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[Interview] Le Feini-x Crew déploie ses ailes.

C’est juste avant leur concert sur la scène des Inouïs du Printemps de Bourges, au Grand Mix de Tourcoing, qu’on retrouve les membres du groupe Feini-xCrew, également en pleine préparation de la sortie de leur prochain album O.V.V.N.I prévu pour le 06 avril 2015. « Le rap c’est trop facile, alors je m’attaque à la danse« , disent-ils… Difficile en effet de ne pas saluer la précision d’exécution de la chorégraphie que les deux frères nous livrent sur scène, ne laissant aucun doute sur la grande complicité qui les lie. Ils sont accompagnés aux platines par Disc Dleek, visiblement pas venu pour laisser tourner l’instru sans avoir son mot à dire. C’est Stefunking, l’homme de communication, qui prend la parole en premier.

Le Feini-x Crew a éclos en 2009,vous pouvez nous parler de vos débuts dans le rap ?
Stefunking : On a commencé séparément. Pour moi c’était en 2004 avec Zone Sismique, mais c’était vraiment le début, on faisait les maquettes dans la chambre de mon pote… Et puis on a rencontré un animateur du quartier qui connaissait d’autres rappeurs,et c’est là que mon frère m’a rejoint et que le crew s’est formé.
Alv’in : De mon côté, j’ai commencé à travailler vraiment tout seul avant d’intégrer un atelier d’écriture organisé par l’association Secteur 7. J’y ai rencontré pas mal de rappeurs dont Boskomat avec qui j’ai fondé mon premier projet, Boskomat et Alv’in.
S : On a eu la chance à nos débuts d’être épaulés par cette association, Secteur 7, qui fait encore aujourd’hui beaucoup pour la culture hip-hop de la région. C’est aussi pour ça qu’on est fiers de représenter notre ville. D’ailleurs le nom de Feini-x Crew est un clin d’œil à la ville de Feignies. On travaille toujours avec eux. Ce sont des amis, une famille.

En parlant de ça, c’est pas difficile de représenter Maubeuge, en particulier dans le hip-hop ?
S : On a décidé d’en faire une force, une sorte de marque de fabrique. Dans le prochain album, on a un morceau dédicacé à Maubeuge qui devrait bien faire tripper les maubeugeois. En se renseignant sur l’histoire de la ville, on a appris que le nom venait de malbodium qui signifie le bois maudit en latin. Et c’est vrai qu’il y a comme une malédiction sur cette ville, qui a été entre autres rasée à chacune des deux Guerres Mondiales. Après, c’est sûr que tu peux pas vraiment rouler des mécaniques quand tu arrives de Maubeuge. C’est un peu la cambrousse, et puis surtout c’est un territoire ultra pauvre, un peu abandonné, où malgré pas mal de propositions culturelles il ne se passe pas grand chose…

Feini-x Crew

J’imagine…
Ensemble : Non, non. T’imagines pas (tout le monde rigole).
S : Ça nous a obligé à faire différemment. Ce qu’on fait, ce qu’on est, c’est aussi parce qu’on a grandi là-bas. C’est ce qui nous rend un peu différents d’autres rappeurs et on est assez fiers de ça. En plus on a toujours aimé mettre une pointe d’humour et de dérision dans nos textes et pour ça Maubeuge, c’est parfait !

Comment vous percevez le rap actuel ? Certains le prétendent perdu dans le brouillard.
S : Il y a toujours de bonnes choses et de moins bonnes. Mais quelque part le rap est un peu devenu ce qu’il dénonçait, comme le disait Koma de la Scred Connexion. Pour moi, certains ne valent pas mieux que Sarko et compagnie ! Avant les mecs se battaient pour la musique, maintenant ils se battent juste pour la première place.

Le Rap Game, c’est pas votre délire ?
S : Nous, on fonctionne par passion. On fait un son qui nous correspond. Il faut prendre tout ça avec beaucoup de second degré. D’ailleurs les gars eux-mêmes disent qu’ils prennent ça au second degré dans leurs interviews. Il y a comme une surenchère. Plus on en donne au public, plus il en redemande, le tout soutenu par les maisons de disques… Avant, on avait des rappeurs qui jouaient des personnages et ça pouvait être très bien fait. Je pense par exemple au morceau de Booba avec Oxmo Puccino dans un délire très mafioso. Aujourd’hui, ils essaient de nous faire croire qu’ils sont devenus les personnages. En fait, il y a 2 raps : celui de Skyrock et un rap plus authentique qui nous correspond mieux, plus proche de la culture hip-hop avec des artistes comme Alpha Wann, Nekfeu, Caballero

Le rap français compte aussi une ancienne génération toujours bien en place, il y a un âge limite pour vous dans le hip-hop ?
S : Pour moi, du moment qu’on est en phase avec son vécu, on peut rapper à tout âge. Le dernier album d’Akhenaton par exemple est en plein dans son univers, ça sonne toujours aussi vrai. Franchement, c’est un album que mes parents pourraient écouter. J’ai beaucoup apprécié aussi le virage d’Oxmo Puccino, qui élève le rap au niveau supérieur. On sent la maturité, l’expérience.

Comment vous voyez-vous dans 10 ou 15 ans ?
S : On veut pas finir comme ces rappeurs qui à 40 ans sont encore dans des trips de quartier. Faut pas mentir, à cet âge-là t’es plus en bas des blocs. On va tout faire pour que ça marche et pour essayer de rester nous-mêmes. Parce qu’en voyant certains parcours, on se rend compte que le succès, c’est un peu comme la drogue. Quand on voit Sexion d’Assaut par exemple, on comprend ce que ça coûte de vouloir rester en haut.

Le climat est un peu tendu en ce moment en ce qui concerne les quartiers et ce qui s’en rapproche, à cause de l’actualité de ce début d’année. Vous pensez que ça peut avoir des impacts sur les programmations ou sur ce qui est relayé par les médias ?
S : Je repense à ce que disait Joey Star la dernière fois, que NTM avait pour objectif de dresser un constat d’urgence. Aujourd’hui, le rap a perdu son côté subversif. Ce n’est finalement plus le haut parleur d’une certaine population comme il pouvait l’être à ses débuts. Vu l’état dans lequel il est, il ne risque plus rien. Sauf peut-être une censure pour deux ou trois gros mots. Mis à part bien sûr certains rappeurs de l’ancienne école, comme Rocé ou Médine, qui sont très engagés politiquement et qui sont habitués aux déclarations fracassantes.

Qu’est-ce que vous pensez de l’engagement politique dans le rap ?
S : Pour moi, ce sont vraiment deux choses différentes. L’un finit toujours par servir l’autre, ce qui est un peu malsain. Ce sont deux choses à ne pas mélanger. Personnellement, si je faisais de la politique, je le ferais en tant que Stéphane Kajé, pas en tant que Feini-x Crew. Pour que ça reste sincère, il faut le faire comme Keny Arkana qui est prête à sacrifier des tournées, un peu à l’arrache parfois d’ailleurs et qui met la musique de côté pour aller au bout de ce qu’elle croit sans chercher à le transformer en promo.

Vous, votre truc, ça serait plutôt le poulet d’après ce que j’ai compris (Poulet Frit-Style, Clark Kentucky Fried Chicken)… Quand on entend certaines de vos rimes, on a l’impression qu’on ne peut pas échapper aux clichés. Pourtant vous dénoncez dans d’autres morceaux les gens qui réduisent les africains à ce genre de stéréotypes.
A : C’est une façon de dire à ceux qui peuvent avoir des préjugés que ça ne me pose pas de problème qu’ils me voient comme ça, ça ne me blesse pas. Oui, je suis noir et je fais du rap. Je kiffe le poulet et je cours vite mais je ne suis pas que ça. C’est aussi une façon de réfléchir sur soi-même. Et puis c’est surtout une sorte de jeu au départ, même si maintenant les gens ne peuvent pas s’empêcher de me regarder quand il y a du poulet quelque part, avec l’air de se dire « va-t-il résister? » !

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Revenons à votre musique. Vous avez des influences très larges, ce qui donne un style très ouvert et des ambiances assez différentes les unes des autres. Comment vous trouvez vos sons ? Qui compose ? Qui écrit ?
S : Sur notre premier album, il y avait à peu près autant de morceaux composés par Alv’in que par moi. Pour le prochain album, Alv’in a produit plus de sons que moi. On aura aussi un titre en collaboration avec DJ Profecy et un avec Vollenback .
A : Nos parents ont toujours beaucoup écouté de musique. On a baigné dans un univers sonore très riche. Quand je compose, j’aime bien partir d’un sample. L’influence principale c’est la soul parce que c’est l’une des musique que je connais le mieux mais pas seulement. Après, j’aime bien triturer le son, expérimenter, découper, recouper…. C’est sans doute la raison pour laquelle on ne peut pas toujours nous classer dans un genre très défini. On retrouvera la même ouverture dans le prochain album. Il y a d’ailleurs un morceau pour lequel j’ai samplé de la musique made in Bollywood. En fait, c’est très éclectique tout en restant homogène, dans notre style. Pour ce qui est de l’écriture, on se partage les tâches.

En écoutant le titre extrait de l’album, O.V.V.N.I, j’y ai trouvé un petit côté trap. C’est un hasard ou une véritable volonté de votre part ? Comment vous est venue l’idée du titre de l’album ? Pourquoi « Violent » d’ailleurs ?
S : Alv’in avait ce son depuis deux ans dans un tiroir. C’est plutôt une coïncidence que ce morceau ait une couleur un peu trap. En l’écoutant, ça m’a fait pensé à quelque chose d’étrange, d’indéfinissable. Le nom est venu comme ça, en travaillant dessus. Le V supplémentaire aussi, c’est parce qu’il me manquait une rime au départ, je dois l’avouer ! C’est un peu comme un clin d’œil au monde actuel, à l’univers rap aussi. On a eu de très bons retours sur ce morceau, on a vraiment hâte de sortir l’album.

About Julia

Correspondante du Nord, militante active pour le Rap régional.

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