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[Interview] DF – « A partir du moment où tu fais ça pour le plaisir, la question de l’argent ne se pose pas vraiment. »

La rédaction ouvre ses pages à un artiste extrêmement prometteur. Découvert avec le projet Le Temps D’une Cigarette (disponible gratuitement ici), DF nous dévoile son parcours.

Explique-nous comment tu as commencé à écouter du rap ?
C’est par le biais de MCM. A l’époque, je tombe sur Holla If Ya Hear Me de 2Pac. Je ne savais pas qui c’était ni ce qu’il faisait mais j’ai trouvé que l’ambiance du clip était prenante. Ça a été ma première baffe hip hop même si tu imagines bien que je n’avais aucune intégrité musicale.

Et en rap français ?
J’ai découvert le rap français bien plus tard, au collège, quand j’ai commencé à m’intéresser vraiment au son. Je devais être en 4ème et c’était avec Disiz, Ménélik et le Secteur A. Puis au fur et à mesure que je me prends des baffes comme ça, je creuse dans le mouvement hip hop. Je n’ai jamais eu de grand frère pour me faire écouter des sons donc je prenais ce qu’on me donnait et ce que je découvrais avec des potes. Il n’y avait pas d’ordinateur ou de Youtube.

A quel moment tu passes du cap d’auditeur à acteur ?
Quand j’écoute 5ème As de MC Solaar. J’écris deux ou trois trucs et là je me dis que je pourrais faire ça.

Donc tu écris tes premiers textes.
Ouais, des cochonneries. C’était n’importe quoi. Je ne les rappe pas devant mon miroir parce que j’ai jamais vraiment aimé ma gueule mais à seize ans, j’avais déjà gratté 300 textes.

Tu faisais comment pour la technique ?
Je me faisais une marge sur la droite de la feuille, je me donnais un thème. Parfois, je n’avais même pas d’instru, j’imaginais le rythme dans ma tête. Et dans la marge, je notais toutes les rimes qui me venaient à l’esprit en rapport avec ce thème et j’essayais d’en placer à chaque demi-mesure.

Mais la technique au micro, tu l’apprends comment ?
Au lycée, je rencontre un type nommé L’ting. C’est avec lui que j’ai vraiment commencé. Un jour, on bossait des TPE pour essayer d’avoir la moyenne au bac de français et on a commencé à rapper des textes. Il kiffe, il me dit de venir chez lui parce qu’il a du matos. Son matériel, c’était un micro de karaoké pour maison de retraite scotché à un pied de lampe La hauteur était réglable avec des boites de chaussures. L’anti-pop c’était un collant avec du fil de fer. Et j’ai le déclic.

Après ça, que fais-tu ?
Tout s’enchaine. Première scènes et premières fêtes de la musique, le tout toujours dans l’Est. Ensuite je participe à un atelier d’écriture organisé par Jesers et il change littéralement ma façon d’écrire.

À quel niveau ?
Au niveau du sens. Il retourne tous les mots de chaque phrase, il cherche les doubles lectures. Il met moins en avant la technique et plus le message. J’ai beaucoup appris de lui, non seulement dans le rap mais aussi dans sa manière de se comporter par rapport au rap. Il aurait pu signer en maison de disques à quelques conditions, il leur a gentiment dit d’aller se faire mettre. C’est une démarche que je respecte parce que le rap à conditions, c’est souvent du rap de merde.

Ce projet Le Temps D’Une Cigarette était ton premier, comment s’expliquent les années de latence ?
À partir de mes 18 ans, je pars en Belgique faire mes études de bande dessinée mais ma famille sonore reste à Mulhouse. Ma première passion, c’est le dessin.

Il n’est pas impossible que tu dessines toi-même tes pochettes donc ?
C’est même moi qui fait toutes les pochettes de ASOM, mon équipe, en binôme avec mon pote Niack, qui a lâché son travail de commercial pour se concentrer sur ses toiles et le graffiti.

Pour revenir au projet, c’est quoi sa genèse ?
La genèse, c’est un ensemble de déceptions qui fait qu’à un moment, j’ai envie de tout lâcher. Je dis à DJ Cerk début juillet que j’veux faire une net-tape. Le but, c’est de dire tout ce que j’ai à dire et balancer ça gratuitement sur internet le jour de mon anniversaire, le 16 Août. On a travaillé tous les jours du 2 Juillet au 15 Août. J’avais 3 ou 4 textes complets quand on a commencé, on avait accumulé pas mal de productions auparavant. Du coup, il a fallu tout gratter et enregistrer surtout.

À la fin de l’enregistrement, tu sens que t’as réussi quelque chose ?
J’ai toujours eu une vision du rap très égoïste, c’est avant tout pour me faire plaisir. Je le dis dans La Conscience Et L’Egotrip« , c’est d’la branlette pure et dure mais sans le trip péjoratif. Et vu que je me sentais mieux à la fin qu’au début, je me dis que j’ai réussi. Ça me plait, j’assume tous les morceaux et je kiffe le rendu final. En plus de ça, il y a tous les gars de mon crew qui pète une pile sur chaque morceau et si je veux plaire à un public, c’est bien eux. Le reste, je m’en branle un peu quoi.

Vraiment ? Même quand tu vois tous les retours positifs ?
Forcément,  je ne vais pas cracher dans la soupe, ça fait du bien de voir qu’un album aussi personnel plaise à des gens qui ne m’ont jamais rencontré et qui  ne connaissent rien de ma vie. Mais ce n’est pas l’essentiel. C’est pour ça que je ne l’ai imposé à personne, comme je l’avais dit au début, j’ai partagé le truc sur mon Facebook. Ceux qui veulent le télécharger et le partager, j’en suis ravi mais je ne vais pas commencer à spammer tout le monde avec des trucs qui ne les intéressent pas forcément.

C’est assez rare comme approche. Tu n’envisages pas de sortie physique donc ?
Non, le but c’était d’abord de sortir tout ce que j’avais en tête ensuite de ne pas perdre d’argent. Et après de faire connaitre ma musique, toujours à mon échelle mais pas au détriment de l’intégrité musicale.

Et donc, t’as eu des retours positifs et tu t’es fait un nom.
Ouais, j’ai eu que des retours positifs. Le truc a bien tourné mais il faut dire que j’ai bien joué le coup, vu que je l’ai sorti le jour de mon anniversaire. J’ai profité de l’attention pour faire tourner le lien un minimum. Là, on doit être dans les 6000 téléchargements. Avec une promotion restreinte, je me dis que c’est pas mal.

Ça tourne surtout parce que c’est excellent.
Je ne comptais effectivement que sur la qualité du projet, pour qu’il vive de lui-même. Je me dis qu’il ne faut pas griller les étapes, le buzz ça s’essouffle.

Tu comptes faire des scènes ?
Oui, ça s’enchaine raisonnablement dans la région depuis l’été avec mes compères AD et Narf.

Ça permet d’en vivre ?
Le bénévolat, non. Mais à partir du moment où tu fais ça pour le plaisir, la question de l’argent ne se pose pas vraiment. Tu trouves la richesse autre part, on va dire.

Oui mais tu pourrais en profiter plus si tu en vivais.
C’est vrai mais après je pourrais rester dans mon coin toute ma vie à faire ça, j’ai jamais eu la prétention ou l’envie d’en vivre. Du coup, si la chance se présente je la saisirais plutôt deux fois qu’une mais pour le moment, ça ne me dérange pas du tout.

C’est quoi les projets maintenant ?
Il y a une mixtape sortie en format physique dans la région qui s’appelle Back Inna Dayz. C’est un projet porté par DJ Scribe avec 25 MC’s de la région qui revisitent les classiques US des années 1990. Sinon il y a mon pote AD qui a sorti sa mixtape. Et pour moi, je vais commencer un projet avec Gab de Strasbourg et Def Au Mic du Havre en 2013, ainsi qu’un petit album avec Rakma des Kids of Crackling

 

About Stéphane Fortems

Dictateur en chef de toute cette folie. Amateur de bon et de mauvais rap. Élu meilleur rédacteur en chef de l'année 2014 selon un panel représentatif de deux personnes.

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