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[Chronique] Vald – NQNT 2

Nous y voilà, enfin. Un an après la sortie de NQNT, et après avoir enflammé le net avec Bonjour et Selfie, Vald le rappeur d’Aulnay dévoile NQNT 2, son quatrième projet solo, attendu avec autant de curiosité pour certains que d’impatience pour d’autres. Que tous se rassurent : personne n’aura attendu en vain.

Le retour du retour du retour

Revenons un instant sur les événements qui ont précédé la sortie de l’EP (un EP quatorze titres, ce qui lui donne de faux airs d’album). Bonjour, le premier extrait, un immense troll, dont les puissantes gimmicks ont aussitôt été reprises en chœur par l’ensemble de son public. Pas de rap, mais un phénomène trap au second degrés qui a extrêmement bien marché sur le net. Vald veut revenir, et bruyamment. Second extrait, en véritable ouragan sur le net : Selfie, se présente probablement comme la chanson la plus ridicule que le rappeur aura l’occasion de chanter durant sa vie (ou en tout cas, souhaitons-lui), et les trois clips (une version familiale, une esthétique et une pornographique pour ceux qui n’auraient pas suivi) déclenchent l’hilarité chez ses fans, la curiosité pour ceux qui ne connaissent pas, et bien sûr une polémique féroce chez ses détracteurs.

On parle de Vald tout de même, il en fallait bien une pour succéder à celles d’Autiste et Shoote un ministre. Du second degré, des gimmicks et des clips (très) originaux : on savoure l’ensemble mais ce garçon est un rappeur à l’origine, et les deux extraits ne mettent clairement pas cette facette là du personnage en valeur… on aurait presque pu s’inquiéter sérieusement s’il n’était pas revenu dévoiler Urbanisme comme troisième extrait, ou devrai-je dire comme premier véritable extrait, un track (dont on parle plus ici) dont les trois clips ont achevé de retourner le cerveau de son public.

Trois clips identiques, à peu de choses près, pour un superbe morceau qui annonce fièrement la vraie tonalité de NQNT 2 – car, naturellement, Bonjour et Selfie n’ont rien à voir avec le reste de l’EP, et ces deux morceaux n’ont de sens et de valeur que par leu association justement avec le reste du disque, qui est d’une toute autre allure. Rassuré ? Nous aussi. Alors plongeons dans ce projet sans queue ni tête, mais bourré de qualités.

En guise d’intro, NQNT 2 s’ouvre sur Retour, un déferlement de flow dans lequel Sullyvan se compare tantôt à Stallone tantôt à Schumacher, dans un égotrip rythmé  annonçant le « retour du retour du retour du retour« , le tout autour d’un sample de Michel Houellebecq expliquant qu’il « accepte sa supériorité avec calme« . Modeste, ce Vald ? Mais rappelez-vous, le respect se demande pas, le respect se prend, et pour qu’on ne l’oublie pas, Bonjour est le second track du disque (dont on ne reparlera pas, vous connaissez le topo : je ferme donc cette parenthèse – en charentaise, oui).

NQNT , MMLP ?

Je vous vois venir : certes, la comparaison entre Vald et Eminem, deux rappeur blancs aux courts cheveux blonds, est aisée, et semble n’avoir que peu d’intérêt. D’ailleurs, le rappeur d’Aulnay le dit lui-même : « ces dé-p me surnomment Eminem, c’est débile, j’ai pas l’pedigree« . Mais l’écoute du troisième track de l’EP, Infanticide, la première vraie découverte du projet si l’on excepte l’intro donc, ne manquera pas de rappeler fortement le style de Marshall Mathers. Une petite voix cassante, un flow rapide, un gros boum check classique sur une prod sombre de croque mitaine, et des vocalises (vous savez, genre « na na na ») en fond ; et jusqu’au thème du titre, « Ne reste pas seul dans l’noir, Sullyvan gambade, et ce bâtard fait des grands pas« . On imagine sans peine que Slim Shady aurait pu chanter ce refrain.

Ce track est également le seul featuring de l’EP, avec Suik’on Blaze AD bien sûr, l’éternel acolyte de Vald, qui fait une apparition fort bien vue le temps d’un couplet de qualité (« T’en as rien à foutre, la vérité c’est ça, tout s’résume à des bites et des chattes, à débiter des cartes de crédit, tu rêves de strass et paillettes, tu vas sniffer des traces et fumer des spliffs, tu diras que tu niques l’état, mais c’est lui qui t’bifle ») avant de repasser le mic à Vald, qui ne le lâchera plus jusqu’à la fin des douze tracks.

Si la comparaison entre Eminem et Vald s’arrêtera là au niveau du style, la qualité globale de NQNT 2 et le jeune âge de son auteur-interprète me poussent à continuer l’analogie avec ce vieux classique du king de Detroit. La qualité des lyrics est inconstante selon la dose de second degré amené par le rappeur (on se penchera plus sur le texte d’un Quidam que sur celui d’un Selfie par exemple), mais les morceaux sur lesquels les textes sont réellement travaillés s’inscrivent dans la continuité d’un NQNT premier du nom – quoiqu’en souvent plus abouti.

Vald pose toujours d’une manière assez spéciale, prouvant sa maîtrise totale du rythme et des sonorités sur l’ensemble du projet, pour notre plus grand bonheur. Le tout sur des prods brillantes de BBP, DOLOR oscillant entre la trap ultra moderne et les samples de violons retravaillés, accompagnés de beats lourds que viennent combler les petits cris significatifs de Vald, tels que « Sully, sully! » ou autres onomatopées aigües. L’ensemble est peu cohérent dans la forme (probablement la raison pour laquelle le disque est un EP et non un album), mais dans le fond c’est du pur V. A. L. D. du début à la fin, et les instrumentales accompagnent à la perfection les lyrics du rappeur (à moins que ce ne soit l’inverse).

« On passe nos vies pourchassés par les people / du poppers dans la pipe et puis t’oublies qu’les dés sont pipés / pépère, à l’épicerie le caissier m’épie, croie qu’j’péta plein d’peanuts » (Cartes sous l’coude)

« Une garette un verre d’eau, une garette  première pause, une garette une garette / Une barette une semelle, une barette une soirée, une barette une barette / Tu m’dois des thunes, ballec tu galères, tu vas m’payer ton grec une fois / Du balais, suce ma raie plus ma réput’, paraît qu’tu m’montrais du doigt » (Barême)

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Sullyvan, un esprit sein dans un pull drogue

Comme il le dit lui-même en interview, la vie de V. A. L. D. c’est studio, rap, famille, concert… et bien sûr, de la fonsdé. Étape nécessaire à franchir pour devenir un grand artiste ou simple goût prononcé pour la consommation de sustances psychotropes, toujours est-il que cette facette du rappeur se ressent dans l’EP. Par la présence du track Taga déjà, dont la piste audio contient un second titre masqué, qu’on pourrait appeler « Je suis un poisson » et qui constitue l’illustration la plus flagrante de ce dont on parle au dessus. Après celle d’Hippocampe fou, c’est à Vald de donner sa vision d’un aquatrip.

Mais ce thème n’est pas porteur que d’un freestyle insensé caché dans les méandres des douze pistes qui cachent en réalité quatorze titres (Vald n’est jamais à court de surprises), mais également du track Promesse, un beau milk-shake de sincérité et d’ironie sur une prod incroyable que viennent sublimer de légers sample d’une voix féminine : coup de coeur pour ce couplet deux minutes, entouré d’un refrain qui ne sort plus de nos têtes quand il y est entré (c’est d’ailleurs au fond ce que Vald fait de mieux). Titre à écouter d’urgence en regardant les étoiles avant que les nuages ne viennent nous les cacher.

NQNT 2 : l’accomplissement que Vald annonçait ?

Ce n’est qu’un disque, calmons-nous. Mais à coup sûr, un disque réussi, déjà un classique ici. Vald perfectionne son art, NQNT 2 est la preuve auditive qu’il a franchi un cap et que Tefa ne s’est pas trompé en prenant sous son aile le jeune homme du 93. Qu’on devienne hystérique à l’écoute de Bonjour ou Joffrey, ou qu’on se contente de se détendre sur Barême ou l’excellente outro Ogre, on a devant nous le produit fini d’un véritable artiste, loin des disques introspectifs qui servent d’exutoire à bon nombre de rappeurs. Vald créé son univers sans queue ni tête de toute pièce avec la précision d’un chef d’orchestre. A vous de réfléchir sur les messages qui sont ou ne sont pas derrière ce projet, mais n’oubliez pas qu’avant tout, on parle de musique. Le phénomène Vald prend de l’ampleur.

About Hugo Rivière

Entêté monocellulaire impulsif, sentimental, très humain et complètement dingue

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