Home / Interviews / [Interview] Rocé : « Je n’attends pas la médaille ou la bonne note des critiques, je suis au-dessus de ça. »
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[Interview] Rocé : « Je n’attends pas la médaille ou la bonne note des critiques, je suis au-dessus de ça. »

Comment prépares tu ta set list ?
ROCé : C’est de la mise en scène comme dans le théâtre. Il faut vraiment qu’on ramène un spectacle. Il y a aussi le côté performance, parce qu’on est enfoncé dans la musique jusqu’au bout. Après, il ne faut pas que ça nous parle qu’à nous, que ça ne reste que de la technique. Il y a le rêve, il faut amener quelque chose aux gens. Il y a toute une mise en scène, comme pour une pièce de théâtre, un film ou quoique ce soit. C’est ça qui est intéressant, parce qu’à la base ce n’est pas du tout de notre domaine. Moi c’est l’écriture et le rap, lui c’est des scratchs et le mix. Et on rentre dans quelque chose qui est directement en lien avec le public. On apprend un nouveau métier qui est celui de la mise en scène, même si on est aussi aidé par d’autres et par l’expérience de toute la tournée. A chaque fois on se remet en question : « pourquoi les gens décrochent ? », « A quel moment ils décrochent ? », « Que faire pour qu’ils ne décrochent pas ? ».

Entre un public de festival ou un public qui ne vient que pour toi, c’est différent ?
ROCé : Oui, c’est complètement différent. Pour les publics qui ne sont pas forcément les miens, comme en festival, il faut être généreux en énergie. Ce n’est pas acquis alors il faut envoyer ! A chaque fois, c’est comme un combat. Il y a toujours des gens qui en sortent bluffés, parce qu’ils découvrent quelque chose qu’ils ne connaissaient pas, que ça soit dans les textes ou dans l’énergie. La scène donne cette chance. Car si je voulais toucher des gens, ce serait par des réseaux médiatiques que je n’ai pas et qui sont complètement verrouillé. Quand je suis cinquante minutes sur scène, c’est mon moment, c’est mon domaine. Là je ne peux pas me plaindre, c’est à moi de faire ma marque.

Du coup, vu que tu as abordé l’idée, te préserves-tu des médias actuels ?
ROCé : Oui et non. Je pense aussi que je n’en ai pas le talent. Quand on retourne sa veste, il faut faire attention que ce ne soit pas la même des deux côtés. Je n’ai pas forcément le talent pour leur plaire. Il faut faire son bonhomme de chemin et voir comment les choses vont être gérées. Après, c’est vrai que je reproche souvent aux artistes d’avoir une conscience politique trop peu aiguisée. Et puis malgré tout ce qu’on peut écrire sur le rap et toute la caricature que l’on en fait, je suis bien content que les gens n’aient pas encore délaissé la langue française, en comparaison à un certain rock, une certaine pop ou folk. Puis, ils font aussi partie des gens qui ont une conscience politique des plus ouvertes, au final.

La place de la politique dans le rap est donc essentielle pour toi ?
ROCé : Pas forcément dans le langage, le free jazz était politique dans sa posture. Les saxos criaient et jouaient faux de manière assumée. Mais, c’est vrai que pour moi, même si on sort de la musique, un citoyen qui n’est pas un citoyen en colère, ce n’est pas un citoyen. Un citoyen qui n’est pas en résistance, c’est un citoyen qui ne sert à rien dans notre monde. S’il suit le courant, il ne sert à rien. Et c’est la même chose dans la musique. Ce n’est pas pour ça qu’il ne faut faire que des morceaux énervés. Nina Simone faisait des morceaux très doux, mais on sentait la résistance dans ses morceaux. Pareil pour Bob Marley. Aujourd’hui, on est dans un monde où ce n’est clairement pas ces artistes qui vont être mis en avant.

Dans ce sens là, une scène est une tribune.
ROCé : Oui, carrément. Le rap est ma musique de prédilection. Les thèmes ça va être aussi bien l’amitié, de la sociologie, de la philosophie, de la poésie. Mais quelque soit le thème, je n’ai pas de limite. Le rap c’est quelque chose que j’apprécie, par sa forme mais aussi parce que ça me laisse une place pour m’exprimer.

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  1. Retrouvez également la longue interview (et le freestyle) de Rocé pour « Nougatown », sur Radio M :
    http://www.mixcloud.com/Radio_M/nougatown-23-interview-de-roc%C3%A9/

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