[Focus sur] Chanje, rappeur mélomane

Un EP de 10 titres pour nous aider à affronter la période hivernale, un timbre de voix chaud et rassurant : Chanje présente avec E.M.I ou Expérience de Mort Imminente, une création musicale authentique. Un artiste à part entière, qui manie avec parcimonie l’usage des mots, la sobriété des images (à l’image de l’un de ses derniers clips, Square), ou encore la sincérité lyrique. Alors qu’on a eu la chance d’échanger avec lui à propos de ce dernier projet, découvrez ses inspirations, sa vision de la sincérité ou encore le regard médiatique sur les médias urbains.

Comment parler de ce projet, sans aborder un titre énigmatique dont les initiales nous laissent perplexes à première vue ? E.M.I, ou une expérience de mort imminente pour Chanje, dont la traduction se mêle parfaitement avec le choix artistique de sa pochette : de l’eau, des mains semblant appeler à l’aide, et l’artiste comme sortant triomphalement des abysses.  « Rester dans le vocabulaire médical était une suite logique à mon précédent projet qu’était Pacemaker » déclare-t-il.

Cet EP, construit durant l’été 2020, comporte 10 titres, débutant par Mauvais pour l’éducation, et se clôturant par Bye West, avec une chronologie réfléchie dans l’ordre des morceaux.  Néanmoins, ici, le processus de création fut totalement libre, comme nous le rappelle Chanje : « Nous avons fait le plus de sons possibles sans se poser la question du nombre de morceaux, et sans nous mettre de limites pré-établies ». L’artiste s’est donc entouré d’une équipe lui permettant de libérer ses idées, et d’aboutir à « la meilleure forme du projet qu’est celle que l’on a sorti ».

C’est en effet intéressant de voir de quelle manière le format EP favorise tel ou tel processus artistique, en comparaison avec ce format plus carré qu’est l’album.  « Dans un EP tu peux te permettre de tenter beaucoup de choses différentes, et produire un regroupement de sons  différents, tout en ayant un univers cohérent à chaque fois. »  Un album, pour sa part, sera promotionné différemment, va nécessiter davantage d’investissements et de suivi. Cela sera donc un format plus lourd, qui n’est pas toujours le plus adapté.

Toujours au cours de notre entretien,  on a pu découvrir un rappeur avisé, puisant dans des influences toujours diverses comme Youssoupha, Niro, Burna Boy, Freeze Corleone, ou encore Boogie.  Ses parents baignaient dans le milieu musical, ce qui lui a permis d’acquérir un bagage musical de taille : maîtriser le rythme, poser sa voix, jouer de la guitare…  Restant modeste sur l’importance de ce bagage, Chanje avoue néanmoins que sa rencontre avec le rap lui a été tout à fait personnelle, et que le soutien de sa famille ne fût pas sans crainte. Dans sa construction de rappeur, la maîtrise de la musique a donc été une base importante, mais c’est sa rencontre avec son entourage amical, son quotidien, ou encore ses fréquentations qui lui ont ouvert les yeux sur l’évidence que représentait le rap.

E.M.I offre l’occasion à Chanje d’aborder différents thèmes, comme celui de l’amour et des relations sentimentales à notre époque, à l’image des titres Square ou Komdab. L’amour étant un thème assez commun au sein du rap français, on a demandé à l’artiste quelle était à ses yeux l’intérêt de ce sujet : « Concernant les relations humaines et l’amour, ils inspirent depuis bien avant le rap, depuis la nuit des temps comme durant la Grèce Antique où ils parlaient déjà de cul et d’amour »

Pour Chanje, l’intérêt de l’amour et des sentiments en général, est qu’ils permettent aux rappeurs de parler de ce qu’ils ressentent, rendant, de fait, leurs propos sincères et personnels.  Il souligne dès lors l’intérêt pour les rappeurs de la sincérité dans leurs textes,  afin de rendre son art personnel, ce qui permet de se l’approprier. Comment lui donner tort : les textes ayant une importance indéniable dans le rap français, écouter encore et encore des textes reprenant les mêmes expressions, traitant des mêmes enjeux, peut être lassant et inintéressant pour les auditrices et auditeurs que nous sommes…

« Quand j’avais 15 ans, j’aurais adoré qu’un rappeur parle des troubles psychiques et mentaux »

Traiter de sentiments et expériences propres aux artistes, leur permet alors de se rendre distincts et de donner à nous, publics, des occasions de se reconnaître de différentes façons et rendre leurs expériences, universelles.  Et cela, Chanje l’a compris, et le reconnaît avec brio. « Si tu veux que ton art soit personnel, il faut que ce soit personnel. Car sinon on sent que c’est faux et que c’est de la merde ».

A la fin de notre échange avec Chanje, on a pu voir qu’il était un homme empli de bienveillance et de compréhension face au nouveau discours prônés par certains rappeurs comme Dinos lorsqu’il parle du tabou social qu’est la dépression. « Un rappeur peut et doit aborder des sujets intimes comme c’est le cas pour les troubles psychiques. Quand j’avais 15 ans, j’aurais adoré qu’un rappeur parle des troubles psychiques et mentaux ». Et on ne peut qu’être d’accord avec lui.

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