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[Interview] Mitch Olivier (2/2) : « La musique c’est organique, ça provoque des émotions. »

Vous pouvez retrouver la première partie de cette interview ici.

Comment s’est passée votre collaboration avec Doc Gyneco ?
Première Consultation est quand même un album clé dans l’histoire du rap français. On avait fait plein de remix comme Né Ici, après ils avaient rajouté Ma Salope à moi. On l’avait fait pendant Les Liaisons Dangereuses. Première Consultation est vraiment une étape dans le rap. Il y avait un truc nouveau qui se passait. Ensuite, Bruno a fumé son cerveau. Il a coupé les liens avec une famille, le Secteur A, le Ministère Amer, ses amis, avec qui il a grandi. À la base, il faisait juste les backs pour le Ministère AMER et c’est lui qui a déclenché tout le reste, l’histoire du Secteur A et ce qui en a découlé, les Arsenik etc. Il était partout. Le problème est qu’ils ont fait un peu comme les maisons de disques, ils l’ont pressé comme un citron. Il était dans tous les morceaux. Il n’a pas fait que des bonnes rencontres. Un coup il était avec Sarkozy, un coup avec machin. Il a commencé au top et il est descendu doucement. C’est le toboggan.

Avez-vous des regrets dans votre carrière ?
Non, parce qu’il y avait des choses que je ne pouvais pas refuser. J’ai refait mon site et j’ai glissé Ces soirées-là de Yannick, entre Lunatic et JazzMatazz. Ca veut dire que j’assume. L’année où j’avais fait le premier album de Soprano, j’avais fait Kamini aussi. Je fais le grand écart, je m’en fous. Le manager c’était Myspace. Il m’avait envoyé un mail, c’était mon CV qu’il préférait. Il m’avait mis le genre de clip, je ne connaissais pas. Ça m’a branché et maintenant j’ai un disque de platine à la maison. On avait fait un album qui avait un peu moins bien marché, mais j’avais l’impression de mixer l’inspecteur gadget. C’était rigolo. Ce qui est moins rigolo, c’est qu’il avait un buzz en indé, et dès qu’il a signé chez Sony, le buzz s’est arrêté. Ça veut dire qu’il y a un problème quelque part.

Quel est le problème dans la musique ?
Dans la musique en général, ça tire vers le bas. Pourtant, cela serait si simple de penser un autre modèle. Quand j’étais petit, il y avait des James Brown, Marvin Gaye ou Stevie Wonder dans le même mois. Ces disques, je les écoute encore aujourd’hui. Ce serait facile de signer des bons artistes que les gens vont acheter. Amy Winehouse en est le meilleur exemple. Elle a fait un album incroyable et tout le monde l’a acheté.
Il y a des trucs qui me font pleurer. Le jour où j’ai mis tout Stevie Wonder dans mon ipod, le soir, j’étais joyeux. Cela provoque des émotions. Quand j’écoute Hurt de Johnny Cash, je pleure. C’est triste. C’est ce que ça provoque. La musique c’est ça, c’est comme un film. Ça les véhicule. Maintenant, tout est estompé, fait à la va-vite. Aujourd’hui, il y en a qui chantent vraiment mal. Auto-Tune a été fait pour arranger un peu les gens qui ne chantent pas terrible. Quand certains chantent, il y a un drapeau blanc qui sort, parce que, même lui, il ne sait pas quoi faire. C’est horrible.

N’est-ce pas une question de génération ?
Pourquoi les jeunes achèteraient des disques où il y a un ou deux titres qui sont biens ? Il y a toute une éducation à refaire. Ce que je vois à la télé ou le peu que j’entends à la radio, c’est franchement mauvais. Le problème est là. Cela serait si simple de leur faire des bons disques, que les maisons de disques signent des vrais artistes qui nous mettent le poil. La musique c’est organique, ça provoque des émotions. Quand tu entends Skyrock toute la journée, il ne se passe rien. C’est aussi bête que ça. Que t’écoutes de l’électro, du rap, du rock ou du métal, il faut au moins que ce soit bien. Il y a des trucs qui font l’unanimité. Pour revenir à Amy Winehouse, j’étais vraiment triste parce que je me suis dit qu’on venait de perdre quelqu’un qui aurait pu faire quelque chose pour le business.

Les maisons de disques ont-elles un problème à s’adapter aux nouveaux enjeux ?
Oui, je pense qu’il y a un truc qu’elles n’ont pas réussi à trouver. Parfois, il se passe des choses, mais c’est souvent malgré eux. Ils n’ont pas encore trouvé les clés pour s’en sortir. D’ailleurs, plein de gens survivent sans eux.

Pour en revenir au côté pratique, quels sont les liens entre les maisons de disques, les studios, les artistes et les ingénieurs son ?
Avant, je travaillais dans plusieurs studios. Il y en a pas mal qui ont fermé. J’aime bien bosser ici (ndlr : Twin Studio) et c’est à cinq minutes de chez moi. Je connais vraiment cet endroit par cœur. Je travaille ici depuis les années 90. C’est l’artiste qui loue le studio ou la maison de disque. En général ce sont les artistes qui ont envie de travailler avec moi qui m’appellent, ou leur manager. Et après, ils me mettent en relation avec les maisons de disques si ce sont elles qui paient. Par exemple, j’avais rencontré Seth Gueko avec qui je me suis éclaté. C’était le DA d’EMI qui m’avait appelé pour que je travaille sur le projet et que j’apporte mon savoir-faire sur quelques titres. Ça m’a permis de le rencontrer et de vraiment l’apprécier. Il n’y a pas de formule précise finalement.

 

Y a-t-il une certaine concurrence entre les différents ingé ?
Je ne sais pas. Je ne m’occupe pas trop de ça. Il y a moins de concurrence entre les studios maintenant. Chacun essaie de sauver sa barque. C’est vraiment dur depuis deux ans parce que, je crois, que mêmes les maisons de disques n’ont plus d’argent. Le problème, maintenant, c’est qu’avec toutes les nouvelles technologies, les Pro Tools, n’importe qui peut essayer. C’est là que ça se passe, ils mettent deux effets et ils se prennent pour Quincy Jones. Le problème n’est pas là. J’ai pas mal d’amis qui font du mastering et qui m’ont dit qu’ils recevaient des productions de mauvaise qualité. Il y a beaucoup d’ingénieurs qui tournent et qui ont été mes assistants, donc c’est rare que l’on ne soit pas potes. Les autres, je ne m’en occupe pas. J’ai passé l’âge.

Quel est concrètement votre rôle dans la collaboration avec les artistes ?
Le terme anglais c’est producer. Il y a un peu une ambiguïté sur le terme en français parce que quand tu es producteur, c’est plus un point de vue financier. En fait, quand tu es producer en anglais, tu es réalisateur artistique et en France, quand tu vois réalisé par, cela veut dire que tu es responsable, que l’on te confie le titre. J’ai les deux casquettes, celle de réalisateur et celle d’ingé-son mixeur. Quand tu es réalisateur, tu peux voir avec l’artiste les structures du morceau, les tonalités, faire le casting des musiciens. Si tu es aussi prod-éxé, tu organises aussi les séances, tu diriges les voix. C’est assez complet. Quand la maison de disque veut parler de l’album artistiquement, c’est avec l’artiste et le réalisateur. Ce n’est pas toujours évident de réaliser et de mixer parce que souvent tu as écouté les morceaux pendant des mois, des semaines, et à la fin il faut prendre une décision. J’arrive à m’en sortir pas trop mal. Sinon, quand tu es juste ingénieur ou mixeur, cela peut se passer de plein de manières différentes. C’est bien d’arriver sur un projet les oreilles fraîches, comme sur celui du S-Crew. Tu deviens mixeur alors les artistes te confient le morceau. Ils sont là parce qu’ils ont confiance en toi. Tu vois les petits détails. Moi je suis comme ça, si quelqu’un vient tous les jours pour que je mixe son album et qu’il a toujours quelque chose à redire comme je n’aime pas trop la caisse claire, là ou autres, c’est qu’il n’est pas fait pour travailler avec moi. Il faut me faire confiance et il faut que l’on ait les mêmes affinités, les mêmes goûts. Un moment, on a plus besoin de se parler. Si il y a un truc qui ne va pas tous les jours, c’est qu’il faut voir quelqu’un d’autres. L’alchimie n’est pas bonne.

 

Que ce qui vous attire dans le rap d’une manière générale ?
Au début, ce que j’aimais bien dans le rap, moi je suis plutôt rock’n’roll, c’était une attitude, une culture. C’est comme le pop art à une époque. Ça peut être du graff, de la danse.  Pour moi, le rap, c’est surtout des jeunes mecs qui se sont mis à s’amuser avec la musique. Je suis un fan de The Tribe Called Quest. Par exemple, eux, je ne sais plus quel âge ils avaient à l’époque, mais pour moi, ils ont fait prendre 10 ans à Prince qui était au dessus de tout le monde. Il contrôlait la situation et ces gens-là sont arrivés. D’un seul coup, tu écoutes Prince et tu te dis que c’est devenu chiant, même si je l’adore. Le rap, ça peut me speeder. J’ai travaillé un peu avec Guru, Das EFX, j’adore Redman. Le premier Wu-Tang, on se l’est pris comme une claque. Il y a du swing, un truc nouveau qui est arrivé, qui a fait du bien, vraiment. Après il y a les dérivés, c’est comme tout. Il y a dix trucs qui sont biens pour quarante autres qui sortent.

Et dans le rap français ?
Il y a des gens que je respecte. Il y en a beaucoup, comme Oxmo, NTM. J’aime bien les débuts de Booba, parce que j’y ai participé. Temps mort par exemple, que j’ai fait et que j’aime. C’est le début de quelque chose. Maintenant, quand je vois ce qu’il fait, je trouve que l’on dirait une parodie de lui-même. Il doit kiffer, tant mieux. Les clashs, ce que l’on voit sur Youtube etc. … Je ne comprends pas ce qu’ils font. La meilleure promo qu’il pourrait se faire, c’est de faire des bons albums. Si un jour, Booba fait un deuxième Temps Mort, je ne vois pas ce que l’on pourrait dire derrière. Il sait où me trouver. J’ai croisé une fois Booba ici dans le couloir. J’étais un peu sorti du truc et les mecs de 1995 et du S-Crew, c’est une fraîcheur qui arrive, tant mieux.

Pensez-vous que cette effervescence est annonciatrice d’une bonne période ?
J’espère vraiment. J’ai vu Nemir. Ça s’est super bien passé. On veut bosser ensemble. C’est marrant, il me rappelle un peu Soprano au début. Dans la voix et dans l’accent, c’est quand même des trucs où il y a un peu plus de soleil qu’ici. Tu sens qu’ils sont gentils. Il y avait un respect pendant l’album de S-Crew qui était terrible. Il y avait plein de monde, L’Entourage, tous les potes. Ils savent que moi j’aime bien bosser tranquille, donc, dans le salon, le couloir, la cuisine, c’était le bordel et dans la cabine cool. On avait prévu que l’on faisait de temps en temps une écoute. C’était un peu la récréation, tout le monde venait et on écoutait à trente dans la cabine. Tout le monde était content donc c’est la meilleure des stimulations.

Enfin, quels sont vos projets ?
Là, dans les projets à venir, il y a l’album de L’Entourage. Je vais avoir du boulot, ça a l’air d’être un gros bordel, mais les gens sont cool donc ça va. Il y a un petit groupe qui est venu, ils ont fait deux titres avec S-Crew, Les Super Social Jeez. Les deux titres sont super bons. Et sûrement Nemir. Dans les projets familiaux, il y a tout ça. S’ils ont envie de travailler avec moi, c’est un plaisir.

Entretien réalisé par Mandarine.

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