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Faya Braz nous raconte le beatbox.

Après son portrait de la semaine dernière, Faya Braz nous a offert un petit cours sur l’histoire du beatbox. Découvrez un univers fort en bouche.

L’histoire du beatbox :
À l’origine du beatbox, il y a l’idée de faire de la musique avec sa bouche. Faya Braz, passé expert dans son art, en connaît tous les tenants et aboutissants aussi bien que toutes les personnes qui ont contribué à faire évoluer le mouvement. L’idée de musicalité avec la bouche est une des choses les plus vieilles, cela vient de nombreuses cultures ancestrales. Il faut aller puiser loin ses origines. Ainsi, les femmes esquimaux ont toujours fait des joutes vocales où le but est de se souffler dans la bouche le plus rapidement possible sans perdre le rythme. Les africains ont toujours raconté des histoires sur des djembés. Les langues zoulous d’Afrique du Sud sont très percussives. Déjà au XIXe siècle, puis au XXe, le fait de reprendre des instruments avec la bouche s’installe. Ella Fitzgerald le pratiquait. On peut également citer The Mills Brothers dont l’un des membres pratiquait la batterie vocale. Pourtant, c’est bel et bien avec le hip-hop que le beatbox nait en tant que tel. Les codes de la boite à rythmes sont arrivés, de nouveaux sons, bruits. Certains viennent directement des MPC. Le beatbox n’est pas arrivé de manière insidieuse, ce sont des personnes en particulier qui ont amené à sa construction petit à petit. « La popularisation arrive par des personnes spécifiques. Ce sont vraiment des déclics. Ils sont tellement peu nombreux, qu’à chaque fois, c’est une étape au dessus ».

Un des premiers artistes vocaux qui s’est fait connaître est Bobby McFerrin. Rare sont ceux n’ayant pas fredonné son célèbre Don’t Worry, Be Happy où il n’y a aucun instrument. « C’est le père du beatbox moderne si on veut y trouver un démarrage. Il n’est pas encore dans le vrai, mais il tape le rythme sur sa poitrine. Dans ce qui n’est pas du beatbox, c’est une référence ». Michael Winslow, bruiteur vocal de talent et acteur dans la série Police Academy a également apporté sa pierre à l’édifice. Steven Spielberg et George Lucas l’ont d’ailleurs engagé pour faire des bruitages sur Star Wars notamment. Les Fat Boys sont véritablement reconnus comme les premiers beatboxers. Buff Love, un de ses membres, est d’ailleurs décédé d’une crise cardiaque après une de ses prestations.

Doug E Fresh fait partie de cette première génération instigatrice. Il était très technique. Le beatbox lui doit, entre autre, la technique de click roll, c’est à dire le fait d’imiter les claquettes avec la langue. En 1988-1989, les choses sérieuses arrivent. Rahzel des Roots se fait connaître. Les techniques changent et se travaillent en profondeur. Ce beatboxer a marqué et maitrisé toutes les années 90. D’abord connu aux Etats-Unis, il se fait vite une réputation au delà des frontières et en France particulièrement grâce aux scratch vocaux qu’il pose sur Dangerous d’IAM (Kheops n’y était pour rien cette fois-ci). En 1999, Rahzel sort Make The Music 2000, une véritable bible à l’intention des beatboxers bien que l’on ne trouve pas uniquement cette pratique sur la galette. Une grosse base de travail vient alors d’être éditée, renforcée sur une chanson cachée et par un invité alors peu connu mais qui deviendra un des monuments et référence de cette culture : Kenny Muhammad.

C’est sur cette piste “The Four elements” que naitra la wind technique de ce dernier. Une caisse claire toute simple qui permet de respirer, la première prestation vidéo tournée à la Colombus University, Kenny Muhammad a révolutionné le beatbox. “80 % des techniques de beatbox aujourd’hui sont des dérives des techniques de Kenny Muhammad et Rahzel. Ce sont les charnieres”. En Angleterre, Killa Kela apporte de nouvelles techniques, influence et entraine cette Middle School où s’épanouit le Saïan Supa Crew en France. Sly “The Mic Buddha” est aujourd’hui un des meilleurs scratcheur vocaux. Il y a une vidéo mythique où DJ Qbert se trouve en battle face à Sly au Rex. Elle commence par une vue de la salle, on entend des scratchs et on ne sait pas de qui ils viennent, de la platine ou du beatbox. Même moi, je me suis fait avoir. Qbert a même dit que Sly lui avait donné des idées et qu’il avait réalisé des choses que le célèbre DJ ne savait pas faire avec les platines”.

Under Kontrol arrive à ce moment-là, puis la nouvelle génération qui forme le beatbox aujourd’hui. Les grandes figures de la pratique ont toutes apporté quelque choses et il est aujourd’hui impossible de composer sans.

Le Beatbox aujourd’hui
Aujourd’hui, le beatbox est un update de toutes les pratiques vocales : l’imitation (de son, de voix, d’instruments), le chant, le rap, les percussions vocales, le vocalisme… Il y a un réseau de disciplines et le but du beatboxer est de toucher un peu à tout. « Dans l’idéal, il faut être un beatboxer complet ».

Le donne a changé avec les différents moyens de communication « Nous il fallait vraiment rencontrer des gars pour te rendre compte qu’il y avait d’autres techniques faisables et après, on développait notre style parce qu’on était seul dans notre coin. Aujourd’hui, tu as un accès plus facile, et donc, un style vachement plus uniforme. C’est pour ça, que l’on peut parler d’école ». Maintenant, les grandes écoles sont l’anglaise et la française, bien que les pays de l’Est commencent à imposer leur propre style, ils restent tout de même très influencés.

Ainsi, alors que le style français est assez percussif, précis et technique, les anglais ajoute un grain, les sons glissent davantage. Les grosses basses et l’univers dubstep sont plus présents. Pourtant, cela n’empêche pas les français de toucher à la grime. Il y a énormément de variantes et les choses ne sont pas figées.

La France a certainement la plus grosse communauté de beatbox. Nos voisins outre-manche s’amusent ainsi à dire que la plus petite battle ici a un niveau de fou. Les scènes ont toujours beaucoup de public. « Ce qui fait que certains pratiquants de l’étrangers font quasiment partie de la communauté beatbox de France. Ainsi, Big Ben de Belgique est devenu officiellement un ressortissant de la Team Paname (ndlr : une des plus prometteuse équipe). Il traine tellement en France, qu’il pourrait faire les championnats ».

Le Beatbox d’un point de vue technique
D’un point de vue technique, le beatbox n’est pas toujours accessible. Tout est une histoire de groove. Ainsi, chaque style de musique pourrait, en théorie, être reprise avec la bouche. C’est avec le travail que l’on peut être capable de le faire. La deep house est, par exemple, plus difficile à jouer que de la dance. On peut également parler de la vague dubstep qui inonde la pratique ces derniers temps « C’est nouveau, mais on peut s’y intéresser de manière rythmique. À partir de là, elle n’est pas si dure en soi. Ce qui est compliqué, c’est d’incruster les grosses basses avec des petits bruits aigus tout en conservant le groove. Ce sont les placements qui vont être importants ». Dans la même veine, la composition d’un morceau se fait comme une musique normale avec des instruments. Il émane d’une idée aussi bien que d’une improvisation.

Scoop pour les néophytes, le beatbox est une illusion. Techniquement, il est impossible de faire plus de trois sons en même temps, et généralement, il y en a deux. « Quand tu écoutes du beatbox, c’est que tu veux déjà bien te laisser avoir. C’est comme quand tu regardes un magicien, tu sais qu’il y a un truc ». Le beatbox est la simulation des instruments. On ne reproduit pas exactement, le même bruit, mais les couleurs entre les différents sons, sont assez proches pour rappeler le bruit d’une batterie par exemple. Le but est ainsi de reproduire des sons qui ne sont pas des vrais tout en les alliant de manière précise. L’illusion se joue également sur le temps. Les bruits sont faits si rapidement que l’on a l’impression que c’est en une seule fois alors qu’ils s’enchainent simplement. La fluidité et la rapidité sont donc la clé. « C’est le principe des pixels. Si on les regarde de près, on va tous les détailler.»

Pour y arriver, il faut s’entrainer. Le principe est simple, comme on s’entrainerait à la guitare ou à la batterie. L’avantage est d’avoir en permanence son instrument avec soi. Toutefois, le rapport à la pratique est différent pour chacun. Certains font leurs gammes, d’autres regardent des vidéos. Comme dit Reeps, « Il faut cibler ses faiblesses. » Ainsi, pour s’améliorer, il faut aller vers ce que l’on maitrise le moins et essayer de progresser. De son côté, Faya Braz ne s’impose jamais de travailler. « Je beatboxe assez souvent pour ne pas avoir à le faire. » Sinon, il travaille son art, partout, tout le temps, notamment lors des compétitions, le meilleur endroit pour progresser grâce aux techniques des autres. « Il n’y a pas besoin de parler la même langue. L’autre va te montrer quelque chose, c’est de l’échange instinctif. Les freestyles sont le meilleur moyen ». Il faut donc avoir une certaine discipline sans trop se forcer. Avis aux amateurs.

Sa place dans le hip hop
« Aujourd’hui, il y a des beatboxers qui considèrent qu’ils ne sont pas Hip Hop. Je ne suis pas d’accord avec eux. Tout simplement parce que le beatbox est la première discipline du Hip Hop : le beatmaking. Sans beat, il n’y a rien. Sans battement, il n’y a pas de rap. Il faut un beat, c’est le premier élément. Certains veulent s’en libérer parce qu’ils ne sentent pas proches des mecs à casquette, mais dans la démarche, le beatbox sera toujours hip hop. » Le beatbox est un instrument et non un genre musical. Ainsi, selon lui, peu importe le style de musique que l’on fait avec sa bouche, la démarche tiendra toujours de l’essence du hip hop.

On ne peut nier que l’un des plus grands beatmakers, Timbaland est un beatboxer. Il crée ses morceaux à partir de sa bouche. Mickael Jackson était aussi un grand beatboxer, ces sons sont présents en trame de fond sur la plupart de ses titres. Le beatbox est partout et s’est libéré du joug du rap. Poser pour un rappeur n’est pas le rêve des beatboxers car les beats sont relativement normalisés et brident généralement la créativité de ces artistes. Faya Braz a attendu longtemps avant de fréquenter les rappeurs. La barrière s’est rompue récemment, car les beatboxers sont souvent considérés comme à part.

Les collaborations ne sont pas le but ultime, puisque la discipline s’est développée et vit très bien par elle-même. Faya Braz a été invité à collaborer avec Rocé, et le 27 mai est sorti l’album de Yoshi Hip Hop Momo pour lequel il a participé aussi bien en immisçant quelques phases des beatbox comme le scratch vocal qu’en tant que beatmaker. « Ce n’est pas la forme du projet qui me fait plaisir, mais l’énergie qui s’en dégage. Ça m’a fait kiffer de le faire avec lui. S’il avait été chanteur lyrique, je l’aurais fait quand même ».

La Zulu Nation :
Justement, suite à cette association avec Yoshi, on ne peut que s’interroger sur l’avis du beatboxer sur la Zulu Nation. Véritable héritage, elle est un des fondamentaux. « Aujourd’hui, dans le Hip Hop, je ne sais pas si être Zulu te confère quelque chose de plus. C’est simplement que les gars du Hip Hop t’ont validé ». Faya Braz pourrait devenir Zulu Lord tant il a contribué à l’évolution de la discipline tout en gardant cette essence, mais cela ne l’intéresse pas plus que ça. Selon lui, on ne peut malheureusement plus lui accorder autant de crédit qu’avant. Bambataa, parti dans la techno, joue certainement là dessus. « Dans les fondements, c’est bien, ils véhiculent vraiment les bonnes valeurs. Tant qu’ils sont là, c’est une espèce de garantie que tout n’est pas pourri. On est un peu tous des Zulus. »

Le beatbox, le hip hop, un état d’esprit, que Faya Braz porte aujourd’hui tout en laissant la place aux jeunes générations. Il sera d’ailleurs jury dans de nombreuses compétitions, notamment les Championnats de Suisse. Un artiste à part entière à découvrir sur scène ou grâce à l’album One d’Under Kontrol.

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