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[Focus sur] Jeune Bran, clown triste

Alors qu’il vient de dévoiler Boom Trap volume 2, portrait du rappeur bordelais Jeune Bran, rappeur qui “reste lucide, qui rappe pour ceux qui piquent du nez sortis de l’usine”. 

Tandis que toute la France est actuellement confinée, un nouveau phénomène rapologique s’est répandu comme une traînée de poudre sur les réseaux sociaux : les freestyles vidéo. Même si le concept existe déjà depuis longtemps, il a pris une ampleur impressionnante ces derniers temps, à cause du Coronavirus donc, mais aussi par la popularité de comptes Instagram devenus des incontournables du genre, à l’image de 1 minute 2 rap. Résultat, de nombreux rappeurs amateurs ont eu l’idée de se lancer. Mais alors que certains apparaissent comme assez gênants, d’autres se révèlent de bonnes surprises. Et à ce petit jeu-là, Jeune Bran fait clairement partie de la seconde catégorie. “Sans doute parce que j’ai attendu d’être bon avant de m’exposer, et pas après avoir commencé à rapper il y a trois mois” nous explique-t-il par discussion vidéo sur Instagram, depuis la pièce où il filme ses fameux freestyles vidéo. 

Mais avant d’en arriver à montrer sa tête sur les réseaux sociaux, le chemin vers l’exposition commença vingt ans plus tôt, par l’écoute de Temps Mort de Booba. “C’est mon grand frère qui m’avait conseillé de l’écouter. Pour moi, ça reste LE meilleur album de rap français à l’heure actuelle. Les instrus, comment il écrit… Aujourd’hui, ce qu’il fait, je le prends différemment. C’est plus léger, et il a vieilli. Il a moins la rage. Mais j’écoute toujours” lâche-t-il, entre deux tafs tirées sur sa roulée. Ensuite, alors qu’il continue à parfaire sa culture rapologique grâce à son grand frère qui lui fait écouter la Fonky Family, Lunatic ou encore Ärsenik, au collège, il commence à fréquenter le rappeur Dingue. Une rencontre déterminante. “Un soir j’étais avec lui. J’ai essayé de rapper, et ça m’a plu direct. Et puis le voir rapper, enregistrer ses trucs, ça m’a donné envie de le faire moi aussi. 

Mais alors que pas mal de potes à lui se lancent dans le rap, à l’image de Péacéo, de Jouvence, du Merlu ou encore Rakam, que l’on retrouve au passage tous sur son dernier projet, Jeune Bran préfère continuer à rapper dans son coin, sans s’exposer. Il faudra attendre décembre 2018 et la sortie de son premier projet Boom Trap volume 1 pour enfin l’entendre sur son propre projet. “Peut-être que j’avais pas trop confiance en moi. Mais à force d’entendre mes potes me dire de me lancer, même des gens que je ne connaissais pas me dire qu’ils aimaient bien ce que je faisais, ça m’a poussé à le faire. Et puis je me suis aussi dit qu’arrivé à trente ans, si jamais je veux me lancer dans le rap, c’est maintenant ou jamais. Je me posais peut-être trop de questions avant. Et j’ai attendu d’être dans un bon mood aussi.” Mais avant de débuter une carrière dans le rap, il faut se choisir un blaze. Ce sera Jeune Bran. “J’ai grandi à Libourne. Et là-bas, les grand nous appelait “les branlettes”. J’étais même surnommé “le roi des branlettes” (rires). Ça a évolué en branlette, branbran, et puis Bran. Après, comme on me dit souvent que je fais pas mon âge, je me suis dit que j’allais faire comme les américains, comme les Lil’Wayne, les Young Thug, et j’ai ajouté Jeune devant Bran. Depuis, j’ai gardé ça” déclare-t-il, le sourire aux lèvres. 

Fin 2018 donc, il décide de sortir Boom Trap volume 1, une mixtape sept titres enregistrée chez lui, et sur laquelle on retrouve tout l’univers de Jeune Bran : des instrus à la fois boom-bap et trap, comme l’indique le nom du projet (“je peux passer de Niska à Lunatic, alors j’avais pas envie de me cantonner à faire juste du boom-bap”), et des textes plutôt mélancoliques, dans lesquels il raconte son quotidien de jeune Bordelais lambda, qui constate les inégalités qu’il observe autour de lui (“c’est pour les chômeurs longue durée, recherchés par Interpol Emploi” lâche-t-il sur Boom Trap volume 1), et qui surtout, n’a pas peur d’afficher la vérité dans ses textes (à l’image d’un Hugo TSR, d’un Lacraps, ou d’un Isha, rappeurs qu’il écoute le plus en ce moment), comme quand il parle de sa consommation excessive de bière, ou du fait d’avoir touché le RSA à un moment de sa vie. “J’ai beaucoup de mal à dire de la merde. J’ai l’impression de me trahir. Mais en même temps, si tu fais que du rap conscient, ça me prend la tête aussi. J’essaye de trouver un juste milieu : rester vrai, et être divertissant.” Et c’est vrai que divertissant, le Jeune Bran sait aussi l’être, comme quand il rappe “Si je finis riche et gros, je met des Rolex sur mes poignets d’amour”, ou quand il appelle un de ses morceaux Servietsky, un des personnages cultes de la série South Park. “Ça dénonce beaucoup, tout en étant marrant. Y a un épisode dans lequel Magic Johnson il est atteint d’un cancer, et son traitement, c’est de s’injecter de l’argent dans le sang. Il est incroyable.” Pour autant, globalement, l’écriture reste un exutoire d’idées noires pour lui. “Dans la vie de tous les jours, tu me verras toujours sourire. Ma daronne dit de moi que je suis un clown triste. Écrire, ça permet de sortir les pensées négatives que j’ai en moi, sans faire mal aux autres. Quand j’écrirais plus, c’est que tout ira vraiment bien.

Après un Boom Trap volume 2, qui reste dans la même veine que le premier opus, mais agrémenté de nombreux featurings (dont un avec sa copine Izigiz qui chante en turc sur le refrain, ce qui est assez rare pour être souligné), et des freestyle Insta qu’il considère comme des skit qui permettent de varier les ambiances tout au long du projet, Jeune Bran est déjà en train de préparer la suite, qui pourrait être un clip de l’excellent titre Coupe du monde, un éventuel Boom Trap volume 3 qu’il pourrait dévoiler après le confinement, mais qui sera surtout un premier album. Boom Trap volume 1 et 2, ce sont  des mixtapes. Un album, selon moi, ça doit avoir un fil conducteur. Par exemple, Une Main Lave L’Autre d’Alpha Wann, c’est un vrai album. Il y a les interludes, les morceaux s’enchaînent bien, il y en a aucun qui ne semble pas à sa place… c’est l’exemple parfait de comment on doit construire d’un album pour moi.” Réussir à garder son univers tout en atteignant le niveau de perfection d’un UMLA, c’est tout le mal qu’on lui souhaite. 

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