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Pumpkin par Ben Lorph copie web_2

[Interview] Pumpkin (2/2) : « Homme ou femme, l’essentiel est d’être bon. »

La première partie cette interview est à lire ici.

Pour poursuivre nos investigations dans le rap féminin, nous avons décidé d’aller à la rencontre de Pumpkin. Ses textes laissaient présager d’un propos intéressant et d’une discussion enrichissante. C’est dans une pièce toute blanche que l’entretien a été réalisé, en toute simplicité. Plongée dans l’univers orange de la rappeuse.

Qu’attends-tu de ce projet-là ?
En fait, ça a été un investissement énorme, à tous les points de vue. Tu te prends à ton propre jeu. Tu commences par faire tes morceaux, mais, après, il faut les sortir, les défendre, les distribuer. Ça se met en marche donc tout implique une exigence. Donc, comme tous les artistes, j’en attends un peu de reconnaissance de mes congénères, déjà, et, ensuite, bien sûr, de me faire connaître un peu.

Tu es donc prête à défendre ton projet ?
Oui, ça y est ! Je me suis décoincé le fion (rires) et puis on y va ! Mais, tu vois, au début, ce projet je ne voulais que le sortir en vinyle. Puis, des personnes nous ont conseillé d’aller plus loin, en CD. Ça implique plein de choses, mais on l’a fait. Je me suis retrouvée au chômage au mois de juin. J’ai interprété ça comme un signe du Destin. J’ai vu une lumière blanche (rires). Du coup, je me suis dit que si ce n’était pas maintenant, ça ne le serait pas dans quarante piges.

Du coup, tu as eu des entretiens avec la presse ?
En fait, on a commencé tout seuls, parce qu’on avait très peu de budget. Tu sais, on a tendance à se focaliser sur ce qu’on n’a pas et pas forcément à creuser ce que l’on a. Du coup, on était à fond dedans, mais on s’est rendu compte qu’on avait vite épuisé notre réseau. Et puis, des fois, ça plaît, mais il faut être validé, en quelque sorte. C’est compliqué alors que parfois tu peux avoir un coup de cœur sur une personne qui fonce tête baissée. Tu peux aussi en avoir qui attendent les réactions des autres, et c’est super lourd. Par contre, on a eu de très bons retours de la part de plein de gens. Après, il y a eu plein de gens du milieu de la musique, que j’aime bien, que j’admire, qui sont venus me féliciter. Grems, par exemple, que je ne connaissais ni d’Eve, ni d’Adam, qui m’a contacté sur Facebook. Sly Johnson, aussi. Il y en a d’autres, et ce n’est quand même pas énorme, mais c’est gratifiant. Même si ce n’est pas quelque chose que j’attends, nécessairement.

Penses-tu que le fait d’être une femme te pénalise dans le rap français ?
Je pense que c’est tout à fait l’inverse. Ça ne m’a jamais créé de problèmes, et ça m’a même toujours apporté du positif. Parce que ça éveille la curiosité, tout simplement. En plus, souvent, on me dit : Je n’aime pas le rap, mais j’aime bien ce que tu fais. Et, souvent, ça vient du fait que je sois une femme, donc les gens sont curieux et ont envie d’écouter. Homme ou femme, l’essentiel est d’être bon et d’avoir des trucs à dire.

Ça change des clichés.
Exactement. Tu vois, on me pose souvent cette question. J’y répondais la dernière fois que c’est parce qu’on me pose cette question que j’analyse et que je fais l’effort d’y penser. Sinon, ça n’est vraiment pas quelque chose auquel je pense. J’ai toujours été à l’aise à être entouré de mecs – parce que c’est vrai qu’il y a beaucoup d’hommes, c’est sûr.

Je te pose cette question parce qu’on a vraiment une image de misogynie dans le rap français et dans l’opinion publique.
Je ne me suis jamais retrouvée dans ces mouvances-là. Là où j’ai grandi et vécu, je n’ai jamais eu ces rapports-là  avec les gens autour de moi qui faisaient du rap. J’ai eu cette chance de me retrouver avec des gens qui ne sont pas cons mais je sais très bien que ça existe.

Après, est-ce que ça a un rapport avec le rap français ou la société en général ?
Moi, je pense que c’est avec la société en général. Si je m’entoure des gens que je côtoie, c’est qu’il y a un minimum de respect. Ce qui se passait, par contre, c’est que quand j’étais avec mon copain, les gens s’adressaient à lui. Quand on parlait de musique, ou de mon projet, il est souvent arrivé qu’il y ait une espèce de malaise. Comme si, du fait que ce soit un homme, et qu’il soit avec moi, on sous-entendrait qu’il faille passer par lui.

Est-ce que tu connais Pand’Or ?
Oui, mais alors pas hyper bien ou même personnellement.

On la ramène constamment à son apparence.
C’est vrai ? Dans quel sens, tu veux dire ?

On la critiquait du fait qu’elle ressemble à un mec, qu’elle ne soit pas féminine du tout, et elle se défend en disant que si elle avait été ultra féminine, on dirait qu’elle n’était qu’une salope qui avait réussi comme ça.
C’est toujours très délicat. Moi, ce qui me plaît, chez les gens, c’est qu’ils soient eux. Ce qui m’embêterait, c’est que Pand’Or, ou autre, adopte un style par rapport aux critiques des autres. Quand tu vois Casey, est-ce que tu crois qu’on l’emmerde parce qu’elle a l’air d’un bonhomme ? Elle est comme elle est. Elle est authentique, elle fait les choses comme elle en a envie. C’est ça, l’important. Le truc, c’est que quand on voit des meufs qui s’habillent comme des biatches, c’est aussi une posture. Donc si Pand’Or est authentique et naturelle, c’est ça qui est important. Et je pense qu’elle doit continuer à faire ce qu’elle veut comme elle veut, même si je n’ai aucune leçon à donner à personne.

Pour changer de sujet, j’ai noté une évolution dans ton flow : il est beaucoup plus incisif. Est-ce que c’est voulu ? Est-ce que c’est travaillé ?
Bien sûr, mais c’est à cause des blocages. Ce manque de confiance en moi que j’avais, il se traduisait dans ma musique. Quand tu es à l’aise, tu es capable de t’exprimer derrière un micro, tu t’amuses. Tu n’as pas forcément peur ou honte. Tu essayes des choses, et, à force d’essayer, tu trouves un juste milieu. Par contre, je suis dans la perpétuelle recherche de l’évolution. Je pense que je m’en approche, parce que je commence vraiment à prendre du plaisir, mais, ceci dit, j’ai encore du chemin à faire. Et puis, je pense qu’on s’emmerde aussi si on n’est pas dans cette démarche-là.

On ressent beaucoup l’influence de Mc Solaar dans tes textes. Est-ce que c’est voulu ou, au contraire, est-ce que c’est plus inconscient ?
Pour le coup, c’est vraiment inconscient. Je n’analyse pas du tout cela, je ne calcule vraiment pas du tout.

As-tu d’autres influences dans le rap français ?
Le mot influence est toujours assez délicat, parce que je pense qu’on a beaucoup d’influences qui sont inconscientes. J’ai des influences artistiques et non-artistiques. C’est-à-dire que, par exemple, Hocus Pocus ou le label On And On représentent des influences dans la manière de gérer des projets. Ce sont des gens que j’admire, que j’observe, et je pense que beaucoup de gens auraient intérêt à s’inspirer de leurs manières de faire. Après, je ne parle pas du tout d’artistique. Il y a un truc vraiment intéressant en France, c’est cette manière de faire très pro, très carrée, qui me plaît beaucoup. Par contre, dans mes influences artistiques françaises, sincèrement… Tu penses à des choses, toi, quand tu m’écoutes ?

Après Solaar, j’ai noté que ça faisait très années 90’.
Oui, il y a Melaaz, que je mets dans la même case, parce que c’était vraiment ma première influence. Je la regardais beaucoup parce que je pensais qu’elle avait une attitude qui était chouette.

Quels artistes admires-tu ?
Grems, par exemple. Je l’aime bien dans sa manière de voir les choses. C’est trop rare, les mecs comme ça, en France. Il s’en fout. Il est totalement décomplexé, à l’anglaise. Il y va, c’est tout, et je trouve ça super rafraîchissant. J’avais beaucoup de mal avec sa musique, au départ. Je suis plus dans la valve de son album Algèbre 2.0., qui est sorti l’année dernière. Il collabore avec plein de monde, à droite, à gauche. Il est différent, il va où on ne l’attend pas. Il dit toujours que la musique, c’est son hobby, qu’il s’amuse, parce qu’il a un métier à côté. Donc, dès le départ, il ne se met pas cette pression de la réussite. Ça enlève ce poids que vachement de gars se mettent. La plupart des gens qui font de la musique sont indés, et, malgré nous, on arrive à s’enfermer dans des schémas qui sont imposés par des gens qu’on critique et que l’on n’aime pas. Il y a très peu de gens qui osent ou qui, finalement, sont capables – peut-être – de sortir de ça.

Peut-être parce que derrière ils ont une stabilité financière qui leur permet de faire ces choses-là.
Ça n’est pas tellement au niveau de la thune, mais dans la manière de faire les projets. De les penser. De les défendre. Il y a plein de choses à faire. Et puis c’est cool de s’exporter, d’aller voir ailleurs, de voyager, juste histoire de voir comment on gère les projets à l’étranger. Quand le Saïan a débarqué au Chili en 1999, ça a été la meilleure évolution. Je suis allé les voir en concert dans une ferme au fin fond de la Bretagne, dans une salle à Barcelone, avec des foules de dingues. D’ailleurs, sur certains concerts on est accompagné par l’ingé-son qui a tourné au Chili avec eux. En fait, j’ai l’impression qu’on se restreint à beaucoup de chose alors qu’il y a vraiment des possibilités.

A l’heure actuelle, on se pose la question de savoir si notre musique marcherait ailleurs alors qu’on devrait foncer.
On m’a proposé, via un projet, de tourner avec des MC féminines. On me l’a proposé, mais on m’a dit clairement que ce serait juste sur les dates francophones, parce que je suis francophone. Ils se sont dit que ça ne marcherait pas ou que ça les empêcherait de booker le show.

Avec des rappeuses d’autres nationalités ?
Anglophones, en tout cas. Je trouve que c’est un peu con. On me présente souvent comme un problème, en fait, alors que je voudrais transformer ça en un atout. C’est pour ça que nous, français, sommes complexés : on part déjà perdants. Il y a tellement d’exemples qui prouvent le contraire. Et puis le Français, avec un F majuscule, ça vend. On vend des baguettes dans le monde entier, Gainsbourg, Mylène Farmer

C’est une piste, pour toi, les concerts à l’étranger ?
Oui, il y a Berlin, en mai. Barcelone, à la fin de l’année, aussi. On vient tout juste de faire Londres. La difficulté, c’est que, pour l’instant, on n’a pas de tourneur, donc c’est un peu compliqué. Mais il est clair, que, dès le départ, on regardait international, bien sûr sans renier la France.

Entretien réalisé par Stéphane Fortems.

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About Stéphane Fortems

Dictateur en chef de toute cette folie. Amateur de bon et de mauvais rap. Élu meilleur rédacteur en chef de l'année 2014 selon un panel représentatif de deux personnes.

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