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[Focus sur] Chineurs de rap

Malgré une France annexée par des brailleurs aphones et autres trappistes tonitruants, un petit village perdu dans les abysses des Internets, peuplé de gold digger à la recherche de la dernière pépite à 200 vues, résiste encore et toujours à l’envahisseur. Ce village virtuel, qui ne cesse d’accueillir de nouveaux habitants de jour en jour, s’appelle Chineurs de rap, et ses fondateurs, maires respectés de plus de 12 000 passionnés, est peut-être aux fondements d’une révolution artistique 2.0.

Dans ce village de résistants, seuls règnent la passion, l’abnégation et le travail, véritables moteurs et fers de lance d’une équipe de bénévoles acharnés qui dévouent leur temps libre à la vie de la page et l’organisation future d’évènements : soirées CDR, apéros, open mic. Comme les plus grands banquets gaulois, ces évènements à la festivité garantie seront de véritables pèlerinages pour des auditeurs venus des 4 coins de Paris pour discuter, rencontrer en chair et en os leurs interlocuteurs virtuels, échanger leurs dernières pépites et parler de rap. Un vrai dîner de cons grandeur nature.

Chineurs de Rap (CDR, dans la suite de l’article), comment ça marche exactement ? C’est avant tout un groupe Facebook, sur lequel se côtoient quotidiennement amateurs de rap, passionnés et néophytes. Le principe est simple : le groupe est régi par une équipe composée d’une vingtaine d’administrateurs, qui s’occupe de la gestion de la page, empêchant les spams, l’autopromotion abusive, les reposts (c’est-à-dire les membres qui publient un son l’ayant déjà été auparavant), et qui organise des journées à thème : journées consacrées à un artiste (récemment, on a eu le droit à une journée spéciale J Dilla, le défunt producteur américain de génie), à un mouvement (le rap féminin par exemple), ou n’importe quelle élucubration émanant des cerveaux enfumés de l’administration. Le groupe est constamment filtré : toute publication doit être approuvée par l’un des administrateurs avant d’être rendue publique sur le mur du groupe pour éviter les abus.

Jusqu’ici, rien de bien délirant, et bon nombre de groupes de pote doit également posséder son petit jardin secret où ils se partagent les dernières perles du moment. Là où CDR frappe fort, c’est dans son ambition démesurée et son ardent désir d’entreprendre pour faire vivre le rap qu’il aime. Face au succès d’estime et de reconnaissance qu’il a récolté au fil du temps et de son implication, le groupe a su profiter d’une exposition croissante lui permettant de se faire un petit nom dans le microcosme rapologique. Car loin de se cantonner à un simple groupe Facebook privé, les fondateurs de cette armée de vikings se projettent déjà vers un futur qui s’annonce radieux.

Leur but ultime ? « C’est de créer un labelnous répond Quentin Courel, un des deux gourous fondateurs de toute cette folie. On aimerait l’utiliser pour découvrir de nouveaux talents et les lancer sur les devants de la scène, rééditer des purs sons oubliés des années 90, sortir des EP d’instrus… Mais aussi de faire de grosses soirée hip-hop, grime, old school, et plus si affinités ! ». Mais à part le scénario de Secret Story, rien ne se construit en un jour, et l’empire CDR compte se bâtir petit à petit sur de solides fondements.

Un peu curieux, nous lui avons demandé quels artistes il imaginerait dans le catalogue du label CDR: « On n’y est pas encore, donc je ne me projette pas trop. Mais mon style préféré en ce moment, c’est celui de l’écurie Bon Gamin. Dans un autre style, j’aime aussi beaucoup Limsa D’aulnay, et je voue un culte aux belges genre Caballero, JeanJass, L’Or du Commun… Sans oublier le génial GremsOn ne va pas les recruter, évidemment, mais clairement le genre d’artistes qu’on aurait potentiellement sur le label devraient s’inscrire dans cette mouvance, voire être encore plus avant-gardiste ! On veut vraiment des gars avec des identités, à fond dans leur délire. Pas question d’être middle et de faire comme tout le monde.« .

Ainsi, le premier projet d’envergure qui se concrétisera très prochainement va être la sortie d’une mixtape, voire même d’un album, estampillée CDR, comportant des titres inédits tout droits sortis des fourneaux de la Chinerie, composés par de jeunes artistes qui ne demandent qu’à exploser au grand jour. Le programme doit être tenu secret jusqu’à son dévoilement, avant la fin de l’année, mais nous pouvons déjà vous annoncer que l’on y retrouvera des rappeurs français, canadiens et belges ! Un contenu 100% inédit, mijotant depuis de longs mois dans les fours de CDR et qui ne demande plus qu’à sortir. L’équipe qui régit le groupe met en place également de nombreux partenariats avec des organisateurs de concerts, des associations, des festivals, pour permettre un échange de visibilité entre les différentes institutions, et se développer en tirant tout le monde vers le haut. Une véritable démarche éthique prônant le partage et le divertissement avant tout.

Nous sommes ici à l’aube d’un projet de grande ampleur, dont la noblesse n’a d’égale que la modestie de ses gourous. Car, bien que tous les membres de l’administration soient extrêmement fiers de leur avancée et du succès récolté, aucun n’oublie qu’aux fondements de ce projet n’était qu’une bande de potes passionnés voulant profiter des opportunités d’Internet pour élargir leur culture musicale et rencontrer d’autres passionnés. Et quand on demande à Quentin ce qu’il ressent après ce succès, il nous répond simplement « que c’est un concept qui a énormément de potentiel, et qui n’est pas encore à son maximum: on peut faire plus, et mieux ! Au boulot !« .

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Pour les plus curieux d’entre vous, vous pouvez également retrouver le même concept avec la House (Chineurs de House), la techno (Chineurs de Techno) et les origines (Chineur des Origines), ce dernier se fixant comme ambition de trouver les musiques originales des plus improbables samples de musique, tout style confondu.

About Leo Chaix

Grand brun ténébreux et musclé fan de Monkey D. Luffy, Kenneth Graham et Lana Del Rey, je laisse errer mon âme esseulée entre les flammes du Mordor et les tavernes de Folegandros. J'aurai voulu avoir une petite soeur, aimer le parmesan, et écrire le couplet de Flynt dans "Vieux avant l'âge". Au lieu de ça, je rédige des conneries pour un site de rap. Monde de merde.

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