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DF nous raconte son album, piste par piste.

Le temps d’une cigarette :
Je l’ai gratté en été 2011, en fumant une clope tout simplement sur une vieille prod de Sinsé, mon ancien beatmaker. J’ai laissé courir le stylo, c’est juste un freestyle avec une ligne directrice, ce qui peut me traverser l’esprit le temps d’une cigarette. Je kiffe ce texte parce qu’il a une histoire. Je l’ai posé pour la première fois devant mes potes à la colloc’ sur Lost Beat de Marley Marl, à la fin ils ont tous gueulés et de là on a commencé à faire des open mic à la baraque tous les vendredi avec les autres MC’s de notre entourage. Du coup, trois mois plus tard, on était à chaque fois quarante dans le salon et ça posait jusqu’à 4h du matin. Depuis on a dû se calmer à cause des voisins. Ça a pris une autre dimension grâce à la 75ème session, je l’ai posé pour mon John Doe. Vu que les gens ne connaissaient que ça de moi et que le John Doe a relativement bien tourné, j’ai choisi ce titre pour la tape. En plus de ça, Cerk a fait une prod de malade mental pour ce son.

J’vais chercher :
C’est une production d’Esprit K-zanier à 66 bpm donc du très lent et du ternaire en plus. Le son en soi était un genre de challenge. Environ 18 syllabes par mesures c’est très long et tu ne peux pas répartir les rimes comme sur du binaire. Si tu ne places pas ta respiration au pied près, ça te flingue le reste du flow sur ton couplet. Après au niveau du texte, c’est un gros pétage de câble, le genre de moment dans une vie ou t’as l’impression de ne plus pouvoir contrôler quoi que ce soit. Alors au lieu de chiâler sur un violon, je me suis dit autant se complaire dans cet état d’esprit et en profiter pour envoyer chier tout le monde. Et pour rajouter un petit truc, je fais des références plus ou moins explicite aux autres sons de l’album.

Pink T.V :
Bon alors ce texte il est parti au moment où j’ai vu Colonel Reyel et Matt Pokora massacrer une des chansons que j’ai le plus écouté dans ma vie, Angela du Saian Supa Crew. C’est un peu Plastic Bertrand et Henry Dès qui chantent du Ray Charles, ça fait pas revivre un son, ça le flingue tout simplement. C’est mon pamphlet de l’album, je ne suis personne pour donner mon avis sur les productions actuelles et ce n’est pas parce qu’on est amoureux du Hip Hop qu’on a le droit de critiquer tout ce qui se fait, mais bon… A un moment quand ça chie à tout va sur quelque chose que t’aimes, t’as tendance à t’engrainer un peu aussi. Et puis pour finir avec le sujet, si y a un truc qui m’exaspère au plus haut point c’est la musique d’industrie. Ils fabriquent des chansons « Peugeot » à la chaine  avec des pseudo artistes qui ne pourraient pas aligner deux notes sans ingénieur du son. Alors autant se foutre un peu de leurs gueules.

Français Moyen :
Dans la continuité de Pink T.V, j’ai eu l’idée de ce thème en voyant les réactions de certaines personnes devant le journal de TF1. Il s’agissait de tourner en dérision et d’étriller un peu les français, grossièrement. En gros, ceux qui avalent tout ce qu’on leur donne et prennent les informations politiques pour des vérités générales, sans chercher à comprendre quoi que ce soit. Je sais plus qui a dit si la population comprenait le système bancaire il y aurait une révolution demain matin, (ndlr : Henry Ford) encore faut il que la population cherche à comprendre. Hors en France on râle tous les jours mais on branle que dalle sur ce plan là, moi y compris : j’réfléchis pas, mais j’pense bien.

Hippopotomonstrosesquippedaliphobie :
En feat avec VALD et Gab. Au début, on ne savait pas trop ce qu’on allait faire mais c’est deux rappeurs qui me font particulièrement délirer. Et puis, on avait une saleté de production concoctée par Cerk avec une variante pour chaque couplet. Du coup, en tant que partisans d’une sous-culture d’analphabète on s’est mis au défi d’utiliser uniquement des mots de plus de trois syllabes pour les rimes et de compliquer un peu le vocabulaire. A un moment où on simplifie tout pour pas rebuter l’auditeur occasionnel, on a pris le sens inverse. C’est salaud mais si les gens comprenaient vraiment le texte, ils détesteraient le son parce qu’on se fout ouvertement de leurs tronches dedans. C’était pour pousser l’auditeur à s’intéresser au texte avant tout.

Apparences :
Un feat avec AD, membre de mon collectif ASOM. Le genre de type qui se colle parfaitement au thème que tu lui donne. Je suis venu avec une idée : deux frères, l’un a qui tout réussi, une sorte de banquier salaud qui se soucie uniquement d’arriver à l’heure au boulot et de faire des scandales quand le TGV est en retard. Et l’autre, toxico-dépressif, qui vient lui gratter de l’argent pour se payer ses doses et qui aurait avant tout besoin d’un soutien familial. Jusqu’ici le schéma n’est pas très compliqué sauf qu’à la fin le toxico se jette sur les rails du train qu’emprunte son frère, et lui ne pense qu’au retard que ça implique, sans savoir qu’il vient de perdre un membre de sa famille. C’est un story-telling et si on devait le décrire en quelques mots ce serait : la perte du sens des priorités.

Mots d’amour :
La production et le texte datent d’il y a quatre ans. Techniquement, c’est un peu en dessous de ce que je fais aujourd’hui mais le message est là. Comme n’importe quel gars de 19 ans, je me suis fait prendre pour un con par une fille parce qu’à cet âge-là, elles sont beaucoup plus intelligentes que nous. Donc j’ai essayé de lui écrire un texte auquel elle ne pourrait pas répondre. Je voulais vraiment la mettre mal. Le problème, c’est que j’avais uniquement de la matière pour 2 tiers du son, il me manquait une quinzaine de mesure pour le boucler. Du coup, j’ai attendu de tomber sur une autre demoiselle du même genre, ça n’a pas loupé et j’ai enfin pu finir mon texte.

Nuance de gris :
Le son le plus personnel de l’album. C’est mon histoire en gros. J’ai essayé de faire en sorte de tout dire sans rien dévoiler parce que ma vie n’est pas plus intéressante qu’une autre. C’était juste des trucs que j’avais besoin de sortir. Du coup, je préfère ne pas m’exprimer sur celui-ci.

La conscience et l’égotrip :
C’est un peu la rechute après J’vais chercher que j’avais écrit un jour plus tôt. Une simple remise en question après le défouloir où je me fais des reproches sur 12 mesures et auxquels je réponds point par point dans les 12 autres. Cerk a fait un gros taf sur la production : on avait enregistré sur le sample de piano puis on a structuré la prod’ en fonction du texte. On a fait démarrer le beat en deuxième partie de couplet et il a rajouté un clavecin sur le refrain.

J’m’en remettrais :
Sur une production de Rakma des Kids of Crackling. Il me l’avait proposé et j’avais accroché directement. On va dire que j’ai eu, relativement bien sûr, ma ration de baffes dans la vie et puis c’est un peu de l’auto-conviction. Quand ça ne va pas, j’écoute ce son et ça remotive. Enfin c’est l’effet qu’il me fait, c’est une espèce de thérapie.

Y a pas moyen :
C’est une production de Cerk. Je n’ai absolument rien à dire sur ce son à part que c’est un gros défouloir où tu balances toutes les frustrations du quotidien. Il y a du deuxième degré tout le long et puis on accélère le BPM parce que ça fait du bien de kicker un peu.

Poliakov :
On me dit souvent que je parle trop de meufs dans mes textes, à tort ou à raison. Du coup, j’ai écrit un texte en personnifiant une bouteille de vodka. Quand on me fait le reproche sur celui ci, je peux envoyer chier, en disant qu’il y a deux niveaux de lectures. On a encore augmenté le BPM et c’est sur une production d’Esprit K-zanier.

J’commence à peine :
Le tempo le plus rapide de l’album. Il n’y a aucun message, aucun thème. Juste du kick. C’est surtout pour les concerts. A la base, mon but c’était de montrer l’éventail de mes capacités. Dès le début avec Cerk on s’est dit : pas de limites, on fait ce qu’on aime. Et c’est d’ailleurs pour ça que je considère le truc non pas comme un album mais comme une net-tape. Il y a différents types de productions et j’ai varié les thèmes un maximum. Pour en revenir au son, même si je ne suis pas Busta Rhymes, Techn9ne ou Busdriver, je peux poser sur n’importe quoi quand même. Et puis, les potos AD et Mic L’ori m’ont bien fait kiffer sur cette production. Et en plus, Cerk nous lâche un set scratch en reprenant nos flow.

J’démissione :
L’idée est venu quand je bossais à l’usine à la chaine à trier des pièces de pare-chocs. Ça rste le taf le plus chiant que j’ai fait de ma vie, mais bon parfois t’as besoin d’argent. En plus de ça, tu bosses avec du cas social de première catégorie. Paula et Francky, le boss et le reste sont des vraies personnes. D’ailleurs, ils n’ont pas kiffé le son et je peux les comprendre. L’originalité du morceau, c’est la variante de production qui colle au texte. On alterne les moments calmes et l’énervement, ça donne de la patate au son en général et ça accentue l’interprétation. C’est certainement le titre dont je suis le plus fier.

Sac d’emmerde :
C’est une prodcution d’AD. J’en voulais une de lui sur la tape parce qu’en plus d’être un putain d’MC, c’est un très bon beatmaker. En ce qui concerne le thème, ça part d’un sac que je trimballais partout avec moi quand je faisais mes études. Un espèce de fourre-tout, où tu pouvais trouver des textes, des carnets de croquis, du tabac et surtout mes factures. Le sujet s’est imposé de lui même. J’ai invité Nob sur le son, c’est un des rappeurs qui me met la pression, j’ai pas le droit de faire un texte approximatif quand il pose parce qu’il te déchicte la prod’. Et puis vu qu’on trimballe un peu tous nos sacs d’emmerdes, j’ai demandé à Narf qui fait partie de mon collectif et à K-Rip qui a gratté selon lui l’un des meilleurs textes de sa vie sur ce son.

Course Poursuite :
Le sample du beat me rappelait un peu les courses poursuites qu’on pouvait voir dans les cartoons. D’où le titre, c’est ma course poursuite contre le temps. Je l’ai inclu dans la tape parce qu’on a tout enregistré et mixé en un mois. J’ai dû écrire plus de la moitié des textes dans cette période. C’est l’outro de l’album et je voulais vraiment qu’elle s’arrête net. Tout a été mixé et enregistré par Cerk. Pour le mot de la fin, je ne suis pas entièrement satisfait du truc mais j’en suis très fier et j’assume tous les morceaux. Place à la suite maintenant.

About Stéphane Fortems

Dictateur en chef de toute cette folie. Amateur de bon et de mauvais rap. Élu meilleur rédacteur en chef de l'année 2014 selon un panel représentatif de deux personnes.

One comment

  1. La classe j’adore ce genre de démarche, ça permet vraiment de rentrer encore plus dans la tape et de mieux comprendre certains titres ! Pour ceux qui ne l’ont pas encore, on fera comme si on avait rien vu si si vous la téléchargez dans la minute 🙂

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