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[Interview] Espiiem : « Je suis en train de me bâtir, de me construire. »

Il n’y a pas de featurings dans le projet ?
Dans le morceau Kilimandjaro, il y a une petite intervention de L’Étrange parce que je reprends un gimmick qu’il avait fait dans un freestyle « Laisse-moi prendre de l’altitude » donc il intervient mais il n’y a pas de featurings sur le projet. Ça peut paraître risqué parce que l’on est dans une ère où, pour les premiers projets, le nom de l’artiste est occulté par tous les gros featurings. Mais ça faisait aussi partie de la démarche. Là, pour le premier qui sort dans les bacs, je dois affirmer vraiment mon style, une ligne forte. Pour les projets qui suivront, pas de problème pour mettre des feats, des collaborations avec d’autres rappeurs, mais pour le premier, il était important d’imposer ma ligne forte en solo.

Comment tu vois Haute Voltige ? C’est terminé ? Qu’en as-tu appris ?
Ce n’est que le début. Il y a des concerts qui arrivent. Ce projet n’est pas ancré à une date. À la base, c’était vraiment par passion. Puis, on a atteint un certain niveau, une certaine forme de public. Le CD physique est quand même perçu comme un accomplissement, donc en ce sens c’est une finalité de l’avoir. Sur le projet, je ne marche pas vraiment aux regrets. Même si c’est le premier projet qui sort, j’ai malgré tout un parcours assez long derrière. Je connais pas mal d’ingé son, je sais quel choix faire grâce à mon bagage. On peut toujours progresser dans l’aspect promo, pas forcément dans l’aspect musique, mais plus dans l’encadrement du projet. Comme on combat avec des armes qui sont plus modestes que les grandes majors, il faut vraiment être carré. C’est sur ce point qu’il faut qu’on progresse à chaque fois. Mais je n’ai pas de regret. Le projet est ce qu’il est et il me plait. Tu imagines si je sortais un projet que je n’aimais pas, qui ne me correspondait pas ? Comme je dis, quand tu fais les choses avec le cœur, avec passion, tu ne peux pas le rejeter. c’est quelque chose qui te correspond. Il a vraiment été fait avec la meilleure intention possible.

Je t’ai vu sur scène au Petit Bain, je ne te connaissais pas vraiment à l’époque, tu as mis le feu. Comment tu vis la scène ? C’est une sorte d’aboutissement ?
Ce n’est pas un aboutissement parce que j’apprécie aussi beaucoup le studio. Mais la scène, j’y prends beaucoup de plaisir. Ça me plait, je suis backé par mes potes. C’est un truc collectif aussi, tu peux découvrir d’autres personnes. Tu as la relation directe avec le public. Tu dois capter l’attention. Quand tu arrives à être en phase, ça ne se fait pas instantanément, les morceaux prennent une dimension toute autre. C’est vraiment quelque chose qui compte pour moi. Le projet va être défendu avec des musiciens, donc on va apporter une touche différente. C’est un moyen de présenter les morceaux que les gens peuvent connaître en se mettant en danger et en apportant quelque chose d’autre. Un véritable plaisir.

Tu te tiens assez éloigné du milieu hip hop parisien et particulièrement des évènements. Pourquoi cette discrétion ? On peut presque faire le même constat sur les réseaux sociaux où tu sembles moins actif que d’autres.
Certains vont penser que c’est par snobisme mais c’est vraiment par rapport à ma propre personnalité. Je produis beaucoup de rap, j’en écoute énormément. Je prends plus de plaisir à être avec mes amis, à chiller à droite à gauche qu’à aller dans des concerts rap. Malgré tout, ça ne m’empêche pas d’avoir une certaine visibilité parce que je suis en adéquation avec moi-même. Les gens ne sont pas dupes. On a eu trop tendance à faire passer les auditeurs pour des cons. Quand les gens sentent que tu es naturel, ils te soutiennent. C’est un crédit supplémentaire et c’est ce qui joue en ma faveur. Je n’ai pas à aller me montrer, à faire une photo avec je ne sais pas qui. Je fais mon truc, les gens respectent ça. Je ne suis en froid avec personne dans le rap, c’est juste que ça m’ennuie un peu. Je vais passer pour un mec chiant ! (il rit). C’est comme dans tout milieu, même dans le rap, il y a des mondanités. Le dernier concert que je suis allé voir c’était Christian Scott, un trompettiste, ce n’est même pas du rap. Si j’avais un concert de rap à voir, ce serait quoi ? Ca ne serait même pas du rap français, je crois.

Si tu devais donner des conseils à un débutant, qu’est ce que ce serait ? Qu’est ce que tu lui suggèrerais de lire, voir, écouter ?
Je lui dirais d’avant de vouloir trop vite être rappeur ou artiste de vraiment se bâtir une forte connaissance artistique. Qu’il fasse l’effort de découvrir les différents styles de rap, les différentes époques. De cette manière là, il pourrait puiser dans tout ça pour vraiment créer son propre truc. Malheureusement, on est dans une ère où les artistes veulent aller trop vite sans vraiment prendre le temps d’avoir une assise véritable dans leur domaine. Pour connaître vraiment la direction qui leur plait le plus, ils ont très peu de modèle, parce qu’ils n’ont que 4-5-6 groupes de référence. Donc, je lui conseillerais vraiment de faire l’effort avant de se précipiter. Il faut aussi élargir ses musiques, pas uniquement du rap si tu es dans le rap, tu peux écouter de la soul, de la musique classique, du jazz, du rock. Il faut se nourrir un peu de tout ça.

Et toi, tu écoutes de tout ?
Je n’écoute pas de tout, mais beaucoup de styles de musique différents. Ça va du jazz, que j’aime énormément, au classique en passant par la musique sud-américaine, l’orientale, du rock aussi et énormément de rap. J’écoute vraiment des musiques très variées. Ça permet de redécouvrir des musiques que tu aimes bien. J’écoute aussi de la deep house.

En mot de la fin, qu’est ce que tu aimerais dire aux gens qui te suivent ?
Je les remercie. Ceux qui me soutiennent, ceux qui me découvrent là en ce moment ou ceux qui me suivent depuis le début. J’espère que les morceaux qui suivront leur plairont tout autant. Par la suite, j’arrive avec d’autres MCS que je trouve super forts. J’espère qu’ils leur plairont et qu’ils découvriront encore d’autres personnes.

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