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[Interview] Phases Cachées (1/3)

C’est dans un haut bâtiment du treizième arrondissement que Phases Cachées a reçu notre rédaction. Entre fumées et éclats de rire, c’est plus d’une heure et demi d’interview que nous vous proposons en deux fois. Et ça démarre comme ça.

On va commencer cette interview classiquement. Cheeko, comment tu en viens à aimer le rap ?
Cheeko : Au tout départ, c’était via des clips. Il y avait Jay-Z pour le rap américain et MC Solaar pour le rap français. D’ailleurs, mon grand frère m’avait emmené à un concert de Solaar, je devais avoir onze ans. Après, j’ai commencé à fréquenter un forum qui s’appelait Clash Rap, je ne sais pas s’il existe toujours. Les mecs ne rappaient pas, ils écrivaient des textes et ils demandaient des avis. Je commençais à écrire à cette période alors des gars du forum me conseillaient tiens, il faudrait que tu fasses plus comme ça etc. A partir de là, je me suis mis à pas mal écrire avant de poser puis j’ai pris un petit micro et j’ai commencé à rapper tout seul dans ma chambre.

Tu écoutais quoi à l’époque ?
Cheeko : J’écoutais plus de rap américain et c’est par le forum que j’ai découvert le rap français. Je prenais tout ce que les gars proposaient. J’écoutais un album et j’allais écouter les sons des mecs en featuring. Donc au fur et à mesure, ma culture s’agrandissait.

C’est à cette période que tu rencontres D’Clik et Volodia ?
Volodia : Non, j’ai un ami qui est le cousin de Cheeko. On s’est rencontré comme ça mais plus tard. A la base, je faisais un peu de guitare et Cheeko rappait sur le truc. Puis il m’a dit qu’il avait un groupe de rap avec son pote D’Clik.

Ça s’appelait déjà Phases Cachées ?
Volo : Moi, quand je suis arrivé ça s’appelait déjà Phases Cachées depuis peu.
Cheeko : (il le coupe) Ouais parce qu’avant ça s’appelait Sciences Poétique. C’était un sacré blaze ! Avec D’Clik on s’est rencontré dans le bus en allant au lycée, il a vu que je faisais du rap et il s’est mis à en faire du rap avec moi. Et Volo’ je l’ai rencontré en vacances par mon cousin.
Volo : J’ai emménagé sur Paris, on a commencé à se voir tous les jours. Ils me disaient ouais viens faire un feat avec nous et puis au final je suis rentré dans le truc.

I : C’était une envie d’avoir une touche reggae ou ça s’est fait au feeling ?
Volo : Plutôt au feeling. Moi à la base, je n’étais pas du tout dans cette sphère hip-hop. J’écoutais le Saian Supa Crew et je connaissais les gros trucs à la Hocus Pocus. Ça reste des artistes éclectiques. Les règles d’écriture, rapper en 16 mesures je ne connaissais pas même si j’écrivais déjà des chansons style reggae, ska, etc. Puis au final, ils m’ont un peu appris à écrire. Deux semaines après avoir intégré le groupe, on a fait une première scène à la fête de l’Huma. Depuis on ne se lâche plus, on sort une première mixtape et tout roule.

I : Est ce que l’on vous a déjà comparé à Sniper ?
Cheeko : Ah tout le temps ! Le truc c’est que c’est la même formation quoi, la même équation. Après honnêtement je pèse aussi lourd que les deux rappeurs de Sniper… Enfin physiquement quoi ! (rires).
Volo : Après c’est normal, les gens ils se référencent à ce qu’ils connaissent aussi, et puis c’est plutôt flatteur. C’est vrai qu’à part Sniper, c’est une formule qui n’a pas trop été utilisée.
D’Clik : (il le coupe) On ne peut pas vraiment dire que ce soit la même formule, après y’a des groupes qui ont plusieurs styles, mais la formule deux rappeurs et un mec qui vient du reggae, je ne connais que Sniper.

I : Vous avez été aussi mis en lumière par la mixtape du Vrai Rap Français regroupant les meilleurs sons de 2011, et c’est vrai que grâce à cette formule, l’accroche est instantanée.
Cheeko : C’est vrai que musicalement c’est une force d’avoir Volo’. Il sait jouer des instruments, il sait chanter, il sait harmoniser, il sait faire plein de trucs tu vois.
Volo : Avant moi j’étais vachement dans le délire groupe/musiciens, et au final on a aussi une bonne oreille musicale, ce qui nous permet d’être d’accord sur beaucoup de choses

I : Donc toi, tu as des projets à côté ?
Volo: Oui, ce sera des sons plus reggae. J’ai fait un premier projet en 2010 qui s’appelait Je Suis, un autre en 2011 avec Simpol, qui s’appelle D’Un Pôle à L’Autre, et là j’en ai sorti un 3ème qui s’appelle Mécanique. Aujourd’hui on a quand même un petit public reggae et d’ailleurs on est programmé en province par des organisateurs qui sont souvent un petit plus du côté reggae que du côté hip hop. Mais ils apprécient ce que l’on fait avec Phases Cachées. C’est cool de pouvoir jouer sur les deux tableaux. Ça reste tout de même intéressant de jouer devant un public qui n’est pas acquis, même si maintenant il y a toujours un petit groupe de personnes qui connaissent les lyrics.
Cheeko : Généralement c’est vrai qu’en Live ça se passe bien. Même si on s’est déjà mangés des taules mais dans d’autres esthétiques, genre les Open Mic où les mecs ils s’en battent les steaks. Mais c’est important de se prendre des taules aussi. Après je pense à notre dernière date, avec une line-up vachement reggae. On a fait un super concert, on a eu des super bons retours  et je pense que c’est bien si toi venant d’un autre style, tu arrives à capter les autres. Au-delà du style c’est aussi une affaire de relation avec le public.

Le fait de réussir à toucher un public reggae, ça vous permet de viser un plus large public.
Volo: C’est qu’on se dit aussi. Il y a mêmes des darons qui peuvent venir nous voir à la fin du concert pour nous dire ouais j’aime pas le rap mais j’aime bien ce que vous faites et ça fait plaisir. Parce que si le public est réceptif quel que soit le style, c’est mortel.

I : En ce moment vous êtes en indé totale.
Volo: Ouais on fait tout nous-même, bien qu’il y ait toujours des potes qui gravitent autour. C’est un peu par conviction mais aussi par envie. Moi personnellement, je n’arriverais pas à me dire que je fais ma chanson et qu’après il y ait quelqu’un qui repasse derrière. Je préfère avoir l’avis objectif de quelqu’un qui va nous écouter, plutôt que quelqu’un qui va nous dire ouais tu me refais ça.
Cheeko : Après on est conscient qu’il n’y a pas non plus que des mauvais côtés. Mais nous tout jeunes et inconnus qu’on est, on bosse vraiment. On se dit qu’on a vraiment envie de vivre de ça. Maintenant, je vois que plus on avance, plus on rencontre des gens et plus on se dit que faire tout avec des bouts de bois, c’est cool. Même si c’est des galères de thune, je trouve ça frais. Là, on va arriver à plier un Ep et franchement tu donnes notre budget à une maison de disque, ils ne te font même pas une photo. On arrive quand même à garder une liberté et surtout d’être fier de ce qu’on fait.

Mais si demain on venait vous proposer un contrat ?
D’Clik : Ça dépend du contrat ! En vrai ça dépend des clauses, il faut que l’on puisse garder une certaine liberté.
Cheeko : Moi je reste persuadé que même si c’est difficile, tu peux vivre de ta musique sans baisser ton froc si tu travailles. Quand je vois les gars qui se plaignent de ne pas faire de dates, de ne pas pouvoir faire des choses etc. C’est du flan, c’est parce que les mecs n’ont pas de motivation. Je pense que quand t’as la motiv’, rien ne t’arrête. Il faut juste être sur le front tout le temps.

Donc là, vous préparez un EP.
Volo : C’est ça, même s’il n’est pas du tout terminé. On risque de le sortir dans les 6 premiers mois de 2013, on ne sait pas encore quand exactement. Ça comportera à peu près 10 titres. Là on va en studio et on essaye de faire le truc dans les règles de l’art. On s’est dit qu’on se laissait plus ou moins un an pour vraiment faire évoluer le projet et taffer le truc vraiment bien.

Vous invitez des gens dessus ?
Cheeko : On invite des gens mais on ne va pas dire qui, sinon ce n’est pas drôle. Après, on pensait à des gars mais en vrai quand tu fais les choses humainement, c’est quand même plus sympa. On ne va pas faire des milliards de featurings, c’est dix titres.

Vous le sortez en physique du coup ?
Cheeko : Ah oui par contre, on le sortira pas en gratuit sur le net. Non pas que le gratuit me pose un problème mais on fait l’EP de manière professionnelle. On le fait avec l’argent qu’on gagne en faisant des concerts et en vendant des t-shirts.

La suite la semaine prochaine, même jour et même heure.

About Stéphane Fortems

Dictateur en chef de toute cette folie. Amateur de bon et de mauvais rap. Élu meilleur rédacteur en chef de l'année 2014 selon un panel représentatif de deux personnes.

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3 comments

  1. Enorme phases cachées, on atend votre EP avec impatience aTlse, faudrait venir faire un concert dailleurs!! Sinon continuez comme ça vous faites du tres bon son

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