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[Interview] Pumpkin (1/2) : « Silence Radio, c’est une prise de confiance. »

Crédit photo : Ben Lorph

Pour poursuivre nos investigations dans le rap féminin, nous avons décidé d’aller à la rencontre de Pumpkin. Ses textes laissaient présager d’un propos intéressant et d’une discussion enrichissante. C’est dans une pièce toute blanche que l’entretien a été réalisé, en toute simplicité. Plongée dans l’univers orange de la rappeuse.

Peux-tu nous raconter un peu ton enfance ?
Je suis née en 1980 près de Brest, à Saint Renan exactement, d’une maman espagnole et d’un papa niçois. J’ai vécu en Bretagne jusqu’à l’âge de 20 ans : à 16 ans, je suis partie une année en Australie et puis j’ai passé 6 ans en Espagne. Et je suis sur Paris depuis 5 ans maintenant.

Tu découvres le rap comment dans tout ça ?
Musicalement, j’ai découvert le rap grâce à Mc Solaar et son album Qui sème le Vent récolte le Tempo en 1991. J’ai tout de suite accroché avec ce style de musique, son côté chanter sans chanter et ce côté poétique. J’écrivais déjà un peu à cette époque et son écriture m’a réellement touchée. Le côté visuel aussi m’a vraiment transporté : à cette période, il y avait beaucoup de danse, de chorégraphie dans les clips et c’est toute cette atmosphère qui m’a plu. L’ambiance était joviale, positive, décrivant la vie quotidienne : on se retrouvait dans les textes. J’étais super fan de Solaar : j’allais à ses concerts, je découpais les photos et les articles qu’il donnait dans les magazines… Plus tard, j’ai commencé à vraiment m’identifier à d’autres artistes comme Melaaz, tout d’abord parce que c’était une femme. J’ai eu envie de faire la même chose, tout simplement.

Quand on habite en Bretagne et qu’on commence à aimer le rap, comment réagit l’entourage ?
De manière très stéréotypée. En plus, à cette époque, les sketchs des Inconnus faisaient fureur donc les remarques et les blagues étaient fréquentes.

Ça n’a pas vraiment changé. On subit toujours les yo yo et les wesh wesh.
Ma famille proche s’est habituée alors ils évitent de faire ça. Mais évidemment, on subit les caricatures.

Je te pose cette question en grande partie parce que je sais que beaucoup de rappeurs évitent de dire à trop de monde qu’ils sont dans le monde du rap.
C’est vrai que je suis pudique à ce mot : j’ai du mal à dire et à me dire que je suis rappeuse. Je trouve que c’est une connotation hyper réductrice dans l’opinion publique. C’est dommage. J’ai envie que les gens comprennent que cette musique est riche, qu’il faut qu’elle sorte de tous ces clichés négatifs. Je me présente souvent comme hip-hop artist : je trouve ce terme plus inspirant. Mais j’aimerais contribuer à ce mouvement de rappeurs/rappeuses qui se revendiquent comme tel, avec cette image positive qui pourrait faire changer et évoluer les mentalités.

C’est Nakk qui dit à ce sujet-là : Qu’est-ce tu veux j’m’enflamme ? Mon voisin sait même pas qu’j’rappe. Le statut de rappeur cristallise beaucoup de fantasmes.
C’est vrai mais après c’est chacun sa vie aussi. J’ai un ami espagnol qui est rappeur et prof d’anglais et il a fait la démarche de montrer à ses élèves et aux parents ce qu’il faisait. Mais ceci dit, à la fin des années 90’ à Brest, c’était plus complexe. Mon grand frère écoutait plutôt les Pink Floyd ou Michael Jackson et comme il n’y avait pas internet, je me cantonnais à un rap grand public, celui de la radio.

Crédit photo : Ben Lorph

Et à cette époque, à part Mc Solaar ?
En fait, je suis restée sur lui assez longtemps. J’étais adolescente et il m’a vraiment marquée. Je me suis ouverte bien après.

Tu peux nous parler de tes projets musicaux ?
J’ai sorti mon premier projet en 2006, le Vernissage. Mais en 2003, j’avais déjà sorti un son Traversée Verbale. Ca me tient à cœur de le dire car il a une forte symbolique pour moi : c’est mon premier son en solo, créé pendant une période de mauvaise santé.

C’est un jalon dans ta carrière.
C’est vraiment le premier morceau de Pumpkin, un morceau que j’écoute et que je pourrais interpréter encore aujourd’hui malgré les années. C’est assez rare les textes si vieux qui plaisent encore.

Tu rappais uniquement pour le plaisir à cette époque ?
Oui, l’intensité n’est venue que bien plus tard.

Tu sors un projet en 2006.
Le Vernissage, c’est ce qu’on peut appeler une maquette. Ça a vraiment été un tournant dans ma vie, je voulais quelque chose de plus sérieux. Enregistrée en Espagne, je voulais que les Français écoutent ce que je faisais, sachent que j’existais. La démo a donc été une idée logique : je l’ai mis en téléchargement gratuit sur Internet tout en faisait quelques copies CD car je tenais à l’objet. Ça a vraiment été mes premiers pas dans la gestion concrète d’un projet, sans être forcément encore très professionnel.

Tu as un creux de quatre ans après ça. Il s’explique comment ?
J’ai fait de nombreuses collaborations. J’ai été choriste dans un groupe de hip hop espagnol : j’ai appris énormément de choses et acquis beaucoup d’expérience.

Ce n’est pas forcément évident d’être backeur.
Beaucoup de gens dénigrent cette position mais c’est une très bonne expérience. Tu goûtes à tes premières scènes sans avoir la pression du projet qui repose sur tes épaules. C’est très enrichissant. Pendant ces 3 années de stand-by, j’ai tâtonné, je me suis cherchée, j’ai essayé pas mal de choses.

On arrive en en 2009, il y a L’Année en Décembre, un projet de 16 titres.
Malgré les bons retours, il est resté très confidentiel : il n’y a pas eu de distribution, très peu de concerts. Je n’avais pas encore l’entourage adéquat, ni l’énergie, ni les épaules pour l’emmener plus loin. Et en 2010, je sors Ainsi de Suite, un maxi qui inclut des remixes et des versions originales de morceaux de L’Année en Décembre.

Crédit photo : Ben Lorph

Au niveau des influences de tes sons, le choix de tes prods, tu t’entoures de qui ?
J’ai rencontré Supafuh avant la sortie de L’Année en Décembre via MySpace et ça a vraiment été une vraie rencontre. Il a commencé à faire le remix entier de Le Vernissage : c’était sa manière à lui de me montrer ce qu’on pouvait faire ensemble artistiquement : il a créé autour de mon univers initial quelque chose qui me parlait vraiment. Il fait partie de mon entourage musical maintenant : toutes mes dernières prises de son, je les ai faites avec lui. C’est une personne qui a tout de suite su me comprendre musicalement avant que je le comprenne moi-même. Il a compris où je voulais aller sans m’influencer dans sa propre voix. Il a capté l’essence même de ce que j’avais en moi et m’a permis de l’exploiter au maximum. Sur L’Année en Décembre, il a réalisé 80% des prods.

Ton dernier projet Silence Radio est sorti fin 2012. Tu peux nous en dire quelques mots ?
Silence Radio, c’est une prise de confiance, un bilan et une mise en œuvre de toute l’expérience que j’ai acquis au fil des années. C’est une nouvelle étape, je prends les rênes. Je suis le dictateur mais version Charlie Chaplin, on rigole quand même. Il m’a fallu du temps pour comprendre et pour m’assumer, pour vraiment aimer ce que je faisais. J’y vais lentement mais sûrement, c’est mon credo.

Tu es beaucoup plus reconnue qu’à la sortie de tes précédents projets, est-ce dû à un changement de fonctionnement au niveau de la promotion ?
C’est un changement à tous les niveaux. Sur les autres projets déjà, il n’y avait pas eu de distribution. J’ai mis des années à comprendre comment tout fonctionnait et, à avoir les couilles de me mettre en avant. Je n’ai plus honte d’aller défendre mon projet devant les gens, de les regarder dans les yeux en vendant mon projet. C’était impossible avant. Je n’avais pas cette confiance.

20Syl produit un morceau de ton album. Tu étais invitée à la Bellevilloise avec Gaël (Faye) et Edgar (Sekloka), pendant leur carte blanche. Comment on en vient à avoir des parrains prestigieux ?
Ce ne sont que des rencontres, au fil du temps, fortuites ou pas. Je connaissais 20Syl depuis l’époque MySpace. On n’était pas amis, mais on avait eu des échanges. Je pense qu’il a toujours un œil bienveillant et encourageant. Je l’ai rencontré dans un festival à Madrid, un festival hip-hop où l’on jouait sur la même scène qu’Hocus Pocus, C2C, Booba. Nous sommes deux timides, et c’était pire à l’époque, donc on s’était retrouvé : Bonjour ? Ça va ? Oui, et toi ? Mais bon, ça nous a permis de rester en contact par la suite. J’aimais bien ce qu’il faisait, et je me suis dit que ce serait chouette de faire un truc avec lui, donc j’ai eu de la chance. Ça a mis un peu de temps.

N’est-il pas débordé en ce moment ?
J’ai eu de la chance, parce que c’était juste avant que C2C ait le succès qu’on leur connaît. Il m’avait invité au studio à Nantes pour bosser le morceau. A cette époque-là, ils préparaient le live, parce que tout était déjà enregistré. Il m’a donc dit : «Le plus simple, c’est que tu viennes. » Donc j’y suis allée un peu nerveuse, je t’avoue. C’était super cool. Collaborer avec des gens comme ça, c’est quelque chose qui me plaît. De rentrer, comme une petite souris, dans leur univers, et voir comment ça marche. Ce sont des gens que j’observe et qui sont inspirants. Son beatmaking est impressionnant. Moi, j’avais déjà enregistré, et il a fait tous les scratches. Des fois, je lui disais : Tu sais, tu peux prendre une pause, hein ou Surtout ne te sens pas obligé parce que je suis là et il s’est retourné et m’a dit : Tu sais, quand je suis parti, je suis parti. C’est exactement ce qu’on imagine de lui, du coup, ça m’a fait rire. C’était une expérience vraiment très cool.

Et pour Gaël ?
Pour Gaël, c’était un jour où il était invité par Enz sur scène. On a discuté pour je ne sais plus quelle raison. Il enregistrait son album, qui est sur le point de sortir. Du coup, il nous a invités à son studio, vers Pigalle, où il enregistre. C’est vraiment un mec sympa, Gaël. Et il connaît Greg Frite aussi. Un jour, alors que je sortais d’un entretien pour une formation, le moral complètement dans les chaussettes, les larmes aux yeux, je le croise et il me dit : Qu’est-ce qui t’arrives ? Donc, je lui raconte mes misères (rires), et il me dit mais non, il ne faut pas se laisser abattre ! Tiens, Gaël m’a invité à faire ce truc, je ne peux pas y aller, je vais l’appeler pour qu’il t’y invite ! C’est vraiment un bourrin (rires). Et il l’a fait, donc Gaël m’a contacté plus tard en me disant qu’il n’avait pas pensé à moi alors que ça le ferait carrément. Il est passé à la maison il y a une semaine pour enregistrer un projet qu’on fait à plusieurs, dans le cadre de Mentalow.

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About Stéphane Fortems

Dictateur en chef de toute cette folie. Amateur de bon et de mauvais rap. Élu meilleur rédacteur en chef de l'année 2014 selon un panel représentatif de deux personnes.

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