[Focus sur] L’Epicerie Gang, délicieux collectif

A l’occasion de la sortie de son EP La neuvaine du Yab, nous sommes allés à la rencontre d’Endé, afin qu’il nous parle de son collectif, l’Epicerie Gang. 

L’Epicerie Gang est-il un collectif ? Une nébuleuse ? Une entité ? Les auditeurs de La Prune ? Un groupe de potes qui aiment siroter du rhum en écoutant le rap de Houston ou les playlists « Funk de rouilleurs » concoctées d’une main de maître par Saï2larbre ? Quand on pose la question à Endé du groupe La Prune à l’occasion de la sortie de son EP solo La neuvaine du Yab, lui-même ne sait pas trop quoi répondre, et préfère citer Yuri J : “L’Epicerie Gang, c’est un lifestyle”. Par contre, au moment de savoir quelles sont les valeurs et la mentalité de L’Epicerie Gang, là, c’est tout de suite beaucoup plus clair : “on est la version réelle de la pub Macdo : venez comme vous êtes. Eux, c’est « venez, on vous braque, et partez ». Nous c’est venez comme vous êtes, ça sera un plaisir de vous découvrir comme vous êtes réellement, et on restera nous-même. Et s’il y a un souci et qu’on peut aider, on le fait. Et on attend rien en retour”

Né il y a 4 ans en même temps que la sortie du premier EP de La Prune, le hashtag #EPICERIEGANG prend naissance par l’intermédiaire de L’épicier, le deuxième membre du groupe La Prune, qui, comme son nom l’indique (ou pas), était gérant d’une épicerie fine. “A la base, on devait monter ce concept ensemble. Mais finalement on a préféré ne pas le faire, pour ne pas mélanger amitié et taf, et ainsi risquer des conflits entre nous”. Endé et Krab, le beatmaker du groupe à l’époque, donnent quand même des coups de main après la journée de boulot, et L’épicier, en échange, ramène ses meilleurs produits lors de soirées dégustation. Petit à petit, l’épicerie devient un point central dans Bordeaux, les matchs de la coupe du monde y sont diffusés, et les projets de La Prune y sont mis en ligne (à 4h Prune bien sûr). C’est à ce moment-là que le hashtag #EPICERIEGANG commence à pointer le bout de son nez sur les réseaux sociaux.

Depuis, L’épicier a revendu son épicerie fine. Mais le hashtag est toujours là, et l’esprit de l’Epicerie Gang aussi. Littéralement. “Quand on se voit, plutôt que d’aller payer un cocktail à 18 euros avec un agrume dont on s’en bat les couilles, qui ne fait que nourrir une start-up qui n’a jamais appris à faire de cocktail, bah on préfère aller chez ce bon vieux druide”. Et entre temps, la famille Epicerie gang s’est élargie jusqu’à Paris, mais aussi en Suisse ou en Angleterre, et compte de nombreuses personnes parmi ses rangs : Endé, L’épicier et Krab de La Prune donc (dont on a déjà raconté l’histoire ICI), mais aussi Yuri J, Mugen, Saï2larbre, Moïse the Dude, LK de l’hotel Moscou“Il y a aussi Sale & Clean, Gizzle, Monsieur Connard, Jambaar Mafia, La Phonkerie, Neuf cube… Dans ces mecs que je cite, je ne sais même pas s’ils se disent Epicerie Gang. Et en même temps, je me dis qu’il y en a que je cite pas, qui vont se dire : il me cite pas ce bâtard ! Il y a beaucoup de monde, et parfois, je me dis qu’ils le sont, et demain, je peux me prendre un couteau dans le dos. Mais je m’en fous, ça fait parti du jeu. Et puis il y a écrit Gang quand même à la fin. On aurait pu s’appeler l’épicerie fine, mais je crois que c’est déjà pris…” Présentation par Endé d’une liste, non exhaustive donc, des membres de l’Epicerie Gang

Mugen, Youtubeur rap 

« Quand on dit que la musique, ça crée des liens… C’est un des premiers à nous avoir découvert par le biais de Genono à l’époque. Puis il a commencé à parler de nous aux autres. Dans les microcosmes internet, si tu ne veux pas te retrouver tout seul, il faut savoir échanger… Alors, on a commencé à parler. Et de fil en aiguille, on s’est rendu compte qu’on s’est butés à la même chose. Il vient du Mans à la base, comme Yuri J

Toute équipe motivée à charbonner, devrait avoir son Mugen. Il est déter’. Il a la même apparence nonchalante que nous tous, mais quand il faut y aller, il faut y aller. Hier, on s’est revus. Et on a été plus productifs en une après-midi qu’en deux mois durant lesquels je ne l’avais pas vu. Et ça, c’est un bonheur. Il y a la passion qui est là. On le fait dans une formule où il n’y a pas trop de trucs relous. Alors c’est important d’avoir des mecs comme ça qui, à un moment, disent : c’est maintenant, allons-y, faisons-le. Parce que toi, tu ne veux pas forcément l’imposer. Parce que c’est pour toi qu’on le fait, t’as pas envie d’être relou parce qu’on se voit jamais… Mais heureusement, il y a des mecs comme ça qui savent recadrer sur pourquoi on est là. 

Je crois qu’il est plus trop sur Swampdiggers. Mais on ne va pas se mentir : quand tu commences à bosser l’image, le son, et le montage… C’est long le métier de Youtubeur. Il n’y a pas à juste faire une prise de son, et terminé, bonsoir. Faut que ce que tu dises soit un minimum intéressant, faut savoir être aguicheur sans tomber dans le pute-à-clic, il y a une certaine timidité à vaincre, il faut avoir de l’assiduité… Nous, quand on se lance dans nos projets, on commence pas avec Bac + 5 dans la discipline. Mais c’est ça l’Epicerie Gang. Quand t’as la détermination dans quelque chose, vas-y, fonce. Et ne jamais oublier une chose : tant que t’as pas quelque chose à apporter aux autres, ce ne sont pas les autres qui le feront pour toi. Sauf… dans cette putain d’Epicerie. » 

Yuri J, rappeur

« Yuri, je l’ai rencontré très rapidement sur Paname. J’avais déjà commencé à les capter, mais à distance. On s’était dit qu’on se verrait quand j’arriverais sur Paris. La preuve que c’était pas du vent, et qu’il y avait quelque chose. Et la preuve que même si on n’a pas forcément le même train de vie ou les mêmes situations, les valeurs peuvent être communes. C’est un buté de rap, qui a connu plusieurs époques de rap. Et c’est certainement le plus rap français de nous tous. Sa musique, c’est un peu comme nous quand on a commencé La Prune il y a 4 ans : venez, on fait quelque chose qu’on a envie d’entendre. Et ça, ça commence à énormément manquer dans ce paysage. C’est pour ça qu’on a envie que ça marche plus aussi pour nous, ou pour Yuri par exemple. Ce n’est pas uniquement pour nous, c’est aussi pour que les gens se disent que le rap, ce n’est pas que ça… C’est comme ceux qui pensent que l’autotune c’est appuyer sur un bouton, et que ça s’arrête là. Ça fait bien longtemps qu’on en est plus là. C’est comme la roue : il y a eu une première version, et depuis, il y en a eu d’autres.

Pour en revenir à Yuri, c’est le meilleur, jusqu’à ce qu’il devienne Arnold. Arnold, c’est le moment où Yuri a dépassé la limite. Arnold est marrant aussi. Mais il est un peu plus fatiguant que Yuri. Avec Arnold, faut faire preuve de self-control… Par contre, j’ai rarement côtoyé de rappeurs qui m’ont montré qu’ils aimaient autant le rap. Lui, clairement, il pue le rap. Et je ne te parle pas du mec qui est encore en 2003 dans sa tête. Il avance, il n’est pas resté bloqué. De toute façon, si tu dis que le rap c’est ça et pas autre chose, tu seras jamais Epicerie Gang. Et c’est que t’as rien compris à la discipline. Le rap évolue en permanence, et il faut l’accepter.

Si t’es pauvre et que tu parles de tes rêves de luxe, ça ne nous dérange pas. Mais si t’arrives, que tu fais le gangster, alors que t’avais la main en sueur quand on t’a dit bonjour, et qu’on a vu comment tu t’es comporté pendant tout l’après-midi qu’on a passé ensemble, bah non, on ne peut pas cautionner. C’est une phrase de daron à la con, mais je préfère un mec qui reste authentique, plutôt qu’un gars qui dit : “le hip-hop, c’est moi”. Et Yuri, c’est tout le contraire de ça. On va se partager des trucs ultra sombres, parce qu’on est dans ça. Mais d’un coup, on peut aussi se taper une barre sur Philippe Katerine. La porte est ouverte quoi. Et c’est un vrai soldat. C’est aussi ça qui est beau dans cette équipe : même si on n’a pas forcément les moyens de rendre service, on essaye quand même de le faire. » 

Saï2larbre, podcasteur

« Saïd2larbre a vu que Mugen et Yuri J avaient parlé de notre musique. Je crois qu’il a bien aimé ce qu’on faisait. Du coup, on en a discuté sur Internet. C’est facile maintenant d’avoir une proximité avec l’artiste, s’il n’est pas trop con pour mettre des barrières et dire “je suis untel”. Moi, si j’ai une notif’, si j’ai l’occasion de répondre, je réponds. Je suis personne. C’est aussi ça l’Epicerie Gang.

Un jour, alors qu’il monte sur Paris pour rejoindre Yuri J et Mugen, je le vois. On discute de tout et de rien, de journalisme… Il est journaliste à la base. Aujourd’hui, il fait un podcast qui s’appelle Quidam, où il rencontre des gens qui font des trucs de ouf, mais qui ne reçoivent pas de médaille à la fin. Il n’y a pas longtemps, il y a par exemple eu un épisode avec la nana qui a fondé le Bondy Blog. Il est de Lyon, et il dit que c’est un rouilleur : un mec qui est toujours au même endroit, et à chaque fois que tu le croises, il te répond “ça bouge pas gros !”(Rires) D’ailleurs, il se considère comme un rouilleur, mais je crois qu’il ne se rend pas compte du charbon qu’il accomplit avec ses Quidam et tout le reste. Et quand tout ce qui est en train de bouillonner dans sa tête va sortir, ça va être un carnage. En attendant, il fait de délicieuses playlists Funk pour les rouilleurs. »

Moïse the dude, rappeur

« Comme dit LK dans un morceau : “même si on est des mecs à part, Epicerie Gang. Je comprends cette phrase sous deux angles, et je mets Moïse et LK dans le même panier : est-ce que tu dis que t’es pas dans l’Epicerie Gang, mais que t’es quand même Epicerie Gang ? Ou est-ce que tu dis qu’on est tous des mecs à part, et du coup, Epicerie Gang ? Dans tous les cas, même moi, je suis les deux en même temps. Si je me sentais plus, je pourrais dire que moi je ne suis pas le Gang, mais l’Epicerie. Mais il n’y a absolument rien de ça : moi je donne de la force, et quand il faut filer un coup de main, je ne regarde pas qui est qui. Il n’y a pas d’échelle…

Pour en revenir à Moïse, on s’est rencontrés à un concert de Groovy Keeny. J’avais vu passer des articles sur lui, des actus… Et la preuve qu’il ne faut pas juger les gens sur internet : si on s’arrête à ça, on juge quelque chose qui est très certainement faux. De toute façon, à partir du moment où tu prends ton téléphone, tu n’es pas toi-même. Et moi, je l’avais jugé un peu vite. Sauf que je suis con, et au bout de trois minutes de conversation, je lui dis : « à la base, je t’aimais pas trop, alors on va discuter ensemble ce soir ». Et finalement, j’avais complètement tort. Au final, on a passé toute cette soirée dans la fosse à discuter, et à regarder les copains faire des cabrioles avec le micro. 

Sinon, pour le résumer, Moïse, c’est une grande gueule, mais en même temps, c’est le plus timide d’entre nous tous. Et ce n’est pas parce que c’est l’un des plus âgés de nous tous que je dis ça, mais il a un peu ces traits du vieux singe savant, du genre “je parlerais uniquement s’il y a besoin”. Et aussi, je sais pas si c’est par timidité ou par intelligence, mais quand ça commence à crier trop fort, t’es content qu’il y ait un Moïse à côté pour temporiser un peu toute notre fougue. Il a un passé musical dans le reggae, puis il est allé vers le rap, pour s’en échapper, puis y revenir… Il a sa propre tourmente qui est assez belle à observer de l’extérieur. Là, en ce moment, je crois qu’il aime pas trop le rap… C’est dur d’être à fond dans cette shit, et au final, d’en être un peu dégoûté. Mais je le comprends aussi quelque part. Les ficelles, les codes, le putisme qu’il faut utiliser, ou plutôt que certains utilisent… Donc je le comprends. Il y en a qui pètent du jour au lendemain, alors qu’ils n’ont rien demandé… Il a dû voir le côté malsain de tout ça, et ça a dû l’épuiser. Par contre il arrive avec un délicieux projet, Cette shit… J’ai pas entendu grand chose, mais je ne m’inquiète pas trop. Et puis, généralement, quand quelqu’un ne te fait pas écouter son projet, c’est qu’il n’est pas inquiet. »

LK de l’hôtel Moscou, rappeur

« On dit souvent qu’avec La Prune, on fait un truc très particulier. Bah lui aussi fait un truc très particulier, mais qui est plus fort. Dans le sens où c’est du très particulier, mais hyper fédérateur. Sa plume est d’une largeur exceptionnelle, il me gifle ce garçon. Après, il y a des fois où je trébuche quand même… Comme dirait Aelpéacha, il n’y a pas de bon rappeur, il n’y a que des bons morceaux. Et je suis totalement d’accord avec cette phrase. Il y a des fois où tu peux un peu te planter en tant qu’artiste. Et heureusement. Sinon il ne resterait plus qu’à faire Google Traduction et appuyer sur Play… Et bien lui, il fait partie de ces artistes. On ne comprend pas toujours tout, mais il sublime son bordel.

Et comme lui comme pour nous, malheureusement, pour tomber dessus, il faut une pelle, et espérer que la terre ne soit pas trop dure… On vit dans une époque où si t’écoutes un morceau de Koba la D, deux chansons plus tard, tu tombes sur une chanson d’Angèle. Et au milieu, t’auras pas un Moïse the Dude, un Yuri J ou un La Prune. Après, c’est normal, c’est le jeu, il faut bien sélectionner : si les plateformes commencent à afficher tous les rappeurs à 100 vues, ils ne vont pas dormir de la nuit tellement il y en a… Donc je comprends qu’ils resserrent un peu l’étau. Mais nous, on est aussi là pour montrer qu’on sera toujours là.

En ce qui concerne notre rencontre, c’est par l’intermédiaire de Yuri, qui est, au final, une pierre angulaire du truc. On a dit du bien l’un de l’autre, l’autre le sait, on branche les câbles au bon endroit… Et ça a débouché sur un premier morceau, Wacka Flocka. Il y en a eu d’autres depuis, certains sont enfermés dans le coffre-fort. Et pour la suite, on verra. Mais ce qui est bien avec tous ces mecs-là, c’est qu’on n’a bac + 5 en rien, mais si ça nous intéresse, on va essayer de se dépatouiller. Et c’est pareil niveau rap : on essaye de ne pas rester dans le même créneau rap. Donc si demain on veut amener LK dans un certain délire ou l’inverse, on ira. Il n’y a pas d’enfermement. On est tous libres, donc tous Epicerie Gang. »

On n’a pas résisté à l’envie de demander à Endé si un projet estampillé Epicerie Gang verrait bientôt le jour. Sa réponse : “on a déjà essayé. Mais je pense qu’on se connaissait pas encore assez. Il y avait peut-être trop de fougue de la part de certains, et je plaide coupable. Tu sais, quand t’as ton micro dans ta chambre, que t’as pas de gosse… Moi, en 20 minutes, c’est plié. Pendant ce temps-là, il y en a qui posent une fois tous les 3 mois… On l’a fait très tôt, parce qu’on a vu direct une alchimie. Mais c’est vite tombé dans les limbes. Mais on a tous cette idée en tête. On le fait déjà un peu en apparaissant chacun sur les projets sur les projets des uns et des autres. Mais c’est compliqué, on a tous nos emplois du temps… Le rêve, ça serait que Redbull nous paye une semaine de studio. Que ce soit Rebull, on Maximator studio hein. Si on nous offre un truc comme ça, on le rendra fois mille.” Red Bull ou Maximator, si jamais vous nous lisez…

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