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[Interview] Espiiem : « Je suis en train de me bâtir, de me construire. »

Donc, tu peux nous l’expliquer la pochette ?
J’ai fait appel à un étudiant en Beaux Arts. À l’écoute des morceaux, il a fait des collages. C’est un beau produit. Il y a dix morceaux, une illustration par morceau, avec les paroles. Chaque image a un sens, elle correspond au morceau, mais on ne lui a pas donné de directions précises dans le choix de ses collages. Il y a du sens pour lui et après c’est à chacun de se faire son propre sens. Il y a un texte très particulier. Ça ne veut rien dire, les gens vont ressentir selon leur interprétation. Je ne peux pas te dire « ça, ça veut dire ça ». Il faut faire l’effort. Pour revenir sur le produit intello, c’est un truc que je kiffe à fond. Sans prétention aucune, c’est un projet, en tout cas dans le rap, qui n’est pas commun. Et, je pense, que même si c’était un autre artiste qui l’avait fait, je l’aurais soutenu parce que ça nous sert d’avoir un truc comme ça, différent au niveau de l’imagerie. Je suis content d’avoir poussé le truc aussi loin, d’apporter une vision différente. Pas intello, différente. Certains vont le ressentir, d’autres pas.

Tu nous as pas mal dit comment tu te différenciais. C’est tout selon toi ?
La voix déjà. J’ai une voix caverneuse, différente. J’ai aussi la chance, par le travail, de pouvoir m’adapter à tous types d’instrus. Sur des instrus lentes, je peux rapper vite, sur des instrus rapides, je peux rapper normalement. Comme je me creuse pas mal la tête sur les textes malgré tout, je pense qu’ils sont bien travaillés. Je me différencie par le point de vue, par l’imagerie. Tu vois, je ne suis pas en gros plan sur la pochette, je suis absent. Mon nom est en petit. Le travail qui est mis en avant, c’est celui de l’artiste. Mais pareil, d’un côté, je cherche à ma différencier par la musique, mais d’un autre c’est une aspersion qui m’est naturelle.

Ton flow est apaisant.
Cool. C’est bien. Le rap et la musique que j’écoute sont souvent apaisants donc je suis content que ça puisse apaiser. Il y a paix dedans. Dans ce projet, il y a quand même des morceaux pêchus Paso Doble et Kilimandjaro. Il y a quand même des sonorités jazz, c’est apaisant, mais il y a quand même quelques pics pour te réveiller un peu, après j’apaise à nouveau. On est sur quelque chose d’assez planant, d’où le nom. Être un peu plus colérique sur deux ou trois morceaux, ça fait du bien.

On a évoqué ton évolution, ton flow et ton choix d’instru. Est-ce que tu te considères comme un MC complet ?
Je travaille constamment pour essayer de l’être parce que c’est de cette manière là, que l’on peut montrer notre talent, nos compétences, que l’on peut s’adapter à plusieurs styles de musique. Maintenant, grâce à mon parcours, quelqu’un qui va écouter ma musique, sans me connaître personnellement, il pourra dire « Ok, Espieem il est à l’aise sur plusieurs types » donc dans ce sens-là, on pourra dire que je suis un MC complet. Il y a toujours des nouvelles sonorités qui arrivent, c’est un travail perpétuel. Mais, en tout cas, dans mes aspirations, dans mon parcours, je pense que je démontre que je suis un MC complet.

Haute Voltige est très attendu, tout le monde te cite comme une référence, comme quelqu’un à suivre, ça te met la pression ou au contraire c’est une émulation assez positive ?
À mon échelle, ça me met une bonne pression. Je reste quand même une personne assez underground. Pour pouvoir connaître ma musique, il n’y a pas 36 manières. Ça va être le bouche à oreille, je ne passe pas dans les grands médias, dans les grandes radios, donc les personnes qui vont faire l’effort de m’écouter c’est soit parce qu’un ami leur a conseillé, soit parce qu’ils vont aller chercher à droite à gauche. Donc, je bénéficie d’un public qui est assez confidentiel mais qui est très puissant, très fort. Quand les gens me disent qu’ils l’attendent, ça me touche et ça ne met pas une pression négative, au contraire. C’est un genre de respect mutuel et implicite entre l’auditeur et moi. Moi, je me donne à fond sur les projets, sur chaque morceau. Les auditeurs le savent donc ils l’attendent et c’est cool. Ça me booste. Je redouble d’efforts pour leur donner un truc encore plus puissant, plus différent pour les surprendre. C’est dans ce sens-là que ça me plait particulièrement. Je ne marche pas à la pression, sinon je ne serai pas là. C’est avant tout un plaisir. Quand les gens te reconnaissent dans la rue et t’encouragent, il n’y a rien de plus fort. Si tu arrives à toucher une personne, pour moi tu as rempli ta mission. Très attendu, peut-être pas. Il est attendu par les personnes qui me connaissent déjà. Malgré tout, il faut quand même que je fasse mes preuves, je n’ai pas sorti énormément de projet. Ils ont confiance, mais il faut que je fournisse des preuves. J’espère que ça va prospérer si ce projet prend la forme qu’il mérite. J’espère que le public va encore grandir,  le bouche à oreille va continuer. Ce sera d’autres personnes à convaincre. Donc émulation positive.

Tu es le premier album sorti sur le 75e session Records, est-ce que tu peux en parler un peu ?
C’est bien, c’est une expérience. Eux comme moi, ça nous permet de faire face au monstre qu’est l’industrie et essayer de jouer des coudes pour que le projet ait la visibilité qu’il doit avoir. C’est un très beau premier projet, j’en suis très satisfait. Tu as plein de majors qui ne font pas cet effort là. Il faut du temps pour faire un projet. Il faut que chaque balise soit remportée avec succès. Quand à la fin, tu as un projet comme Haute Voltige, qui est aussi complet, c’est une satisfaction. J’espère qu’ils vont réussir à prospérer et qu’ils vont signer pleins d’autres artistes talentueux.

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