu de lumière au projet avec une prod enjouée et un texte léger. « Ma meuf est belle, ma meuf est bonne, mon père est fier, ma mère est nonne » ; et le morceau Dernier Verre vient clore en douceur et d’une très belle manière l’album. Le voyage se termine, c’est le moment de revenir dans la réalité et de prendre un peu de recul pour évaluer Agartha. Après plusieurs écoutes, on peut dire que c’est un bon projet, aux prods et aux thèmes assez variés. Il y a eu des prises de risques, des featurings de qualité, des coups de folie… Les textes sont toujours aussi bien affinés et percutants. Cet album va diviser, c’est inévitable, mais dans l’ensemble, le pari est réussi.

About Guillaume Simonin

N°1 de Genius France / Fondateur et CEO du site We Love Nancy / Chroniqueur pour Le Rap en France / Chroniqueur pour The Chemistry Magazine / Social Media Manager

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3 comments

  1. Au contraire. Je pense que c’est une bonne chose, et qu’en tant que premier album c’est encore plus réussi de la part de Vald. Le mec a jamais été aussi sincère et direct que dans « Je t’aime », ça doit être mon son préféré de lui (et encore, la forme reste assez « Valdienne »). Je suis d’accord pour l’autothune dans le sens où c’est assez présent, mais ça peut qu’aller avec son univers déjanté (même si j’étais un peu refroidi au départ, c’est vrai). Dire que les instrus sont toutes les mêmes c’est de l’hypocrisie, pour trouver que Totem, Megadose, L.D.S et Dernier verre sont pareils faut maximum écouter 5s de chaque son (et ça vaut pour tous les titres).

    Il a raison d’évoluer, c’est juste la forme musicale qui a changé, les paroles sont toujours aussi trash et perturbantes, y a quand même « Petite chatte » dans l’album, pour citer que ça, sans compter les sons qu’il a sortis avant l’album comme « La réussite » qui est certainement plus conscient que la plupart des sons qui revendiquent l’être. Des rappeurs qui veulent toujours faire la même chose, y en a déjà si vous aimez pas le changement, et faudrait pas oublier qu’il s’agit que de musique.

  2. Je suis malheureusement assez d’accord. Énorme fan de Vald et de son univers absurde, déjanté et torturé je suis déçu et reste sur ma fin après cette album… Plat. C’est dommage les deux titres sortis en marketing (Eurotrap et Megadose) on fait extrêmement plaisir (yavait de la puissance, de la vitesse, ça percute énormément et t’as envie d’entendre la suite très vite!) après je trouvais déjà Petite Chatte étonnant pour du Vald mais je me disais ok c’est un trip ok, mais là on a l’impression qu’il a découvert l’auto thune et qu’il passe l’album à se reposer dessus, c’est vraiment dommage. Ouais espérons que le prochain album revienne vers les racines de Vald parce que la jsuis choqué mais comme j’aurais aimé. Sinon si quelqu’un a un rappeur qui irait bien dans le même genre je suis très preneur parce que du coup je suis en manque la (j’hésite presque à me lancer…)

  3. J’adore(ais) Vald, j’écoutais en boucle, j’allais à son concert, mais je pense que c’est finis…snif
    Auparavant c’était un bon rappeur, mais avec cet album on retrouve toute la daube que le RapTrap nous sert depuis qu’il est sorti. Finis les textes, fini le rap (devenu du chant transformé en auto-t(h)une), les instrumentales sont toutes les mêmes..
    Il faut avouer qu’a l’écoute de cet album tout est pareil.. Bien loin de l’album précédent avec chaque morceau avec une vraie identité.
    Le choix des textes pour les rimes sont de plus en plus mauvais et donne un niveau des plus bas aux soi-disant punchlines alors qu’il était très bon pour l’exercice autrefois. C’est dommage car ce qu’il souhaite raconter dans cet album aurait été parfait avec tout le génie d’autrefois.
    On se sent un malaise sur des morceaux tellement ça sent le plagiat..particulièrement Eurotrap (cf Die Antwoord). Bref bonne déception (je m’en doutais un peu avant la sortie) car j’étais vraiment fan du personnage, de ces chansons et de son rap.
    Je vais tenter d’oublier Agartha, d’écouter les anciens morceaux et prier « dieu Vald » pour qu’il change une nouvelle fois au prochain album.

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