[Focus sur] SCH : Rencontre avec Alexis Bardinet, l’auteur du mastering de JVLIVS

Alors que SCH n’arrête pas de teaser l’arrivée du tome 2 de JVLIVS, et alors que l’on fêtait les 2 ans du premier tome le mois dernier, nous sommes allés à la rencontre d’Alexis Bardinet de Globe Audio Mastering, l’homme responsable du mastering de JVLIVS tome 1. 

Depuis quelques années maintenant, les hommes de l’ombre du rap français sont de plus en plus mis en avant. Désormais, il n’est plus rare de lire une interview d’un beatmaker, d’un topliner, d’un réalisateur de clips, ou de l’auteur d’une cover remarquée. Et ces derniers temps, c’est une discipline méconnue qui fait parler d’elle : le mastering. Dernière étape de la conception d’un album (après l’enregistrement des voix et le mixage), le mastering est une sorte de dernière couche de lustrage, qui permet à l’album d’être sublimé dans les moindres détails : les transitions entre les morceaux, le volume global de l’album, les basses, les aigus… Parfois presque inaudible pour les oreilles non-averties, elle est pourtant essentielle dans la réussite d’un album, notamment pour les rappeurs ayant la volonté de livrer une musique de bonne qualité. SCH est de ceux-là. Dans une interview accordée à Interlude, voici ce qu’il disait à propos de la sortie prochaine de JVLIVS 2 : « Il reste la réal, le mix, le mastering, qui je le rappelle est la partie la plus importante d’un projet ». SCH apporte donc un soin tout particulier à la qualité sonore de son prochain album, ce qu’il avait déjà fait pour le tome 1 de JVLIVS. Et en dehors de toute considération artistique (nous, chez LREF, on avait kiffé), la réussite de l’aspect formel de l’album avait été souligné par de nombreux médias et acteurs du métiers, mais aussi une bonne partie du public, preuve qu’il y est tout aussi sensible. 

Un des acteurs principaux de cet album ? Alexis Bardinet, un homme de 48 ans qui, depuis plus de 20 ans, masterise les albums de quelques-uns des plus grands noms de la scène musicale actuelle : Noir Désir, Mylène Farmer, Tiken Jah Fakoly, The Blaze, Youssou N’dour, Ibrahim Maalouf… Le tout, depuis son studio Globe Audio Mastering à Bordeaux, où il s’occupe exclusivement du mastering de pratiquement 250 albums par an, notamment de rappeurs locaux comme Odezenne, IGee ou encore le WL Crew. En 2018, c’est celui du tome 1 de JVLIVS qu’il a réalisé. Il nous raconte. 

« SCH a d’abord bossé avec un mec qui est un ancien stagiaire d’ici, Luca Bariani, qui travaille désormais au studio Rimshot de Toulouse (ndlr : studio où sont déjà passés Ninho, Kalash Criminel ou encore Rim’K). Il a dû lui parler d’ici, de la cabine, où je travaille en analogique. On a d’abord fait un titre, Otto. C’est souvent comme ça que ça fonctionne avec les maisons de disques : ils envoient un premier titre test à plusieurs studios, et celui qui rafle la mise s’occupe du reste de l’album. Là, pour Otto, le résultat leur a visiblement plu… Du coup SCH m’a appelé en personne, ce que j’ai trouvé assez cool. Et il m’a dit qu’on allait faire le disque ensemble. Guilty de Katrina Squad m’a appelé aussi, pour me dire que ça allait se faire dans le rush, parce qu’ils étaient encore dans les mix et qu’il fallait aller vite. Ensuite la maison de disque a pris le relais, j’ai fait les autres titres, et je leur ai envoyé les morceaux au fur et à mesure. 

J’ai eu pas mal de bons retours : il y a des basses, il y a de l’infra et c’est géré, ça sonne partout, les aigus sont là mais la voix n’est pas agressive… Voilà ce que m’ont dit les gens. C’était un gros travail analogique, avec plein d’outils pour « nettoyer » le son, pour qu’à la fin ce soit le plus agréable à écouter sur toutes les plateformes possibles. Donc je suis content. Est-ce qu’ils vont faire appel à moi pour JVLIVS 2 ? Pour l’instant, je ne sais pas. Souvent, les ingé-sons font appel à des studios de mastering qu’ils connaissent. Il suffit donc que ça change d’ingé-son pour que ça bascule… Ça sera la surprise ! J’avais déjà fait des albums avec Odezenne, Kery James, Mission 101… mais je faisais pas souvent du rap. Et puis, tout se faisait à Paris. Mais là, avec cet album-là qui fait disque de platine très rapidement, et avec plein de compliments sur le son, ça a amené un nouvel éclairage sur Globe Audio Mastering. Et ça montre qu’on peut habiter à Bordeaux et faire ce genre de projet.

Quand j’étais à Paris il y a une vingtaine d’années, je travaillais dans les studios de mastering TransLabe. C’est là où ont été faits les albums de NTM, IAM, MC Solaar… À l’époque, moi, j’écoutais énormément All eyes on me de Tupac. Mais après, pendant longtemps, je me suis un peu fermé au rap, notamment le rap français. Je trouvais la production décevante : ça manquait de basses, de puissance, les aigus étaient vite agressifs… Je trouvais ça vachement dur à écouter. Mais je m’y suis remis avec le temps, notamment grâce à mes ados, qui en écoutent toute la journée.

Dans le rap, le problème, c’est que les mecs veulent aller très vite. Des fois je reçois des fichiers qui sont déjà pré-masterisés, ou en MP3… Sauf que si je prends leurs trucs tels quels, je vais leur renvoyer un résultat qui ne sera pas forcément meilleur que ce qu’ils m’ont déjà fourni. Du coup je leur demande de renvoyer les fichiers Mixs. Et souvent, quand tu fais ça, t’as plus jamais de nouvelles. Quand ils parlent de moi, ils disent : « Globe Audio c’est top, mais c’est compliqué… » C’est souvent là où ça bloque. Du coup, pour ceux qui veulent faire masteriser leur album ou leurs titres ici, je les envoie chez des gens que je connais, spécialistes en rap, pour qu’ils enregistrent là-bas, pour être sûr que ce soit bien fait. Comme chez IGee par exemple (ndlr : rappeur de Bordeaux qui tient un studio, le Magma studio, en collaboration avec Flam, beatmaker du WL Crew). Je suis donc exigeant dans le processus musical, mais pas élitiste : j’ai fait des trucs très spés comme Ziak, mais aussi plus populaires comme LauCarré, ou plus récemment Au revoir, le dernier titre de Bigflo et Oli qu’ils ont fait pour leur documentaire sur Netflix. C’est génial car mon studio était surtout connu pour le rock, la pop, le jazz et l’électro, et ça m’ouvre à d’autres univers. »

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