[Classé confidentiel] Audition du sujet test CHANJE

Si vous lisez ces lignes, c’est suite au travail de lanceurs d’alertes qui nous ont confiés un certain nombres de documents classés SECRET DEFENSE et qui nous ont permis de rencontrer le patient Chanje, pour discuter du dernier projet ADN…

DOSSIERS à découvrir ICI

Après écoute du projet ADN, la phrase qui revient le plus pour te qualifier, c’est « l’universalité de l’intime », est ce que c’est quelque chose de conscient ou une conséquence de la sincérité de tes propos ?

Chanje : J’écris très égoïstement.
Quand j’écris, c’est vraiment tout seul dans ma chambre. Je ne pense pas aux autres, au publique… J’écris pour moi parce que ça me fait du bien. Après, il y’a ce truc où évidement je rappe aussi pour que ça touche les gens, pour que ça parle à quelqu’un. C’est même l’une des raisons pour lesquelles je rappe en soi.

En 1), c’est par ce que ça me fait du bien, c’est vitale. En 2) car ça peu aider des gens, permettre à certaines personnes de se sentir comprises. Si ca peut aider quelqu’un, c’est mortel ! Si les gens se retrouvent dans ce que je raconte, c’est énorme !
Surtout que, dans les personnes qui vont se retrouver dans ma musique, il y en a 80%, voir 90% ou même 100% qui n’ont pas vécu du tout les même choses que moi : pas les même problèmes, pas les même soucis de santé ou quoi que ce soit d’autres. C’est ouf.
On a tous notre propre interprétation de ce qu’on écoute, car il y a des choses qui nous touchent plus que d’autres. Mais le fait que ce que je rappe touche les gens, c’est génial, c’est exactement ça que je veux faire.

Mon rappeur préféré de tout les temps, c’est Niro. Quand il te dit “Je voyais des gens se faire couper à la machette”, moi, j’ai pas du tout le meme vécu que Niro ma gueule, j’ai pas ça, mais le morceau me touche quand même.
Je manquerais d’humilité si je disais que l’expression « universalité de l’intime » me convenait parfaitement, mais ça fait très plaisir.

Avec le recul, tu penses quoi de tes projets ?

ONI, c’est toujours un truc à part pour moi, assez touchant. Mais frère, évidemment musicalement, j’ai énormément évolué. C’est plus un projet qu’on pourrait sortir maintenant, mais il est touchant, parce que c’est mon tout premier projet, c’était ma première petite bastos, ma première carte de présentation. Quand je m’en rappelle je suis nostalgique, enfin pas nostalgique, mais je suis heureux d’y repenser.

Ensuite, je suis très fier de E.M.I : c’était un challenge pour moi, surtout qu’on était en pleine crise du COVID. C’était compliqué cette période, le monde était en crise d’angoisse constante.
Et puis E.M.I est pensé comme une suite directe de l’EP Pacemaker, je voulais rester dans la même vibe, dans le même univers. Pacemaker, c’est quand j’étais plus jeune, mes conneries et comment je gérais ma vie, mon état d’esprit; E.M.I (experience de mort imminente), c’est comment j’ai pris de la maturité, comment j’ai évolué et je suis sorti de dynamiques qui me faisaient plus de mal que de bien sur le long terme… Et c’est aussi cette évolution avec un step au dessus qu’il y a sur ADN, je suis de plus en plus conscient de qui je suis et de ma place.

Depuis toujours, il y a un côté un peu mélancolique à ta musique. C’est quelque chose qui perdure sur tous tes projets actuels…

ça me vient beaucoup plus naturellement d’écrire sur des choses tristes ou en tout cas, intenses. Quand je vis un truc positif, mon premier réflexe n’est pas d’écrire dessus, alors que quand je vis un truc dur, écrire me permet de gérer les choses, ça aide à digérer.
Ma musique est personnelle, plus je gagne en maturité et plus je me dévoile, moins j’ai peur d’être moi même, avec toutes mes facettes. Et puis dans mon écriture, j’ai moins d’appréhension face au jugement des gens. J’assume.

Et comment tu abordes les featurings alors ?

D’abord, je l’aborde comme un morceau normal. Quand on propose à un mec, ou qu’un mec nous propose, on dit oui ou, il nous dit oui. J’essaie toujours de faire un truc pour mélanger nos deux univers, pour que ce soit une vraie collaboration et pas seulement on rappe chacun de notre coté. Soit je l’emmène dans mon univers, soit il amène le sien, mais il faut qu’il y a un mélange pour ce que soit un son réussi. C’est plus intéressant comme ça, de tenter des trucs. ça me permet aussi de me faire plaisir : je suis pas un gars de compétition, j’aime bien partager. J’aime bien lâcher un bon couplet, je suis aussi super heureux si l’autre personne lâche un seize exceptionnel.
Je suis trop content dans ce cas là, tu vois, le plus important, c’est l’alchimie.
Du coup, forcément, je maquette chez moi et pour les feats, on se retrouve en studio. Je préfère qu’on se voit en vrai : ce truc d’envoyer des pistes, ça me saoule un peu, c’est moins enrichissant.

Rien que pour la qualité, pour la connexion, je préfère qu’on soit ensemble en studio et qu’on crée le truc ensemble, plutôt que par messages interposés.

Tu es toujours accompagné d’Herman Shank. Dans la dernière interview (ICI), tu disais qu’il était plus dans la réal artistique sur le coté musical, que simple producteur. Tu penses que c’est important pour un rappeur et un beatmaker, d’avoir une relation un peu comme ça ? Ou est-ce que c’est simplement parce que la connexion entre vous deux est créativement forte ?

Je pense sincèrement que c’est parce que c’est bien tombé entre nous deux. Il n’y a pas de formule secrète pour faire de la musique. Une relation forte avec un beatmaker, ce n’est pas obligatoire du tout. Entre Herman et moi, ça c’est fait naturellement, comme ça. On se connait et on sait comme l’autre travail, du coup c’est assez productif.
Mais comme toute chose dans la vie, tout atout a aussi un inconvénient, tu vois ? Dans ce genre de relation, c’est aussi important de faire attention à ne pas s’enfermer à deux dans le même délirer musical, donc on travaille aussi avec d’autres gens, d’autres influences, et on cherche à rester ouverts au max. Lui, comme moi.

Quand on écoute le projet, les métaphores sur le ciel et le mot « ciel » revient beaucoup… Tu as une affinité particulière avec ça ?

Ah bon ? Je n’avais pas forcément remarqué.
Bah, déjà le ciel, pour moi c’est Dieu, donc vu que je suis croyant…
Je parle beaucoup de Dieu, en vrai. Donc, quand je parle du ciel, c’est souvent une référence spirituelle, un peu. Quand j’évoque ça, c’est pour parler de destin, de sens de la vie, d’émotions humaines. Donc, je pense que je parle beaucoup de ciel pour ça, mais je ne m’en rends pas vraiment compte.

Dans une des parties parlée sur ADN, il y a un partie sur le fonctionnement social des loups, et sur le rapport dominant-dominé. Qu’est-ce que ça évoque pour toi ?

En vrai, c’était plus une idée de « small talk », pour évoquer « 6ème étage », plutôt qu’une envie de délivrer un vrai message. C’était aussi pour développer l’univers communs autour des projets et rajouter de la profondeur à tout ça…

D’ailleurs, sur les trois derniers projets, il y a beaucoup de vocabulaire médical (surtout dans les titres) et les interludes semblent relier les projets ensembles. Est-ce que tu peux nous parler un peu de ça ?

J’ai toujours été un grand fan de pop culture, comics, bd, mangas, tous ces univers-là. Je baigne dedans depuis enfant, je crée des histoires avec tout ça.
Du coup, quand je créé, j’écris aussi des documents, pour moi et pour mon équipe, où je raconte une histoire. Pour que tout le monde qui travaille avec moi saisisse bien mon univers et le propos. Là sur ce ADN, j’ai voulu plus l’assumer. J’ai vu que c’était possible dans le rap francais d’assumer un coté « storyteller », JVLIVS ou Trinity m’ont fait beaucoup de bien.

Je voulais donc que cette histoire puisse être comprise sur 3 médiums différents : les sons, les clips et les documents qu’on a envoyé. Je voulais pas trop faire un « album-concept » parce que je voulais pas que les gens se sentent forcés d’écouter une histoire. J’aime ce truc où les gens peuvent choisir ce qu’ils écoutent et ce qu’ils en retiennent. C’ est un peu flou, mais c’est comme moi ! Il faut chercher pour bien comprendre, il faut se donner de la peine, ça ne vient pas tout seul.
L’histoire de base, c’est une fiction qui pourrait presque être adaptée en BD. L’univers de Pacemaker, E.M.I et ADN (dispo ICI) est lié autour des faiblesses de l’Humain, avec un côté très science fiction, surnaturel. Et ce n’est pas fini car le prochain projet reste dans cette ligne-là…

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