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[Interview] Hologram Lo’ : « C’est par passion avant tout. »

Hologram Lo’ fait partie des beatmakers sur lesquels il faut miser aujourd’hui. Exigeant et modeste, le producteur attitré de 1995 est un hyperactif de la MPC. Il compose également pour d’autres projets comme sa collaboration avec Lomepal et Caballero sur le Singe Fume sa Cigarette ou sa récente actualité, son EP commun avec Georgio. Entretien.

Comment t’es-tu mis au beatmaking ?
Lo : Depuis longtemps avec les logiciels DJ. Quand j’étais au collège, on m’avait prêté ça. J’ai testé tranquillement la version gratuite, je ne m’y étais jamais mis réellement. Et, en 2010, j’ai acheté ma MPC d’occasion et je m’y suis mis. Donc, ça fait trois ans que je suis dedans réellement. Il n’y a pas vraiment eu de manière, je me suis mis les mains dedans à fond et voilà.

Le rap a-t-il toujours été l’idée ?
Lo : Oui, parce que, au final, quand tu es beatmaker, c’est plus facile d’accès. Et surtout, parce que depuis que je suis gamin, je suis un grand amateur de rap. C’est par passion avant tout. Je voulais rentrer dans ce milieu-là.

Quelles sont tes inspirations ? Ton univers de prédilection ?
Lo : J’écoute plein de trucs. Principalement du rap, mais j’écoute aussi beaucoup d’électro, d’Allemagne par exemple, de la scène française, du rock, de la soul. Vu que je fais du sample, je suis obligé de taper dans tous les univers, même de la musique latine … Sinon, les beatmakers qui me gifleront toujours c’est Alchemist, Marco Polo, J Dilla, Premier, Pete Rock. Beaucoup de mecs. 20 Syl en France, Dj Sek.

Comment travailles-tu d’un point de vue matériel et technique ?
Lo : C’est au feeling, de l’écoute. J’ai un disquaire, j’y vais une fois par semaine ou toutes les deux semaines. Dès que j’ai le temps j’y vais, je me pose pendant une heure. Je prends une pile de vinyle. Ça peut être tout et n’importe quoi. Je retiens, je note, je les achète. Et je bosse direct à la maison. Il n’y a pas vraiment de trucs. Parfois, tu as un pet de folie et tu te dis Non, ça, je ne vais pas le mettre là et ça fait des trucs. Ce n’est pas vraiment explicable.

Un de tes derniers coups de folie par exemple ?
Lo : Il date d’il y a une semaine et c’est un truc qui sera sur mon EP. Elle sonne électro et franchement, pour le coup, c’est de la folie.

Comment définirais-tu tes prods, leur sonorité ? J’ai lu le mot aquatique.
Lo : Je n’en ai pas. En fait, le problème, c’est que je n’excelle pas dans un truc. Je peux toucher à tout, mais je ne serai jamais une pointure dans un truc. Oui, l’univers marin me fait rire, mais c’était un peu une connerie.

Ça fait longtemps qu’on entend parler de ton EP. Es-tu exigeant envers ce que tu fais ? Est-ce la raison pour laquelle il n’est pas encore sorti ou par manque de temps ?
Lo : C’est les deux. J’ai eu une première version de prête. Je l’avais fait écouter à plein de gens, ils me disaient que c’était cool, donc je me suis dit que j’allais le faire écouter à des professionnels de la musique. Je suis parti voir mon éditeur, qui lui écoute de la musique tous les jours. Il m’a dit que ce n’était pas assez équilibré. Ce rendez-vous m’a permis de prendre du recul là-dessus et de me rendre compte que ce n’était pas ce que je voulais. J’ai tout viré et j’ai recommencé. Là, j’arrive encore à quelque chose, j’espère que ce sera la bonne. J’espère le sortir en septembre-octobre, mais bon… Je n’en ai vraiment aucune idée.

Est-ce que tu te vois continuer dans le rap ou t’ouvrir vers l’électro ou autres ?
Lo : Je veux continuer dans le rap, à fond. Mais bosser avec un groupe de pop, de rock, bosser avec un artiste électro … Le jour où ça va se présenter, il ne faudra pas s’étonner de voir Hologram Lo’ avec un groupe de pop. Le rap, ce n’est pas la seule musique que j’écoute, et donc, ce n’est pas la seule musique que je vais faire.

Vas-tu te mettre à rapper ?
Lo : Non ! C’est simple, clair, net et précis.

Mais tu aimes écrire ?
Lo : Oui et encore. En fait, j’ai vu des commentaires et des analyses de ce que j’avais écrit et ils m’ont dégouté. Depuis que j’ai vu ça, je n’ai plus gratté une rime. J’ai vu un site, dont je ne citerai pas le nom, qui analyse. Ça dénature tout ton truc. « Ha, c’est ça que j’ai voulu dire, bon, bah autant ne pas rapper ». C’était plus des commentaires aussi, sur Youtube.

Te verrais-tu t’exporter à l’international ?
Lo : Vu que je fais de la musique, il n’y a pas de frontières. Tu vois des français comme Onra, qui joue à l’international. C2C, c’est le meilleur exemple actuel.

As-tu déjà eu des contacts ?
Lo : Oui. Je suis un gros fan de Joey Bada$$ et des Pro Era, un crew de Brooklyn, qui commence à bien prendre du poids. Je leur ai envoyé des trucs et ils ont tous kiffé, même le manager, et voilà, ils ne te donnent pas de nouvelles. Ils te laissent en chien. C’est un truc que je déteste, sachant que j’ai plein de potes qui rappent et qui n’attendent qu’une chose, c’est avoir des prods.

Et donc, dans l’idéal, tu aimerais produire pour qui ?
Lo : En 2012, il y énormément d’Américains qui sont arrivés et qui ont remonté le rap. Des grosses têtes : Action Bronson, 2 Chainz, les A$AP. Avec Flav à New York, on a eu la chance de rencontrer un des mecs des Asap. Danny Brown défonce. Mac Miller aussi. Il y en a plein.

Et en France ?
Lo : Il y a des gens que j’écoute depuis leur premier truc et leur dernier album, j’écoute encore : Lino. C’est Georgio qui m’a remis dessus. J’étais un fan d’Ärsenik et il m’a poussé à réécouter. Joke, je kiffe son délire. 3010. Je ne cite pas les gars de mon entourage, parce que je pourrais travailler avec eux. Nemir, je sais qu’il travaille vraiment avec ses gars. C’est cool, parce que ça lui donne vraiment un univers. Je le connais très bien, c’est un pote. Le jour où je vais prévoir un truc pour Némir, il faudra vraiment que ce soit parfait, qu’il n’y ait rien à redire, parce que c’est vraiment un mec avec qui j’ai envie de bosser.

Combien de temps ça te prend de faire une prod’ ?
Lo : Ça dépend. Saleté de rap, je l’ai faite en une demi-heure, 3/4 d’heure. Des prods comme Soleil d’Hiver ou l’intro de l’EP, ça m’a pris des jours. Je ne fais pas que ça, mais genre je me mets 4-5 heures dessus et puis j’écoute, je rajoute un synthé, j’enlève ça… Ça peut prendre énormément de temps.

Est-ce que tu fais les mix aussi ?
Lo : Je m’y suis mis. Sur mes prods, je commence tout juste à pré-mixer. Je ne viens pas du tout du son, moi, à la base. J’ai commencé avec cet EP, à faire mon propre truc. Mais, après c’est La Rue du Bon Son qui a mixé tout le projet.

Joues-tu d’un instrument ? Tu aimerais ?
Lo : Non, je n’en joue pas. J’aimerais bien apprendre, mais je suis incapable. J’ai un gros problème d’attention et de concentration. J’aimerais apprendre la guitare. C’est bien pour les filles. Moi, je n’ai pas besoin, je dis que je suis DJ Lo de 1995 et ça marche direct (rires).

Et où en es-tu dans le scratch ?
Lo : Ohlala ! C’est pour ça que je ne m’appelle plus DJ Lo. J’ai lâché l’affaire. Je valide le scratch. C’est un pratique monstrueuse, trop chaude, c’est spectaculaire, mais c’est pareil, ça demande un apprentissage de longue haleine. Je n’ai pas la flemme. Pendant deux-trois ans, je m’y mettais, j’essayais de travailler, mais je suis nul. (Georgio précise que Lo a fait les scratch de Saleté de rap). C’est rien. Ils sont à leur place, mais techniquement, ils ne valent rien. La phase des mecs du 113 qu’on a samplé, ça défonce à la fin du morceau, mais ce n’est pas fou.

Es-tu toujours dans Jihelcee entreprise ?
Lo : Oui, oui, j’y suis toujours. C’est le label de Areno Jaz, moi je fais partie de l’équipe. C’est à dire qu’il produit des rappeurs avec La Rue du Bon Son, des mecs de Paris Sud. On a comme projet de sortir une mixtape Hologram Lo’ 100 %, avec uniquement des beats. Je fais mon truc en solo. Je vais peut-être monter mon propre label, je ne sais pas, mais en tout cas, je fais partie de la team de Jihelcee.

Tu ne mixes pas trop dans les soirées, pourquoi ?
Lo : C’est parce que je me suis retrouvé à des soirées, même si au final, je voyais que les gens kiffaient, ils me remerciaient à la fin du set, je rentrais chez moi, j’étais déprimé. En fait, ça me soûle. Je kiffe être en soirée avec des potes, avoir un bon Dj qui mixe, mais moi ça ne me va pas. Mais, actuellement, je travaille un live solo de beatmaker, que ce soit moi à 100 %. Si tu montes derrière les platines, essaies de faire des trucs, des scratch. Ça c’est bon, ce n’est pas pour moi. Je reste là où je suis bien.

Quels sont les sons dont tu es le plus fier ?
Lo : Flingue Dessus de 1995, Saleté de Rap de Georgio, parce qu’on a un bon clip aussi. Ma Réussite de Lomepal et Caballero. Renegats de 1995, l’instru tue, mais au final, le morceau a un problème. On a eu un souci au mix, c’est à dire que le début du couplet de Sneaz, on ne l’entend pas, ça a un peu tout cassé, mais c’était de notre faute.

1995 reste ta priorité ?
Lo : On travaille sur un deuxième album, tout doucement. Histoire que chacun s’aère l’esprit, qu’il aille voir un peu à droite, à gauche. 2014, je pense qu’on essaiera de sortir un nouveau truc.

Quelles ont tes références culturelles ?
J’aime beaucoup le cinéma : Spike Lee, Wes Anderson et j’aime aussi des gros blockbuster. Je vais voir Iron Man 3, je kiffe les Marvel en général. Koutrajmé, Kim Chapiron, Mathieu Kassovitz. J’ai arrêté de lire avec l’école. Je ne le cache pas. Beaucoup de séries télé, beaucoup de magazines, mais pas de livres malheureusement. J’étais un gros lecteur en plus au lycée. Je lisais beaucoup.

Entretien réalisé par Mandarine.

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