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[DOSSIER] Spécial été : Fans, Starfuckeuses et Groupies, comment s’en prémunir ?

MC, tes fans n’ont pas compris que tu n’es pas un héros, ils ont cru ce que disent les journaux…

C’est l’été, et comme chaque année c’est la période où les festivals se la mesurent avec les têtes d’affiches les plus bankables. Dans ce concours des programmations les moins couillues, les rappeurs trônent désormais toujours dans le top 3 des artistes les plus bookés. En tête cette année, Big Flo et Oli avec 25 festivals. IAM et Roméo Elvis se produiront sur 21 festivals, on pourra écouter Orelsan 20 fois et Lomepal 19. Hormis le fait que ces prestations devraient les aider à couvrir les frais de carburant liés aux déplacements et ce malgré l’augmentation astronomique du prix du Diesel, je tiens à leur adresser par avance mes condoléances pour ce qu’ils s’apprêtent à vivre – ou pour ce qu’ils vivent déjà – je parle bien sûr de la rencontre, ou devrais-je dire de la collision, avec le fan.

Reconnaissants, rares sont les artistes qui taclent leurs fans parce qu’ils ont peur de perdre leur job. Parce qu’à ce jour le statut de rédacteur pour Le Rap En France n’a suscité aucun comportement régressif chez nos lecteurs, nous n’avons rien à perdre et décidons de dévoiler au grand jour ce désastre de l’humanité. Du rappeur à 1000 likes à Eminem, le fan n’épargne personne. Reportage…

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Étranger à toute notion d’amour propre ou de fierté, le fan s’est auto-disqualifié de l’appellation d’usage de « public » par son cannibalisme. Contrairement au public, composé de simples auditeurs enthousiastes participant au live d’un artiste dont ils apprécient la musique, le fan ou la groupie cherche à toucher un morceau du corps de l’artiste sur scène, de préférence le MC. Parfois le fan réussi ce pourquoi il est venu voir son Dieu personnel : à savoir lui arracher la main, faire un selfie, lui parler, l’embrasser ou échanger un rapport sexuel avec lui (objectifs tributaires de la popularité de l’artiste : plus son nom est gros sur l’affiche plus le fan revoit ses objectifs à la baisse). Le but est bien sûr la recherche d’intimité émotionnelle, physique et/ou sexuelle avec Dieu.

Comment passe t-on du gars normal qui a un minimum de savoir vivre et qui constitue le gros de ce qu’on nomme le public à ce que SCH appelle « les désaxés » ? Dans une interview il témoigne avec gêne de son malaise face aux groupies en se demandant « pourquoi moi ? Je vous ai fait quoi moi ? » Cet homme souffre, laissez-le tranquille tabarnak ! MCs ne restez plus seuls et prostrés face à la supplication carnassière de certains, il en va de votre intégrité psychologique.

Trucs et astuces de la rédaction pour cet été :

       1.  Fuyez tout court

Parce que dans l’imaginaire du fan le MC est semblable à l’astre solaire, il lui devient alors capital de s’en rapprocher. Le fan et la groupie sont des obsessionnels. Pour eux, tous les moyens sont bons pour se rapprocher de celui qu’ils transforment en proie. Plus l’artiste est populaire, plus le fan reverra à la baisse sa satisfaction. Il se contentera d’un selfie avec Joey Starr, mais cherchera à obtenir davantage d’une star locale, comme par exemple introduire sa langue dans sa bouche. Le MC élevé au rang de Dieu personnel devient un objet à avoir. Il est dépossédé de son identité intime, de sa personnalité privée, sa subjectivité devient un bien consommable. A l’extrême c’est un Stan qui exige une considération de son idole sous peine de suicide. Vous n’y êtes pour rien. Cette personne a perdu de vue que les émotions sont universelles. Son égo sur-dimensionné lui dit que les paroles de vos morceaux ne sont écrites que pour elle. Son instinct anthropophage se réveille et les tentatives pour vous approcher sont de plus en plus pressantes. Pensée émue à Christophe Willem, victime de cyber harcèlement par une groupie qui lui envoyait plus de 200 tweets par jour et contactait ses proches. Le malheureux a déposé une plainte déclarée irrecevable. A l’instar de Christophe, mais aussi de Stromae, il faut parfois savoir prendre des mesures radicales, à savoir : quitter les réseaux sociaux.

      2.   Déculpabilisez et fuyez !

Vous n’êtes en rien responsable des agissements régressifs de votre public. C’est Freud qui le dit dans son chapitre « La pulsion grégaire ».  L’individu de la masse hypnotisé par une idole c’est « l’affaiblissement du rendement intellectuel, la débridement de l’affectivité, l’incapacité à se modérer […], le penchant à transgresser toute barrière dans l’extériorisation du sentiment et à s’en décharger entièrement dans l’action »… Autrement dit vos fans se transforment en mollusques aliénés à leurs pulsions, Freud parle de façon plus distinguée d’une « indubitable régression ». On frôle le suçage de pouce, parfois sublimé en suçage de bite. Si les phénomènes de masse s’inscrivent plutôt dans la normalité, le fanatisme en revanche est « un état dans lequel le mouvement affectif isolé et l’acte intellectuel personnel de l’individu sont trop faibles pour s’affirmer seuls ». Les « désaxés » et leur vie intérieure proche du néant ne sont malheureusement pas vegan, ils se nourrissent des autres. MC tu es un casse-croûte qu’on abandonne à satiété. Vîrus le dit autrement : « ils prendraient bien un bout de ta vie mais pas ton destin ». Si ton univers fantasmatique est d’ordre masochiste et anthropophage, tu peux toujours tenter de tremper tes doigts dans le bocal des piranhas. En revanche si tu tiens à ton slip, ton intégrité morale et ta vie privée, là encore, fuis !

       3. Resserrez les rangs, protégez vos troupes et… fuyez !

Généralement les DJ et Beatmakers qui accompagnent les rappeurs sont moins exposés à la férocité des fans, mais il arrive qu’ils soient eux aussi sollicités comme moyen d’approcher la vraie cible (celui qui a son nom sur l’affiche). Dans ce cas là, le malheureux DJ est à son insu transformé en vulgaire outil de type treuil, télésiège ou canne à pêche. Face à l’adversité, la seule réponse possible est la cohésion de groupe. Effectuer un repli autistique peut s’avérer utile en cas de harcèlement post-concert. La technique du camouflage ou la formation romaine de type « tortue » pour sortir de la loge est non négligeable. En cas de fatigue ou de tension nerveuse l’activation du mode « pain dans la gueule » à déjà porté ses fruits. Rihanna, Amy Winehouse, Booba et bien d’autres l’ont testé, et Justin Bieber qui a explosé la bouche d’un de ses fans s’est vu soutenu par David Hasselhoff : « Il aurait dû mettre ce mec K.O. Les fans sont détraqués. »  Soyez solidaires entres vous et ne laissez pas la voracité du morfal gâcher la fête.

    4. Soyez flexible, faites vous plaisir

Si la majorité des fans et groupies sont un poison, il est néanmoins possible de tirer parti de votre position en obtenant des faveurs sexuelles de femmes souvent plus belles que la vôtre. Ce sont des groupies professionnelles, là pour vous servir : les starfuckeuses. Désolé aux féministes que j’entends déjà aboyer, mais « starfuckeuses » se déclinera au masculin le jour où les rappeuses auront la notoriété de Booba. Pour le plaisir d’écrire le nom de Rohff à proximité de celui de Booba, mais surtout parce qu’il a surement fait le meilleur track en hommage aux starfuckeuses j’en profite pour mettre ici  le clip dudit morceau. L’article gagnera en interactivité et vous aurez envie de lire la suite…

Bien pratique et rapidement disponible pour se mettre quelque chose sous la dent lors d’une famine affective, le physique de la starfuckeuse qui vous convoite vous renseignera rapidement sur votre degré de notoriété. C’est un excellent thermomètre à popularité, toujours prêt à rendre service. Il s’agit là d’une relation symbolique de faire valoir. La starfuckeuse baise avec une notoriété, le MC baise avec des mensurations. La pénible étape de séduction est dispensée au profit de l’acte pour lequel les deux parties sont là. Tout ceci est fort confortable, mais décevra les récalcitrant idéalistes qui attendent l’amour, le vrai.

Ils sont nombreux à s’étonner de la transition du statut de moche à désirable. De PNL « Avant j’étais moche dans la tess, aujourd’hui j’plais à Eva Mendes » à La Fouine : « J’étais moche avant, j’avais des grandes oreilles, aujourd’hui j’plais à des filles qui m’avaient recalé la veille » ; on mesure là l’utilité de la starfuckeuse qui permet aux physiques les plus ingrats un épanouissement sexuel inespéré. Parce qu’il faut un tempérament de « killer » boobalien pour ne perdre aucune plume dans l’étreinte charnelle échangée avec la starfuckeuse, leur consommation est néanmoins déconseillée aux sensibles.

A l’image de Nekfeu que les groupies lassent, d’Orelsan qui ne veut pas d’une sale groupie ou de N.O.S qui craint d’être condamné à baiser des groupies, si pratiques soient-elles la starfuckeuse et la groupie ne constituent qu’une maigre pitance. Oubliez les Astrid Nelsia si vous êtes idéaliste et reportez vous aux solutions précédentes : courez.

Parce qu’il y a statistiquement plus de chances que ce papier soit lu davantage par les cinglés dont il est question ici que par les premiers concernés occupés à courir les routes qui les mènent sur scène, un mot tout particulier à toi le fanatique et à toi la groupie qui n’a pas cliqué sur ce lien sans raison… Les temps sont durs pour tout le monde. Dans cette société de masse tu peines à trouver une identité et tu te sens noyé dans une insupportable insignifiance ? Tu éprouves  une profonde inconsistance quand tu penses à toi-même ? Tu regrettes que le monde tourne de la même manière avec ou sans ta présence sur Terre ? Rassure-toi c’est normal, l’humain et Kacem Wapalek ont du mal avec leur condition d’entité négligeable. Nulle solution demeure dans le parasitage de l’existence d’un autre. Aucune voie n’est la bonne alors trouve là et laisse SCH tranquille au chaud dans tes fantasmes et ton jardin que je te conseille de garder très secret parce qu’apparemment c’est pas joli-joli. Penser que l’autre détient la solution de la vie, le mode d’emploi de l’épanouissement, c’est promettre son existence à un assujettissement volontaire. A moins que tu n’aies le plan de carrière d’un épagneul breton, il est préférable de chercher la solution en soi-même ou dans l’alcool. C’est à Gandalf que je laisserai le mot de la fin : qui brise quelque chose pour découvrir ce que c’est, a quitté la voie de la sagesse. Amen.

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About Ana Ravat

Je suis nulle en solfège, j'ai aucun talent musical, j'écoute beaucoup de rap sans jamais acheter un CD et quand je vais en concert c'est que j'ai un plan pour des places gratos. Face à l'inconfort psychologique et à l'immoralité d'une telle situation j'ai décidé de réduire les tensions névrotiques inhérentes à ceux qui prennent sans jamais donner. Me voici, me voilà, profitez-en!

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